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En Chantier n°11, novembre 2009, Traduction à huit mains en latin

Dans :  Français › Langues › Principes pédagogiques › 

Traduction à huit mains en latin

Les 4èmes latinistes du collège Philippe de Commynes à Tours 

proposent leur traduction de deux extraits de L'Aulularia (la Marmite)

de Plaute, un auteur latin.

1. Compte rendu de l'expérience

2. Commentaires des élèves et de leur professeur
1661 mots

 

      Molière s'est inspiré de cette pièce pour monter L'Avare (L'Avare est au programme de français en 4e). L'intérêt de remettre les deux textes dans leur filiation est une approche connue. Ce qui est intéressant dans le présent travail, c’est l’originalité de la traduction : en partant des traductions individuelles qui proposaient chacune une atmosphère différente, des caractères plus ou moins marqués pour les personnages, nous avons eu la volonté de créer un texte unique, qui n'est pas l'addition de huit morceaux, mais où toutes les répliques sont dans la continuité. Notre ambition est bien de présenter UN auteur (travail à huit mains) qui a fait des choix quant aux caractères des personnages et les répliques qui leur conviennent le mieux.

      Nous sommes huit élèves dans la classe de latin avec comme professeur Mme Pico. Nous avons établi  la traduction de deux extraits de Aulularia de Plaute. Nous avons traduit un passage de l'acte I scène 1 et  un passage de l'acte IV scène 4. Ce travail est collectif : chacun a traduit les répliques puis nous avons mis  en commun la traduction et retranscrit par informatique.

Sujet de l'oeuvre :

      Euclion est un vieillard avare. Il trouve chez lui une marmite pleine d'or qu'il a cachée. Mais il soupçonne  tous les esclaves de vouloir la voler.

 

Acte I scène 1
        Il soupçonne d'abord Staphyla, gouvernante de sa fille. Dans cette scène les personnages se trouvent à la porte de la maison et Euclion chasse Staphyla hors de la maison.
        Staphyla tient tête à Euclion. Elle est habituée aux colères de son maître et elle a pris l'habitude de lui répondre. Elle n'a pas peur de lui et ne s'inquiète pas lorsqu'il menace de la chasser.

1 EUCLION - Exi, inquam, age exi! Exeundum hercle tibi hinc est foras.

Circumspectratrix cum oculis emissiciis !

2 STAPHYLA - Nam cur me miseram verberas ?

 

3 EUCLION- Ut misera sis ! (...)

4 STAPHYLA - Utinam me divi adaxint ad suspendium. Potius quidem quam hoc pacto apud te serviam ! 

5 EUCLION- At ut scelesta sola secum murmurat ! Oculos hercle ego istos, improba, ecfodiam tibi.

1 EUCLION - Sors, je te dis de sortir, dégage, par Hercule, hors de ma vue, va-t-en dehors...

Arrête de zyeuter partout, espionne !

2 SAPHILA - Mais pourquoi tu me frappes ? Ah quel malheur !

3 EUCLION - Eh bien, sois malheureuse, je te le souhaite !

4 STAPHYLA -Ah décidément ! que les dieux me poussent à me pendre, plutôt que de servir chez toi dans ces conditions-là !

5 EUCLION - Espèce de scélérate, qu'est-ce que tu murmures entre tes dents ? Je t'arracherai les yeux pour que tu arrêtes de m'épier.

 

A la fin de l'acte I, scène 1, Staphyla s'éloigne de la maison mais elle reviendra car elle est habituée aux colères de son maître.

Acte IV scène 4
        Nous sautons des scènes pour arriver directement à l'acte IV scène 4. Dans L'Avare, Molière s'inspire de Aulularia en réunissant ces deux scènes.

Strobile, l'esclave de l'amoureux de la fille d'Euclion arrive devant la maison de ce dernier. Euclion soupçonne Strobile de le voler.

Après les accusations d'Euclion, Strobile est étonné, il lui répond, il est insolent. Strobile n'a aucun respect pour Euclion. Leur face à face rend la scène comique.

 

6 EUCLION - I foras, lumbrice, qui sub terra erepsisti modo,

Qui modo nusquam compares ; nunc cum peris.

Ego edepol te, praestrigiator, miseris jam accipiam modis.

7 STROBILE - Quae te mala crux agitat ? Quid tibi mecum est commerci, senex ?

Non hercle equidem quicquam sumpsi nec tetigi.

8 EUCLION - Ostende huc manus.

9 STROBILE - Em tibi, ostendi : eccas.

10 EUCLION – Video. Age, ostende etiam tertiam.

11 STROBILE - Larvae hunc atque intemperiae in saniaque agitant senem.

12 EUCLION - Ne inter tunicas habeas.

13 STROBILE - Tempta qua lubet.

6 EUCLION - Va dehors, ver de terre, je t'écraserai.

Tu n'apparaîtras plus jamais de cette manière ! Par Pollux, viens et je te recevrai de belle manière, sorcier !

7 STROBILE - Quelle araignée as-tu dans la tête ? Qu'est-ce que tu me veux, espèce de vieillard ? Par Hercule, c’est vrai, j’ai rien touché, j’ai rien pris.

