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Pour la solution des problèmes pédagogiques urgents : notamment dans les classes de transition et de perfectionnement

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Janvier 1966

L’UNE DES CONTRIBUTIONS DE L’ECOLE FREINET

Pour la solution des problèmes pédagogiques urgents :

notamment dans les classes de transition et de perfectionnement

par

C. FREINET

L’Ecole se trouve aujourd’hui sous le coup de deux impératifs :

La démocratisation de l’enseignement devient une nécessité économique, technique et sociale qu’on ne pourra plus longtemps éluder.

Contrairement à ce qu’on a cru parfois, la démocratisation à réaliser ne signifie pas que tous les enfants devront passer par la même filière actuelle, qu’ils devront affronter les mêmes examens, accéder aux mêmes degrés d’enseignement, mais seulement que l’éducation démocratique doit permettre à tous les individus de se développer au maximum dans le sens de leurs tendances et de leurs possibilités.

Nos techniques permettent cette démocratisation,

Or, il est malheureusement un fait, dont on commence à s’inquiéter. Le système actuel, valable autrefois pour une sélection des élites bourgeoises, laisse aujourd’hui en cours de route une véritable armée de 50 % des effectifs scolaires parce que l’Ecole n’a pas su, ou pas voulu, adapter ses méthodes à la masse des enfants. Et que, par une pédagogie trop intellectualiste, elle opère, non seulement au niveau de la 6e, mais bien avant déjà, une injuste sélection entre les privilégiés qui seront les cadres dirigeants et les exécutants qui, rejetés au niveau des machines qu’ils sont appelés à servir, ne pourront plus faire jouer avec profit leur intelligence propre.

C’est dans ce rejet massif que réside le premier acte des processus d’abêtissement dont nous accusons l’Ecole traditionnelle : l’enfant jugé inintelligent n’en est pas moins condamné à subir les leçons qu’il ne comprend pas, et où il échoue fatalement, alors qu’y réussissent les forts en thème. Il en acquiert un dégoût tenace de l’Ecole, de l’étude, du travail, de la culture, un dégoût qui va parfois jusqu’à l’allergie maladive et au dérèglement viscéral. Il devient hostile à tout effort intellectuel ; il s’abêtit.

La vie se charge heureusement parfois de corriger cette injustice et on voit assez souvent des enfants refoulés par l’Ecole exceller dans des sones jusque-là interdites et dont le succès confirme la portée.

Il est au moins regrettable que la vie doive ainsi se défendre contre l’Ecole, alors que l’Ecole devrait aider la vie.

Les récentes Instructions Ministérielles pour l’enfance handicapée et les classes de transition s’appliquent à remédier au mal, et elles le font par une référence officielle à notre pédagogie, la seule à ce jour qui ne se contente pas de conseils et de verbiage.

Préconiser une pédagogie, entrer même dans le détail des techniques et des outils recommandés est certes un premier pas dont nous ne sous-estimons pas l’importance. Mais faire pénétrer dans la pratique de nos classes les conseils théoriques de ces Instructions est une affaire autrement délicate pour laquelle les éducateurs mal préparés aux conceptions nouvelles ont besoin d’exemples, d’éléments d’efficience et de réussite, d’une certitude que nous pouvons aujourd’hui leur donner. Par les qualités et la diversité de son effectif, l’Ecole Freinet peut être considérée comme l’Ecole-type des classes de Transition et de Perfectionnement. D’ordinaire en effet, on ne s’adresse à l’Ecole Freinet que dans les cas désespérés :

— Quand on se rend compte que l’enfant, à 9 ou 10 ans, ne pourra pas affronter l’enseignement normal, et qu’il prend chaque année un retard scolaire toujours plus inquiétant.

— Quand l’enfant, du fait de ce « ratage » :

— ne veut absolument plus aborder aucun travail scolaire ;

— qu’il est sans cesse distrait et absent ;

— qu’il ne veut plus lire ;

— qu’il ne s’intéresse à rien ;

— et que, par suite de son permanent insuccès, et pour d’autres causes aussi, physiologiques ou psychiques, il est nerveux, dissipé, insupportable, sans cesse puni, et, en fin de compte indésirable pour toute une classe ;

— qu’il devient en conséquence, de plus en plus associal ; il devient grossier, commet des larcins qui semblent le promettre à un destin de mauvais garçon.

