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Éditer un quotidien en classe élémentaire

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Juin 2011
 
Depuis toujours, le journal scolaire a été un outil privilégié dans nos classes. Recueil de textes libres, plaquette de poésies, musée de productions d'enfants ; dossier d'enquêtes, il a été trimestriel, mensuel, bimensuel et même hebdomadaire.
 
Pourtant, alors que les productions d'enfants étaient surabondantes et qu'il aurait semblé facile de réaliser techniquement de tels journaux, les enfants n'y mettaient pas l'enthousiasme attendu.
Pourquoi ?
Une des réponses possibles à la question :
L'enfant qui écrit ou dessine a besoin de voir très vite son travail dans le journal qui n'est publié que bien plus tard, souvent quand il est préoccupé par autre chose et quand son intérêt s'est déjà émoussé. Il faudrait donc que tout soit diffusé le jour même.
Mais alors ! il faudrait un quotidien ?
Idée folle ! Trop de travail ! Irréalisable ! Et si on essayait quand même ?

Le journal scolaire est un des outils d'une pédagogie de la réussite. Le journal scolaire est le prototype de ce travail nouveau. Pour le mener à bien, l'enfant n'a plus besoin du stimulant des notes, du gain matériel ou de l'attrait dû jeu : L'entreprise du journal se suffit parce qu'elle porte en elle-même les vertus majeures de l'éducation moderne.
 
 
 
NOTRE MATÉRIEL
Classe de Denis : un photocopieur acheté d'occasion pour 4000 F, avec l'argent de la coopérative, deux machines à écrire, une table lumineuse, un micro-ordinateur Exelvision avec traitement de textes et une imprimante. Le matériel Exelvision est plus souvent en panne qu'en état de marche.
Classe de Francis : un photocopieur acheté d'occasion pour 3500 F, avec l'argent de la coopérative, une machine à écrire, une planche à dessin, et le matériel Exelvision cité plus haut et qui est aussi en panne la plupart du temps.
 
LES CONTENUS
Pattes de mouches, quotidien de la classe de Francis, un cours moyen 1° année, dans un regroupement pédagogique.
II contient :
bulletins météo, comptes rendus d'entretiens, plans de travail de la classe, textes libres et poèmes, notre vie, nos lois, des expériences, des enquêtes, des nouvelles, des bandes dessinées, des petites annonces, des inventions réalisables, ou loufoques, les entrevues avec les présidents successifs de la coopé, des articles du maître pour l'information des parents, des reportages, des bricolages, du calcul vivant, des sondages et leurs résultats, auprès des familles.
L'Écho du jour, quotidien de la classe de Denis, deux cours élémentaires et deux cours moyens dans une école rurale.
II contient :
Comptes-rendus d'entretiens, le programme du jour, des enquêtes, des nouvelles qui ont intéressé les enfants, des bandes dessinées, des paroles de chants, des informations pour les parents, des poèmes, des textes typographiés, des comptes rendus de films, des petites annonces, notre vie, la météo, des observations sur l'environnement naturel de l'école, des dessins, des informations sur l'hebdomadaire de la classe, des extraits de textes d'auteurs, des résumés de livres, des recherches mathématiques, des comptes rendus de voyages, les lois de l'école, des informations sur le fonctionnement de la classe, des articles des correspondants...

Le choix des sujets et le travail des textes, imposés par la diffusion du journal amorcent la prise de conscience d'une nécessaire déontologie. Cela contribue donc à la formation morale et civique.
 
L'ÉLABORATION
Classe de Francis : Chaque matin, deux secrétaires, élus pour une semaine, notent le compte rendu de l'entretien. Dès que l'entretien est terminé, le président anime le comité de rédaction du journal. Les enfants qui le souhaitent proposent des articles et se mettent au travail, seuls ou en groupes, pour la rédaction. Dès qu'un travail est terminé, les auteurs le confient au maître qui propose des améliorations et qui signale les erreurs à corriger.
Quand l'article est vraiment au point, il est soit tapé immédiatement à la machine par le maître, soit tapé en traitement de texte par l'enfant lui-même.
Le photocopieur est à la disposition de tous, pour la reproduction de documents. La frappe étant réalisée en colonnes, il ne reste plus alors qu'à monter la maquette dans l'ordre d'arrivée des textes terminés. II y a toujours plus de matière que d'espace dans le journal. Quand la maquette est terminée, on réserve les articles en retard pour le lendemain. Ce sont les enfants eux-mêmes qui font le tirage final. Celui-ci est lu et critiqué dès sa parution. Le midi, les enfants emportent chez eux le quotidien de leur école.
 