8 EUCLION - Montre-moi tes mains !

9 STROBILE - Tu veux que je te les montre ? Les voilà !

10 EUCLION - C'est bon, j'ai vu, mais montre moi la troisième.

11 STROBILE - Quels tourments l'agitent ; il devient de plus en plus fou ; il est ravagé ce vieillard.

12 EUCLION - Tu n'aurais rien caché sous ta tunique ?

13 STROBILE - Fouille autant que tu veux !

   

Conclusion
      Dans la suite de la pièce, Strobile trouvera l'occasion de voler la marmite pleine de pièces afin de faire du chantage à Euclion. Finalement, la fille d'Euclion se mariera avec Lyconide.

      Lorsqu'on lit toute la pièce, on ne s'attend pas forcément à cette fin. On peut être étonné que Strobile vole la marmite pleine d'argent pour faire chanter Euclion. Mais Strobile ne se laisse pas impressionner par Euclion parce qu'il veut aider son maître Lyconide.
      Ce sont deux scènes comiques, qui ont été amusantes à traduire.

4°C et 4°D

Les filles : Camille, Lisa, Marie, Pauline

Les garçons : Oilivier, Romain, Tanguy, Xavier

 


 

      Après réception de ce témoignage, pour «En Chantier», nous avons demandé aux élèves et à leur professeur, Hélène Pico, d’expliciter comment il a été possible de créer un texte unique qui n’est pas l’addition de huit morceaux mais où toutes les répliques sont dans la continuité.
      Voici leurs réponses :

Ce qu’en disent les élèves :


Marie :
A la base, c’était un devoir à faire à la maison que nous avons ensuite composé en classe de la façon suivante :  on a présenté au tableau, où à l’oral, nos propositions de traduction puis nous avons «voté» pour la meilleure proposition. Une fois la phrase retenue (généralement tout le monde était d’accord) nous l’avons un peu modifiée par la suite pour qu’elle soit parfaite.


Lisa :
Pour les mises en commun nous avons beaucoup discuté puis nous avons choisi les mots les plus appropriés au texte mais aussi à notre génération. Nous nous sommes la plupart du temps très bien entendus au niveau des traductions à choisir. Nous avons pris en compte les idées de chaque personne pour les intégrer dans le texte, à la phrase. Notre professeur nous a aussi aidé à pouvoir employer les bons termes.


Pauline :
Au moment de la mise en commun, nous nous concertions ensemble pour savoir quelle phrase serait la meilleure. Tout le monde se met d’accord et nous écrivons une traduction en commun. Aucun élève n’a été mis à l’écart : nous avons pris toutes les traductions, de chaque élève, et nous avons choisi celle qui plaisait à tout le monde avec une sorte de vote.

Un élève ajoute :
Nous nous sentons auteurs car nous reconnaissons notre travail sur les traductions.

Ce qu’en dit leur professeur, Hélène Pico :
Je vais essayer de détailler la façon dont j’ai guidé le groupe.
Chaque élève planchait individuellement sur sa traduction et j’ai corrigé de façon professorale ce travail.
Pour la mise en commun et l’établissement de la traduction commune je leur ai donné un seul critère d’évaluation : «Est-ce que ça sonne bien ?». Je suis partie de l’idée que les élèves ne sont pas neutres par rapport à la langue : ils ont déjà étudié depuis le Primaire plusieurs pièces de théâtre, surtout des pièces de Molière, ils en ont mémorisé des passages ; cette langue leur est donc familière ; sans savoir dire pourquoi ou sur quel élément, ils peuvent néanmoins affirmer que telle phrase «sonne» comme Molière, comme une pièce de théâtre, ou bien s’en éloigne catégoriquement.
D’autre part ils manient habilement les registres de la langue et savent pertinemment classer leur vocabulaire dans chaque niveau de langage. D’ailleurs en classe, pour traduire, ils s’auto-censurent systématiquement et osent à peine franchir la barrière imposée à l’école, même pour rendre des expressions très familières.


M’appuyant sur ces deux constats, nous avons établi la traduction choisie «à l’oreille». Les répliques étaient
jouées, chacune séparément, et les élèves ont de cette façon placé le rythme ; puis chaque réplique était ajoutée à la précédente et la question était : «est-ce que ça colle ? est-ce qu’il y a une unité avec le reste ?»
C’est ainsi que, essayant la confrontation de chacune de leur traduction avec l’ensemble, nous avons sélectionné les mots qui, entre eux, prenaient une couleur commune.
Par exemple, texte 2 réplique 7 : un élève avait traduit “senex” par “pépé” ; c’était une très bonne traduction qui s’inscrivait tout à fait dans le registre actuel des jeunes manquant de respect à leurs aînés. Mais le langage des autres répliques s’éloignait de ce registre «jeune» et nous avons renoncé à cette possibilité de traduction.
Tout n’est pas entièrement satisfaisant (par exemple la réplique 3 du texte 1) mais il y a un moment où il
faut arrêter le travail et fixer cet état sur le site. Nous avons rencontré là l’insatisfaction de l’auteur, rien à y
faire !! De toute façon une traduction est la création de quelques personnes, à un moment donné ; elle suppose un sens. A d’autres de s’en emparer et de le faire évoluer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce travail a été réalisé par le groupe Doc2d (Recherche documentaire au second degré)
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