— Quand cet état de fait est aggravé, pour les dyslexiques, par les complications surtout scolaires qui résultent de cette anomalie considérée hélas ! comme une tare, et pour la guérison de laquelle on essaie toutes sortes de traitements qui ne font qu’aggraver le cas.

— Quand la famille est désunie — ce qui est, hélas ! de plus en plus fréquent et qu’il en résulte pour l’enfant une insécurité qui provoque des troubles graves dont l’école devra tenir compte dans la recherche de nouvelles normes de travail.

— Quand ces enfants ont, en général tellement souffert de l’école qu’ils en ont comme une maladive obsession. Les déconditionner du milieu scolaire sera une nécessité pédagogique urgente. Voilà, mis à part quelques éléments normaux et surnormaux qui bénéficient doublement de notre enseignement, le public enfantin que nous avons à traiter à l’Ecole Freinet, celui-là même qui peuple toutes les écoles spéciales pour lesquelles la réforme a dû prévoir une forme nouvelle d’éducation — la nôtre.

Que faire pour normaliser la vie mentale et scolaire de ces enfants ?

Nous nous placerons là exactement dans la position des sous médecins qui soignent au mieux les malades qu’on leur amène mais qui ne manquent pas de dire aux parents et aux éducateurs qu’ils ont pour devoir de prévenir ces tares et d’en exiger les correctifs et les remèdes.

La santé — d’abord

Dès la création de l’Ecole Freinet, nous avons recherché une synthèse des facteurs les plus favorables à la santé physique et morale des enfants (1).

Le sort de l’éducation ne se joue pas seulement à l’Ecole. L’éducation est toujours un tout, dont les procédés et les pratiques scolaires ne sont qu’un élément.

La base d’une bonne éducation reste toujours la santé, l’équilibre, la vie. Si l’enfant est physiologiquement malade, s’il est excessivement nerveux, s’il a des douleurs passagères ou permanentes, s’il ne lui reste qu’une portion réduite de vitalité, tout juste suffisante pour les processus élémentaires de la vie, il n’a plus la disponibilité nécessaire pour s’intéresser aux autres problèmes physiques et mentaux.

 

***

Dans nos recherches incessantes nous avons expérimenté deux innovations scientifiques qui connaissent actuellement un succès grandissant :

— l’eau vibrée de Marcel Violet,

— l’Aurelle du Docteur Tomatis. Arrêtons-nous quelques instants sur ces inventions qui déjà ont fait leurs preuves :

1) L’eau vibrée. L’eau électro-vibrée par le procédé Marcel Violet n’est pas un médicament mais un aliment énergétique qui donne à l’organisme, sous forme homéopathique, des oligoéléments indispensables à son équilibre.

Lorsqu’on soumet de l’eau à l’action d’une électrode métallique quelconque reliée à l’appareil émetteur breveté Marcel Violet, l’électrode se met à fondre en quantités infinitésimales dans l’eau.

Cette eau traitée par des électrodes diverses (cuivre, fer, magnésium, nickel, argent, or, etc...) a une action accélératrice et équilibrante des processus organiques en même temps qu’elle renforce les réactions de défense. L’alimentation irrationnelle et falsifiée de notre inonde moderne plus soucieux de commerce que d’hygiène, expose l’organisme à de graves carences et tout spécialement chez ; l’enfant qui, en période de formation, a besoin d’une ration alimentaire équilibrée.

Dans les hôpitaux, les communautés diverses, l’eau vibrée produit d’incontestables bienfaits.

Depuis trois ans que nous consommons l’eau vibrée jointe à notre régime naturiste, nous avons obtenu une nette amélioration de l’état sanitaire général, et de l’avis même des médecins nos enfants sont en excellente santé.

Mais il y a mieux encore : le climat psychique de la communauté d’enfants est excellent. On peut dire que nous n’avons plus aucun souci ni aucun ennui avec nos grands garçons qui sont d’un commerce très agréable (2).

2) L’Aurelle, selon les découvertes du D Tomatis (3).

Le Dr Tomatis a fait un certain nombre de découvertes que nous résumons ici parce que nous les croyons essentielles pour la rénovation de notre éducation.

a) On parle comme on entend. Ce principe est d’ailleurs parfaitement conforme à notre théorie du Tâtonnement expérimental.

