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Des conflits, des idées, un projet, une peinture murale

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Décembre 2000

 

CréAtions 94 -Les lieux, les autres et moi  publié en novembre/décembre 2000 

CM1, Groupe scolaire Gaston Monmousseau, Méry-sur-Oise (Val d'Oise) - Enseignant: Rémi Brault - Intervenante: Brigitte Filoque

Des conflits, des idées, un projet,

une peinture murale

 

Au conseil de coopé. de CM1 de l'école Gaston Monmousseau à Méry-sur-Oise, les filles disent: "Les garçons nous empêchent de jouer dans la cour quand ils jouent au football. Ils prennent toute la place."

Les garçons répliquent: "Elles nous gênent aussi. Elles se mettent toujours au milieu du jeu. elles ont qu'à jouer à autre chose, on ne peut pas ?"

Les filles: "Et si on veut jouer à autre chose, on ne peut pas ?"

L'instituteur intervient: "Y a -t-il des solutions pour que chacun puisse jouer dans la cour en étant moins gêné par le jeu des autres ?"

Après le conflit exprimé, l'idée

C'est à partir de ce genre de conflits que l'idée de la peinture murale naît. Celle-ci est adoptée par la classe. Cette peinture aidera les enfants à trouver un compromis, une solution, pour que chacun trouve sa place dans un espace commun, ici la cour de récréation. Elle va témoigner de l'histoire du cheminement des enfants. Les problèmes de jeux de récréation et les différentes solutions proposées sont discutées au niveau de l'école au Conseil de délégués. Parmi les décisions prises (création de zones, achats de ballons), l'idée de la peinture murale est entérinée. La classe de Cm1 est chargée de la réalisation, les autres classes apporteront leur soutien financier grâce à une vente de gâteaux tous les jeudis. Des personnes ressources vont être mises à contribution: un parent d'élève, une collègue de l'école, un peintre.

Dans la classe, trois groupes se dégagent en fonction des thèmes évoqués.

Les enfants veulent peindre:

-des buts de football (majorité de garçons),

-un coin échasse (filles, garçons),

-des bâtiments et des champs (filles).

La rencontre avec le peintre

Le peintre, Brigitte Filoque, raconte:

Je suis présente au "quoi de neuf?". Les enfants exposent leur projet, indiquent le mur choisi et parlent des thèmes. J'explique mon travail et parle des peintres qui ont réalisé des peintures murales. Les enfants sont motivés par la réalisation mais également très déterminés à défendre leur territoire. La peinture murale semble tenir un rôle d'arbitre entre ces trois groupes distincts. Le projet se met en place. Je demande à chaque enfant de réaliser un dessin de la réalisation comme il l'imagine. De mon côté, je m'engage à réaliser une maquette du mur choisi.

Nous nous retrouvons une semaine après, et observons les dessins. Certains enfants ont dessiné les trois thèmes. Deux élèves ont dessiné des motifs décoratifs. A partir des dessins, et avec l'aide de la maquette, les enfants commencent à construire ensemble, à prendre un détail d'un dessin pour l'assembler à un autre, etc. Naturellement, ils disposent les buts de foot sur la gauche du mur, là où le recul est le plus important. Les bâtiments et les champs sont placés au milieu, et le coin échasse sur la droite. Cet espace encaissé et protégé permet les jeux calmes. Les enfants commencent à trouver des liens entre chaque production. L'idée de l'oeuvre commune se construit.

 

 

 

La recherche des couleurs

A l'aide d'une boîte de craies de couleur et d'une feuille de papier, les enfants partent à la recherche des couleurs de l'école. Je demande aux élèves d'aller dans la cour, de repérer une couleur, de la reproduire et de noter où elle se trouve. Je constate qu'ils reviennent tous avec un gris, un ocre clair. Certains ont trouvé du noir. Le gris et l'ocre sont sur le mur, le noir est la couleur du goudron. Nous repartons voir le mur, et nous constatons qu'il y a du vert (mousse), du rouge (morceaux de gravier). Puis le bleu des fenêtres de l'école, le rose des fleurs des pommiers, etc. C'est alors la course à la couleur. L'apothéose se situe pendant la récréation quand un enfant remarque les vêtements de ses camarades. L'enthousiasme des élèves éveille la curiosité des enfants des autres classent qui participent à cette recherche.

