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L'inspecticide : Collectif des enseignants de Paris refusant l'inspection et la notation

Dans :  l'Education Nationale › 
Août 1978

 

PAGES 77 et 85
   

POSITION ET PROPOSITIONS D'ACTION DE L'ICEM

L'ICEM lutte pour la suppression de l'inspection et non pour son aménagement.

Cela ne signifie pas que nous refusons toute évaluation de notre travail mais elle doit être débarrassée de toute trace hiérarchique.

Nous devons souligner le renforcement actuel du rôle répressif de l'inspection dans l'application des réformes et de la politique d'austérité : fermetures de classes, d'écoles.

Dans ce contexte, les luttes contre l'inspection ont pris de l'extension sous des formes diverses et notamment celle du refus.

Elles ont incontestablement ouvert une brèche dans l’institution et ont eu un impact sur les organisations (syndicats notamment) en relançant le débat dans des conditions nouvelles.

PLATEFORME COMMUNE GFEN, ICEM, CEMEA (1978)

L'inspection traditionnelle, qui vise à contrôler individuellement les enseignants, a fait preuve de son inefficacité. Elle est inopérante pour faire évoluer les pratiques : depuis vingt ans, elle n'a pas  réussi à faire appliquer l'interdiction des devoirs à la maison, elle est impuissante à provoquer un début d'applications des instructions et notamment des horaires concernant l'éducation physique.

Les IDEN les plus progressistes le savent : l'inspection est totalement inefficace sur le plan de l'évolution positive.

Même là où les inspecteurs ont eu des initiative individuelles d'animation et de rénovation, il en est resté peu de trace chaque fois qu'il n'y a pas partage du pouvoir avec des équipes et prise en charge responsable par celles-ci.

L'inspection traditionnelle a, par contre, toutes les responsabilités de blocage et d'aliénation : elle créé chez les enseignants une absence d'initiative, une culpabilisation quasi-générale.

ECOLE SOUS SURVEILLANCE

Voici un livre rigolo et joyeux. Rigolo, parce que la démonstration tranquille mais vive, minutieuse mais globale de la bêtise et de la méchanceté mêlées, ça fait comme à Guignol, on rit...

Adversaires ou partisans (!) de l'inspection, on lira tous ce Iivre avec profit.

Pour les adversaires engagés de l'inspection, Il est un outil dans la lutte menée. On y trouve la critique rIgoureuse du fait "inspection".

A tous ceux des enseignants qui sont "plutôt contre", qui savent, dans les salles des maîtres, ironiser, mais qui craignent de s'engager, ce livre devrait leur permettre de mieux comprendre leurs sentiments.

Que les partisans de l’inspection n'hésitent surtout pas à tourner ces pages. Ils seront, souvent indignés, c'est toujours une bonne chose ; ça fouette les sangs, c'est tonique et peut être cela les poussera-t-il à prendre la parole et la plume pour défendre l'inspection, car il est remarquable qu'on ne voit ni n'entend jamais personne se poser en apologiste de cette curieuse pratique.

Les inspecteurs eux- mêmes tireront un grand profit d'une telle lecture.

Voici donc un livre allègre et important pour tous ceux que concerne l’éducation nationale.

On regrettera toujours de ne pas l'avoir écrit ; mais sans amertume. L'essentiel est qu'il soit diffusé, lu et discuté, utilisé par tous ceux qui souhaitent réellement un changement profond et radical de la pratique du métier.

Extrait du livre…

...Rien ne serait plus pernicieux que de se laisser tenter par la séduction des discours modernistes d'où qu’ils viennent, en noyant sous des illusions d'adaptation de la fonction d'inspection les enjeux politiques et éducatifs fondamentaux, en contribuant à restaurer le vernis idéologique quelque peu écaillé dont se pare l'inspection pour dissimuler sa fonction politique.

La coopération et l'autonomie, bénéfiques aux jeunes, doivent être reconnues aux adultes et nulle modernisation ne rendra l’inspection compatible avec ces aspirations. Nous voulons mettre en oeuvre d'autres formes, plus collectives, de travail. Nous voulons mettre en marche un processus de changement par l'exercice d'une véritable autonomie des usagers – jeunes, éducateurs, parents, associations -tenus jusqu’à présent en marge du débat sur les problèmes de fond. Les contenus, les stratégies, l'insertion de I’école dans le milieu de vie, etc. les concernent au premier chef. Que les experts, l'inspection générale, les spécialistes des organisations politiques et syndicales s'y intéressent, c’est la moindre des choses, mais qu'ils ne confisquent pas les discussions et les décisions.

Le changement est trop sérieux pour être confié aux seuls spécialistes. Les acteurs sociaux - en l'occurrence les usagers de l'école - s'ils jouissent d'une véritable autonomie, avanceront des solutions adaptées aux problèmes posés. Débarrassés des évaluateurs-nés, ils pourront enfin coordonner et confronter leurs expériences, mettre en place une évaluation formative susceptible d'aider la dynamique et l'harmonisation des innovations.

Et tous ces bulletins d'inspection vierges qui s'entassent dans les académies, les rectorats et les ministères ?

On recycle bien les vieux papiers journaux...