L’enfant améliore et adapte son langage selon le milieu dans lequel il est plongé. C’est exclusivement par ajustement expérimental qu’il apprend avec une sûreté jamais démentie — selon une méthode naturelle — la langue de ses parents, avec toutes ses caractéristiques les plus subtiles.

Nous n’avons d’ailleurs pas de véritable organe de la parole (il y a concours expérimental d’organes multiples), alors que nous avons un organe bien spécialisé pour l’audition. Il en résulte, et c’est précieux pour l’éducateur, que la plupart des troubles du langage — nous devrions dire tous — sont d’origine auditive, et qu’un traitement de certaines tares du langage suppose un traitement de l’audition.

« Nous avons, mis en évidence, écrit le Dr Tomatis, le fait qu’il peut s’introduire, dans l’audition de notre propre discours, des retards que nous avons dénommés “delayed feed back physiologiques”. Ils expliquent pour une large part les troubles du rythme et notamment les bégaiements. Les techniques qui tendent à éliminer ces retards amènent une disparition des troubles observés ».

b) Sur ces principes, le Dr Tomatis a mis au point un appareil : l’Oreille électronique, du nom de l’Aurelle.

Avec cet appareil, et grâce à des mécanismes comparables à ceux qui sont employés dans les laboratoires audiovisuels, l’enfant parle dans un micro et il s’entend sous le casque. Seulement, la voix qu’il entend n’est pas strictement la voix qu’il a émise, c’est une voix améliorée dans les intonations avec toutes les qualités souhaitables. Par tâtonnement expérimental, il ajuste automatiquement sa voix sur la voix modèle qu’il entend et peut ainsi faire de grands progrès (je schématise les explications et m’en excuse).

c) L’Oreille directrice : Le Dr Tomatis a découvert également que chaque individu possède une oreille directrice qui peut être la droite ou la gauche, la droite répondant au réflexe de la partie gauche du corps et inversement. Or, les audiogrammes révèlent que, chez certains individus, il y a chevauchement entre oreille directrice droite et oreille directrice gauche, comme s’il y avait un croisement de nerfs dont l’influence sur l’équilibre — disons spatial — peut être considérable.

Avec l’Aurelle on réduit ce chevauchement et on redonne à l’oreille directrice sa pleine fonction, ce qui conduit à un nouvel et bénéfique équilibre. Nous touchons là aux problèmes de dyslexie dont l’Aurelle facilite le traitement.

«Il existe, dit encore le Dr Tomatis, — qu’on nous pardonne notre affirmation que nous voulons formelle — une oreille directrice dominante dans l’auto-écoute du langage qui voit sa spécification fonctionnelle s’élaborer parallèlement au langage, et que nous tenons pour aussi importante dans l’acquisition de l’homme que la station debout, que la déflexion de la tête, que l’opposition du pouce. Elle est liée spécifiquement au langage articulé dont elle permet l’existence ».

Toutes ces techniques — et celle de l’Aurelle a été pour nous la plus révélatrice — qui tendent à rétablir les circuits normaux : oreille, langage, compréhension, sensibilité, élargissent le champ d’audition (un nombre important des déficients traités ont une baisse très sensible de l’audition des aigus ; ils n’entendent que dans un registre réduit, ce qui leur vaut comme une demi surdité qui n’est certainement pas sans influencer leur comportement et le cours de leurs études).

« L’habitude de la communication avec autrui, née des besoins sociologiques de transmettre et de percevoir des informations, nous a dressés à réguler notre phonation en fonction du but à atteindre, quant à la quantité de son à fournir. Cette prise de conscience, apparue un jour, a tôt fait de susciter l’automatisme pour se libérer de cet appel profond qui nous crie : “plus fort” ou “moins fort”, lors même de notre propre discours. Dès lors, nous savons en fonction de l’ambiance, du public à atteindre, de la distance, accommoder le seuil d’auto-écoute de notre capteur pour nous assurer du dosage de la quantité qu’il convient d’accorder à notre coulée verbale afin que la compréhension de nos auditeurs puisse être sollicitée par la bonne intelligibilité que nous désirons voir susciter. Cette régulation, on le sait, est facilement perturbée, pour peu que l’audition soit modifiée dans ses caractéristiques ; en effet, si l’autophonie est renforcée, comme c’est le cas dans le blocage de l’appareil de transmission, le sujet s’entend de manière démesurée en fonction de ce qu’il peut émettre et sa voix s’amenuise jusqu’à ne plus être intelligible. On se souvient de ces voix sourdes, monocordes, non modulées, des otospongieux. Par contre, si l’appareil de réception est atteint et qu’il nécessite un seuil élevé d’auto-écoute, le sujet se met “à brailler comme un sourd” pour s’entendre, tandis qu’au passage il casse les oreilles de ses malheureux interlocuteurs » (4).

