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Billet d'humeur

En ce temps d’anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, des enfants arrivent en France et se voient refuser l’accès au territoire français. Ces « mineurs isolés étrangers » sont détenus par la police dans la « zone d’attente » de l’aéroport, « un grand progrès pour les étrangers », selon Eric Besson, ministre de l’immigration.

 

 Et pourtant selon la Convention :

« Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial […] a droit à une protection et une aide spéciales de l'État. » - Article 20

« Les Etats reconnaissent le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique […] » et « s'engagent à protéger l'enfant contre toutes les formes d'exploitation sexuelle et de violence sexuelle. […] » - Articles 32 et 34
« Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées sur les plans national, bilatéral et multilatéral pour empêcher […] la traite d'enfants à quelque fin que ce soit et sous quelque forme que ce soit. » - Article 35
Pour le gouvernement français, en arrivant à l’aéroport de Roissy, ces enfants n’auraient pas encore pénétré en France. La zone d’attente aéroportuaire jouirait d’une sorte de statut extraterritorial, une fiction juridique contestée par le droit international.
 
Qui sont les « mineurs isolés étrangers » ? Des enfants, des immigrants, des demandeurs d’asile ?
    « Mineurs étrangers isolés » est une identification juridique certes, mais aussi une expression qui dépersonnalise. On ne voit plus des enfants mais des mineurs, on ne voit plus des enfants seuls en danger mais des mineurs isolés entrant en France illégalement. Ce sont des migrants avant d’être des mineurs, ce sont des mineurs avant d’être des enfants.
   « Mineurs étrangers isolés » permet d’oublier la souffrance physique, sociale et psychologique des enfants exilés. Ils sont peut-être en quête d’asile par crainte de persécution, par manque de protection, pour cause de violation des droits de l’homme, en raison d’un conflit armé… Il se peut aussi qu’ils soient victimes de réseaux de prostitution ou d’autres formes d’exploitation ; il est également possible qu’ils soient arrivés afin d’échapper à la misère. La plupart d’entre eux ont vécu des événements terribles.
   Mais qu’importe l’histoire de ces enfants, qu’importe leur avenir ? Une seule priorité : qu’ils ne débarquent pas sur le territoire français.
 
La loi prévoit que des administrateurs ad hoc soient désignés pour assister et représenter les mineurs isolés en zone d'attente, mais beaucoup n’en ont pas. Même s’ils ont peu de pouvoirs, sans eux, les enfants n’ont guère la capacité juridique de déposer un recours sur la légalité de leur détention. Le plus souvent, c’est la course à la montre, la police des frontières cherchant à expulser les mineurs avant leur arrivée.
La Défenseure des enfants, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU et de nombreuses associations s’indignent, protestent, critiquent et recommandent d’autres dispositions depuis longtemps. Car mettre les « mineurs étrangers isolés » en « zone d’attente », c’est mettre des enfants en situation de danger. Ils sont placés dans le même lieu de détention que les adultes, avec tous les risques que cela comporte. Il est fréquent que des policiers menacent d’expulsion des enfants d’à peine six ans, qu’ils les soumettent à des fouilles corporelles, qu’ils les menottent, qu’ils obligent les plus âgés à des examens osseux s’ils sont soupçonnés de tricher sur leur âge. Facile de les intimider, de les effrayer et ainsi les faire renoncer à certains droits, voire de leur faire signer des documents qu’ils ne peuvent pas lire.
Régulièrement, des enfants sont renvoyés vers des pays qu’ils ne connaissent pas, où ils ont juste transité. Ils sont obligés de poursuivre leur voyage vers une destination non voulue, des voyages tous risques …
 
Elise et Célestin Freinet, pendant la guerre d’Espagne, ont accueilli des petits réfugiés espagnols dans leur école et le mouvement Freinet s’est mobilisé pour les aider. C’était en 1936. En 2009, des enseignants et des éducateurs Freinet du monde entier vont se rencontrer à Nantes du 20 au 29 juillet pour la 28e RIDEF (Rencontre Internationale des Educateurs Freinet). Ils vont affirmer leur attachement à la Convention internationale des droits de l’enfant et travailler sur le thème  : La Pédagogie Freinet : une réponse aux nouveaux défis de la planète
 
Le droit de vivre en France pour tous ces enfants, voyageurs de l’exil, un défi à relever ! 

novembre 2009