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Mini-débats en Arts plastiques

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Février 2003

 

CréAtions 105-  Résonances - publié en janvier-février 2003

Collège K.Thoueilles, Monsempron-Libos, Lot et Garonne – Enseignant : Hervé Nunez

 

 Mini-débats en Arts Plastiques


J’ai organisé la séquence de manière à ce que chaque élève soit le plus possible à l’origine de sa production car l’action qui trouve le mieux sa justification est celle qui vient de l’interpellation individuelle.
Cela m’a amené à remettre en cause le principe du professeur comme incitateur systématique des réalisations des élèves et à leur proposer aussi des investissements libres. Mais dans un fonctionnement de ce type, les objets de savoirs qui sont abordés, leur acquisition, leur appropriation et plus généralement l’évaluation des productions, sont individuels.
Le carnet de bord est l’outil individuel d’objectivation des acquisitions de l’élève.
Le mini-débat est l’outil collectif où s’objective la connaissance partagée par le groupe classe, la “ culture commune ” en quelque sorte. En mettant en commun les interrogations, en coopérant, en discutant à partir des productions exposées momentanément par les élèves, il s’agit de valider des mots ou des
Expressions, les “ mots de la classe ”, remis à l’épreuve à chaque débat.
Ainsi se constitue le patrimoine reconnu par tous les élèves de la classe, le code commun pour parler des productions.

 

Le débat et le carnet de bord sont malheureusement souvent mal ressentis par les élèves car ceux-ci y voient l’effort demandé mais pas le bénéfice à venir (“ être responsable de ce que je fais ”). Ils voudraient se consacrer plus longtemps à la production pendant le peu de temps qui leur est imparti, ce qui est légitime. Dans cette classe de quatrième, certains en défendent cependant l’utilité.

 

 

De Cécile : “ Mon œuvre prend forme, je représente différentes colères.
- Ma dictée complètement ratée que je chiffonne de rage.
- Mon écharpe que je tricote et où je m’aperçois que j’ai “ tombé de points ” et que je dois tout recommencer.
- Ma pyramide d’œufs réalisée l’année dernière et que j’écrase de colère car les cours d’arts plastiques ne sont plus ce qu’ils étaient ! On ne peut plus s’exprimer ou mal ! Plus de débat, de partage ni de communication entre nous et avec le professeur !
- Mon assiette cassée pour montrer que la colère peu faire des dégâts
- Mon cube symbole de toute une oppression :
- La famine avec le regard d’un enfant qui souffre. ”

 

 

 

Entre les classes de même niveau ou entre des niveaux différents les répertoires n’ont pas la même complexité conceptuelle. La classe avance comme un individu, par tâtonnement.

Classe de Sixième :

- voir s’il y a du vivant (personnages, objets)
- Couleur ou noir et blanc ?
- Décrire la forme et le fond
- Déterminer l’environnement (ville, nature)
- Est-ce qu’il a quelque chose qui ressemble à des choses qu’il y a sur la terre ?
- Est-ce que cela représente un sport ?
- Y a t-il des véhicules ?
- Des routes ?
- Des chaussures ?
- Qu’est ce que cela exprime ?
- Est-ce que les choses sont vues normalement ?

Classe de Troisième :

- Contrastes
- L’humain, la nature
- Plans
- Position des formes par rapport à l’espace
- Respect des proportions
- La manière dont c’est fait
- La technique (peinture, sculpture, photo, etc.)
- Format
- Support
- Ce que tout le monde peut dire de cette œuvre
- Ce que je suis le seul à pouvoir dire
                                                              
                 

Dans cette classe de 6ème, il a été question d’une production présentant des routes, des voitures… Ce sont donc ces mots qui ont inauguré le répertoire de la classe en attendant d’autres mots qui viendront les remplacer, les compléter, les regrouper, à l’épreuve d’autres productions.
(C’est moi qui ai proposé “ chaussure ” pour mettre en valeur l’anecdotique des mots choisis mais comme il y avait des chaussures dans la production exposée, celui-ci a lui aussi été validé par la classe…
Les élèves sont préoccupés par le sujet et on colle d’abord à ce qui est manifeste. Le degré de généralisation est encore nul.
Pendant quelques temps, les productions seront donc soumises pendant les débats à : “ est-ce qu’il y a des routes ? ” jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que cette question n’est pas pertinente pour toutes les œuvres…
Ainsi, les notions qui apparaissaient dans le répertoire de 6e (« Voir s’il y a du vivant (personnages, objets) » ; Est-ce qu’il a quelque chose qui ressemble à des choses qu’il y a sur la terre ? » ; « Y a t-il des véhicules ? » ; « Des routes ? » ; « Des chaussures ? ») prennent une forme plus synthétique en 3e sous la forme « rapport humain/nature ».

 

Dans la marge de son carnet de bord, je signale à Cécile qu’elle peut provoquer un débat sur l’idée de “ copier ”.  
De Cécile : “ … Feuilles de calque sur lesquelles je fais des taches de peinture. Je remarque que lorsque je mets la feuille à la lumière les couleurs changent. Je trouve ma réalisation très belle. Mais il y a un problème : Agathe et Marion qui ont utilisé avant moi le papier calque et la peinture pensent que j’ai copié leur travail. Je ne suis pas d’accord, j’explique que leurs œuvres ont été pour moi un déclencheur et que je n’avais pas envie de copier. Agathe n’est pas du tout d’accord et persiste à croire que ce n’est pas juste. Nous en discutons, Marion accepte l’idée mais Agathe n’est pas convaincue, pour elle j’ai copié, donc triché !
Cela m’embête qu’Agathe pense cela, je conserve mon idée de déclencheur, rien d’autre ! ”

 

 Certains élèves prennent des notes sur leur carnet de bord :
Notes personnelles de Thibaud (4e)

« - Comment choisir le projet que l’on veut exposer ?
Un silence au début.
Le président hésite, Hégoa dit qu’elle expose le projet où l’on s’investit le plus.
Mr Nunez intervient par rapport au président.
Hégoa répond que pour les projets qu’elle expose elle s’investit beaucoup.
Mr Nunez répond sur l’investissement.
Julie dit qu’il faut qu’il nous plaise. 
« On le choisit pour nous mêmes. Celui qui nous plait le plus pour beaucoup d’élèves.
Le plus original, le plus rare. Celui qui signifie le plus de choses. ”
- Il faut exposer celui qui te ressemble.

- Quelle beauté ?
dit Hégoa
- Celui qui est bien fait.
- Ce qui est beau c’est d’arriver à son but. Et on peut exposer un brouillon.
Silence.
- On te mettrait pas au journal de vingt heures,
dit Mr Nunez au président.
Mathieu ferme le débat. »

 

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