On voit l’importance du rétablissement des circuits auditifs.

3. Les techniques Freinet d’expression libre contribuent au rétablissement des circuits.

Il ne fait pas de doute que les techniques traditionnelles de répétition des signes, des mots, et même de la pensée extérieure produisent une inhibition des circuits dont le Dr Tomatis a révélé la prédominance dans les processus d’éducation et de rééducation. L’enfant qui s’habitue à l’école à la gratuité mortelle de ce qu’il lit ou de ce qu’il dit ne fait plus fonctionner harmonieusement les circuits audition-langage-expression. Ces circuits se bloquent par non-exercice, ou par exercices inhibiteurs. Il y a une sorte de surdité scolaire qui s’implante dans les classes, et contre laquelle doivent tant lutter les maîtres : « Tu n’entends pas... Tu es sourd... Tu as déjà oublié... »

Le désastre serait certainement plus grave si la vie hors de l’école, plus naturelle et plus normale, ne corrigeait avantageusement l’erreur de l’école. Par l’expression libre, l’imprimerie, les échanges interscolaires, l’enfant s’entraîne à nouveau à faire travailler ces circuits. Nos retardés, bloqués par les méthodes traditionnelles, sourds à la vie de la classe, toujours « dans la lune » ont désormais quelque chose à dire ; ils écoutent ce qui se passe autour d’eux. Ils lisent leurs textes et ils voient sur la figure de leurs camarades la réaction que suscite leur voix, ils ajustent en permanence cette voix ; ils l’ajustent dans les conférences, et en s’écoutant au magnétophone.

Notre ami Rauscher, spécialiste à l’Ecole Freinet de l’utilisation des divers appareils, a constaté que nos techniques produisent sur l’audition des enfants, sur la rééquilibration des processus, sur l’élargissement vers les aigus du registre de leur audition, des progrès très nets, plus lents peut-être qu’avec l’Aurelle, mais qui permettent de comprendre que nos enfants modifient peu à peu leur faciès et leur comportement. Cette constatation de la valeur d’une technique à la mesure de toutes les classes est d’une portée considérable, sur la valeur de notre pédagogie d’expériences et de vie.

4. Le travail créateur avec ces enfants à la scolarité difficile l’intelligence, nous l’avons dit, monte des mains et des sens jusqu’aux fonctions intellectuelles les plus hautes.

Mais il ne suffit pas de faire du travail manuel ou de pratiquer des méthodes actives par découpage du papier, ou tressage de joncs. Le travail manuel chez nous est lié à la vie, inclus dans notre plan de travail, avec une large place à l’invention et à la découverte par l’utilisation de nos bandes de travail programmées.

5. Le travail individualisé par l’autocorrection et les bandes de travail

Il libère l’individu de la masse et des maîtres, l’un et l’autre toujours paralysants. L’enfant peut, de plus en plus, régler son propre travail, aller A son rythme, détendu et fier de son œuvre. Un climat nouveau naît dans les classes.

6. L’expression artistique

L’expression artistique sous toutes ses formes est, pensons-nous, un moyen unique d’accrocher et de retenir tous les élèves retardés scolaires. A l’Ecole Freinet, les enfants créent des œuvres d’art, sans effort, comme ils respirent pourrait-on dire. En fin d’année scolaire, on est envahi par la vague des créations à jet continu. Il ne s’agit d’ailleurs pas là de simples travaux scolaires de petite inspiration et petites dimensions, mais de grandes œuvres qui demandent pensée et combat et pour lesquelles il faut parfois accepter de peiner et de souffrir.

Notre musée de Coursegoules, installé dans une vieille demeure restaurée, notre théâtre de plein air avec arcades, bas-reliefs, statues, ont été réalisés avec un entêtement dans le rude effort, dans les lentes patiences, qui impose le respect. Cette année sera peut-être plus encore favorable à l’éclosion d’œuvres vives qui 11e sont là que parce que l’enfant est sûr de ses pouvoirs jusqu’à l’extrême limite de ses pensées les plus généreuses.