L'objectif de ce travail est de permettre aux enfants de découvrir autrement leur quotidien, d'exercer leur regard, d'affiner leur perception des couleurs. Ils réalisent que certaines couleurs devront être fabriquées. Les déplacements pour aller rechercher la couleur habituent l'enfant à prendre du recul, à s'approprier vraiment la couleur qu'il a aimée, à en parler aux autres et à moi, à faire partager sa découverte. Ce temps est essentiel, il permet également au groupe de construire le projet à partir de la réalité de l'environnement. Les enfants collectent des informations diverses et précisent leurs données afin que chacun puissent en bénéficier, s'il le souhaite.

Cette peinture murale fera désormais partie de leur environnement, de leur quotidien; les enfants vont aussi comprendre qu'elle sera là au même titre que les arbres, les murs, etc. Ils sont maintenant acteurs dans l'aménagement de leur école.

Le travail sur le mur

Les élèves ont tout d'abord peint le fond sur une hauteur de deux mètres cinquante et une longueur de dix mètres avec l'aide d'un parent d'élève. Ensuite il a fallu disposer les différents éléments de dessin à la craie. Le premier groupe commence par les buts de football. Jusque là tout va bien. Cependant une difficulté surgit: comment dessiner un gardien de foot qui arrête un ballon en plein vol? Tous les yeux se tournent vers moi. Evidemment, j'attendais ce moment avec impatience mais je leur demande de trouver une solution commune. Au départ, chacun essaye de dessiner à tour de rôle, cependant le gardien est toujours: "trop petit ou trop grand ou trop quelque chose". Après ces différents essais qui ne conviennent à personne, un enfant dit : "Je vais poser pour vous et vous me dessinerez." Chaque enfant s'essaie, les avis vont bon train, tout le monde travaille, observe, mais le résultat ne plaît toujours pas au groupe. Après un petit moment de désarroi, l'idée surgit: un enfant vient se coller au mur en position de gardien et dit: " Vite, dessinez-moi, je ne tiendrai pas longtemps!".

 

Le groupe se précipite et dessine les contours de notre gardien. La difficulté a été surmontée. L'idée est adoptée, les jugements de valeur rejetés, on peut travailler. Le travail sur cette peinture murale a évolué dans ce sens pour le groupe et également entre les groupes. Les différents liens -la route qui traverse toute la largeur de la peinture ou le parking - se sont construits au fur et à mesure de l'évolution du travail. Le passage d'un groupe à l'autre s'est fait "naturellement": les filles par exemple ont commencé à peindre le quadrillé du filet des buts de foot avec des couleurs différentes. Plastiquement, ce choix était complètement justifié, donc accepté par le groupe.

Les groupes ont également évolué. La notion même de groupe, notion très marquée au départ, n'a plus eu de sens lorsque les efforts de la classe se sont concentrée sur la réussite de l'entreprise.

Entre les séances, une petite "dégradation" a été faite par deux élèves de CM2. Très vite repérés, il a été alors convenu avec eux qu'ils "retrouveraient" les couleurs qu'ils avaient abîmées. Ils se sont effectivement appliqués à retrouver très exactement la couleur. Ces élèves ont demandé ensuite à venir travailler sur la peinture murale à chaque séance. Ils se sont parfaitement intégrés au travail et ont fait partie de l'équipe. Ils ont amenés une autre dimension, un élargissement du projet à l'école. Les dégradations ne se sont jamais reproduites sur le mur après cet incident.

Quelques questions cependant restent posées: combien de temps peut-on garder une peinture murale?

Qui peut l'effacer?

L'idée du mur perpétuel s'est posée.

Sommaire Créations n° 94