« Le journal scolaire est un travail d'équipe qui prépare pratiquement à la coopération sociale des enfants. A toutes les étapes de son processus, le journal scolaire suppose la coopération scolaire. »
C. Freinet
 
Le matériel n'est malheureusement pas adapté aux enfants qui ne peuvent pas dactylographier eux-mêmes les articles, ce qui les prive d'une étape importante dans la fabrication du journal.
Classe de Denis : La classe est au travail. Elle produit. Chaque enfant produit en fonction de son plan de travail et des contrats qu'il s'est fixé. Les productions individuelles et collectives écrites, dessinées, représentées sont, s'il y a désir de diffusion (et le désir est immense), mises dans un bac « Écho du jour ». Deux élèves par jour sont maquettistes du journal. Ils prennent les articles, les mettent au propre s'il y a lieu, donnent au maître les textes à taper à la machine puis classent les articles. Nous avons pour cela des pochettes transparentes collées sur un grand tableau, qui correspondent à chaque rubrique du journal: Notre vie, revue de presse, BD, coin des matheux, j'ai lu... Quand ce travail de classement est terminé, les articles sont posés sur un papier format B4 sur lequel le titre et les cadres existent déjà. Ils sont ensuite collés avec accord du maître. Seuls les grandes enquêtes ou les dossiers ne figurent pas dans l'Écho du Jour mais font l'objet de l'Écho de la Semaine. (Voir. L'Éducateur de juin 86).
Les maquettistes ont accès à la photocopieuse pour le montage et le tirage en 40 exemplaires.
Dès que l'imprimante sera de nouveau en état, ils pourront taper les textes sauf s'ils sont très longs.
Les articles en surplus restent dans les pochettes plastiques-rubriques pour le journal suivant.

Pour qu'un journal soit lu, il faut qu'il soit lisible.
Là encore, l'enfant, l'adolescent va apprendre à prendre en compte ses lecteurs. II sera confronté aux exigences d'un vrai travail.
 
À QUI SONT DESTINÉS NOS JOURNAUX ?
Pattes de mouches est envoyé à l'inspecteur, au CRDP, aux collègues du groupe IDEM 80, aux collègues du regroupement pédagogique et bien sûr aux familles. II est gratuit.
L'Écho du jour est envoyé à l'inspectrice, au CRDP, aux collègues du groupe IDEM 80, aux familles, gratuitement et sur abonnement dans les villages du regroupement aux habitants intéressés par la vie de leur école.
 

Le journal scolaire est le support de la communication entre la classe, groupe social et son environnement. II oblige à la reconnaissance de la parole de l'enfant, de l'adolescent.
Les enfants, les adolescents deviennent à part entière des « acteurs culturels ».
 
 
EN CONCLUSION
 
Nous devons rester vigilants par rapport au rythme de travail demandé aux enfants. Il doit toujours rester la liberté, le libre choix de participer ou non au quotidien et de pouvoir travailler ou non pour le jour même, mais pour le moyen terme… Il nous reste aussi à trouver d’autres outils qui permettront aux enfants de dactylographier eux-mêmes toutes leurs productions
Nous constatons cependant que depuis la création de nos quotidiens, l’intérêt pour tout ce qui touche l’écrit, la communication en général par rapport à la vie de la classe a été croissant.
Ces journaux nous ont permis de donner une image différente du travail de notre classe et la pédagogie Freinet à l’extérieur. Les parents ont peur de l’inconnu, connaissent mal le travail fait en classe.
 

L’échec est, dans tous les domaines, destructeur des personnalités. Chez l’enfant il est toujours à la base de tares graves, depuis l’hésitation jusqu’au bégaiement et à l’anorexie physiologique et mentale
 
Par nos journaux, ils savent ce que nous faisons jour par jour et peuvent communiquer avec nous à partir de nos productions. Le journal devient «outil familial», on l’épingle au mur de la cuisine pour savoir l’heure d’une réunion, ou l’heure d’arrivée des correspondants.
 

Le jour où les citoyens sauront que leur journal peut mentir ou du moins représenter comme définitives des solutions qui ne sont qu’un aspect partiel des problèmes imposés par la vie, lorsqu’ils seront en mesure de discuter avec sagesse, mais aussi avec hardiesse, lorsqu’ils auront cette formation d’expérimentateurs et de créateurs que nous nous appliquons à leur donner, il y aura alors quelque chose de changé dans nos démocraties.
 
Ils est aussi, souvent, dans nos campagnes, le seul journal (à part le programme télé) qui entre dans la maison. Le journal est en prise directe avec le milieu, il est incitateur de communication, notre classe entre dans les familles, et vit au rythme du village, du département, de la région…
 
Un quotidien, une idée folle du travail, oui, mais réalisable.
Essayez aussi.
 
Denis DEMARCY
École publique de Bonnay
80800 Corbie
 
Francis CAMPION
École publique de Buire–sur-l’Ancre
80300 Albert
 
Les citations encadrées sont extraites du Pourquoi? Comment? le journal scolaire