On ne fait pas d’éducation sans que l’art vienne à notre aide.

7. Résultante de tout cela : Nous avons changé le milieu scolaire de nos classes en les transformant en classes-ateliers, avec disparition de l’estrade et nouvel aménagement des bancs. Cela n’était pas encore suffisant pour un certain nombre de nos élèves, le local sentait encore trop l’école. Nous les avons totalement déconditionnés dans la salle — laboratoire de M. Rauscher, où il n’y a plus de leçon commune, plus même de tableau — noir ou vert — et où les enfants :

— font leur texte libre, corrigé ensuite par le maître et recopié et illustré ;

— travaillent sous l’Aurelle ;

— composent et impriment leurs textes ;

— préparent leurs conférences ;

— font des montages, des découpages et des inventions ;

— lisent et font leurs bandes de français au nouveau laboratoire de français que nous venons de mettre en service.

Comme vous le voyez sur les photos, (pages suivantes), ce laboratoire est constitué par un ensemble de quatre postes individuels, munis chacun d’un micro et d’un écouteur. De son poste, le maître, ou un grand élève, .suit et dirige les élèves qui peuvent ainsi travailler individuellement ou collectivement.

Dès maintenant, nous distinguons à cette pratique une première possibilité qui va dans le sens de l’Aurelle et qui pourrait déterminer l’implantation de notre laboratoire et de nos bandes dans toutes les classes.

Le seul fait, pour l’enfant, d’être sous le casque, isolé de l’extérieur, détermine une concentration nouvelle pour le travail à effectuer.

Les enfants ont une bande enseignante sous les yeux. Ils la lisent à mi-voix en s’entendant lire ; ils la copient ensuite en la lisant. De temps en temps le maître lit le texte pour servir d’exemple. Les enfants font également sous le casque leurs textes libres. L’expérience nous montre qu’ils y mettent une attention et un plaisir qui devraient influer de façon déterminante sur l’enseignement. .

***

La conclusion de tout cela.

Ces nouvelles possibilités de rééquilibration des individus, la disparition de toutes contraintes scolaires, la suppression de la séculaire opposition maîtres-élèves qui a, de tout temps, déterminé un climat scolaire perturbant, le bonheur enfin de se réaliser en travaillant vraiment et en créant, modifient profondément l’atmosphère de la communauté.

Nous avons connu jusqu’à ces dernières années les perturbations inhumaines que valait à nos classes difficiles la présence d’un certain nombre d’enfants inadaptés pour lesquels nous n’avions pas encore trouvé la technique susceptible de les accueillir humainement dans notre ronde de la vie et du travail.

Nous y sommes aujourd’hui parvenus, notamment avec l’utilisation des bandes qui nous permet la suppression des leçons et personnalise le nouveau travail. 

Toujours est-il que nos enfants les plus difficiles sont devenus aimables et prévenants, fiers de se mettre au travail au sein de la communauté. La coopérative et les réunions du samedi — le Conseil de classe — donnent la mesure du haut niveau de conscience et de responsabilité que nous avons atteint.

Nous pouvons promettre, aux éducateurs qui nous suivront surtout dans les classes de Transition, une autre conception de la discipline et de la vie qui changera totalement le sens de leur dur travail.

Et nos enfants que l’Ecole habituelle abêtissait se redressent, s’animent, s’activent. Ils deviennent plus intelligents. Peut-être même que, par le détour que nous leur avons permis, ils pourront rejoindre un jour prochain les camarades engagés avant eux dans l’exaltation intelligente des personnalités, au service de la vraie culture.

Cette révolution éducative, l’Ecole Freinet l’a techniquement, psychologiquement et pédagogiquement préparée. Elle est désormais au service des éducateurs, au service des enfants du peuple.

C.F.
(1) E. et C. Freinet : Vous avez un enfant. Ed. La Table Ronde.
(2) Marcel Violet : Le secret des patriarches. Laboratoires M. Violet, 5, Boul. des Italiens, Paris IIe.
(3) Dr Tomatis : L’oreille et le langage. Coll. Que sais-je ? PUF.
(4) Dr Tomatis : Bulletin d’information ACERA.