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Il faut changer de technique d'apprentissage

Octobre 1965

Si on disait d’un éleveur de chiens que 50% de ses bêtes sont ratées et inaptes à chasser, si les propriétaires d’une écurie voyaient leurs chevaux recalés dans toutes les compétitions, on en conclurait naturellement que c’est la technique de formation et d'apprentissage qui est défectueuse, ou que sont incapables ceux qui l'appliquent, ou plus souvent les deux, car un bon ouvrier n'accepte pas des pratiques qui déprécient sa compétence et son dévouement.

Les techniques actuelles de formation et d’apprentissage scolaires échouent — et les statistiques sont plus pessimistes encore — dans 50 à 75% des cas. L’échec serait total si la vie, non encore totalement pervertie, ne corrigeait les erreurs des pédagogues.

La conclusion naturelle en serait que la technique d’apprentissage est à changer, et que les maîtres devraient être entraînés à travailler selon des méthodes plus efficientes.

Eh bien! non, éducateurs et parents d’élèves sont insensibles à cette évidence. Ils enregistrent l’échec comme s'il ne les concernait pas ou s’ils étaient persuadés d'avance de l'inutilité de leurs efforts. C'est l'enfant qui a tort. Je crois plutôt qu’ils jugent les situations de dressage des bêtes et d’éducation d’enfants comme non comparables, les techniques valables pour des chevaux ou des petits chiens ne pouvant selon eux s'appliquer aux hommes. Pour les enfants, comme autrefois pour les princes, il faut des idées subtiles, prônées et définies par de grands maîtres, des mots qui impressionnent d’autant plus qu'on ne les comprend pas ; il faut qu'on parle d’intelligence, de mémoire, de volonté, d’imagination et d’effort, même si la science psychologique balbutiante est loin d'être d'accord sur le contenu des vocables.

Il ne suffit pas d’analyser, de tester, de peser, d’éprouver un cheval ; il faut surtout lui apprendre à sauter et à trotter, on mesurera après. Pour apprécier la valeur des méthodes, je regarde les résultats. Hélas! depuis cinquante ans que j’enseigne, je n’ai constaté que fort peu de progrès valables dans les méthodes ; la scolastique actuelle en est l’officiel témoignage. Alors ?

Alors, il faut changer de technique d’apprentissage, en concevoir ou en trouver une plus vivante et décisive, si même il fallait pour cela mettre au pilon les livres savants qui nous ont conduits dans cette impasse.

Il ne s'agit pas de savoir si nos théories sont démontrables ou démontrées. Le progrès pédagogique n’est nullement une affaire qui nous soit personnelle, Il nous faut, coûte que coûte, pour la société 1965 une pédagogie 1965.

Tout ce qui peut y servir est souhaitable.