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Les conférences pédagogiques pour les maîtres des classes d'application

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Juin 1966

Elles portent cette année sur « l'emploi des moyens audiovisuels et l'apprentissage de leur utilisation par les élèves- maîtres ».

Les moyens audiovisuels seront —que nous le voulions ou non — parmi les techniques d’avenir de l’EcoIe, La radio et la TV ont désormais conquis tous les publics, y compris les enfants d’âge scolaire. Demain, le magnétophone sera d’un emploi aussi courant que le transistor que les ouvriers emportent aujourd’hui sur le lieu de leur travail pour donner un peu de poésie à leur tâche quotidienne. La photographie et la caméra élargissent chaque jour le rayon de nos intérêts.

Cela hors de l’Ecole. Mais celle-ci ne pourra pas ignorer longtemps encore les courants nouveaux ainsi suscités. Elle devra ou se moderniser ou se démettre. A nous de préparer l’introduction rationnelle dans nos classes de ces techniques que nous souhaiterions intégrer à nos processus de formation, d’éducation et de vie.

Il nous faut y préparer les jeunes instituteurs. Malheureusement, tout reste à faire, car il n’existe encore, à aucun degré, de pédagogie des moyens audiovisuels qui n’ont encore trouvé aucune place normale dans le déroulement des classes, hors la diffusion — heureuse d’ailleurs et appréciée — des chansons scolaires.

Comment pourrons-nous utiliser un jour prochain le magnétophone, le disque, la photo, le cinéma, la télévision? Un certain nombre d’expérimentateurs en sont réduits, dans ce domaine, à un usage clandestin d’appareils acquis souvent à leurs frais ou à ceux de la coopérative scolaire, et dont le fonctionnement dépend de l'aptitude technique particulière de chacun d’eux.

L’Ecole Moderne a, depuis sa fondation il y a 40 ans, fait un certain nombre d’essais et d’expériences qui ont été, depuis, plus ou moins intégrés aux pratiques courantes :

— En 1935 déjà nous lancions, les premiers en France, les disques d’enseignement avec lesquels les éducateurs pouvaient enseigner le chant, la diction, puis les représentations folkloriques.

Nos productions ont, depuis, été dépassées par la formidable production industrielle, ce qui ne veut pas dire que les disques qu'on nous offre répondent toujours à nos besoins. Nos disques pour danses folkloriques connaissent toujours d'ailleurs un grand succès parce qu’ils permettent aux éducateurs peu experts en la matière de réussir de belles représentations qui peuvent affronter les plus imposantes fêtes scolaires.

Le disque d’enseignement reste encore à réaliser, mais il ne le sera qu’avec la collaboration des éducateurs eux- mêmes.

— Nous avions fait avant 1939 une expérience que nous pourrions considérer comme décisive avec le film Pathé Baby 9 mm d'un prix très abordable, et si simple qu'il pouvait être manœuvré par des enfants, avec une caméra simple aussi qui permettait des prises de vue d’un rendement scolaire étonnant.

Il serait souhaitable que l’expérience puisse être reprise d’un vrai cinéma scolaire au service des enfants, intégré à notre matériel scolaire, adapté à une pédagogie vivante.

-— Nous avons été les premiers surtout ii expérimenter le magnétophone à l'Ecole, avec des appareils rudimentaires d’abord, avec ensuite notre beau magnétophone CEL qui a permis une production et un échange de bandes qui peuvent être des prototypes de l'usage souhaitable des appareils simples et manœuvrables que la technique mettra prochainement à la portée de toutes les écoles.

— Nous avons enfin entrepris la réalisation d'une collection de BT Sonores qui est le pendant audiovisuel de nos BT. Ces BT Sonores (28 numéros parus à ce jour) comportent douze diapositives un disque d'enseignement et un livret programmant le travail des enfants. Elles sont idéales comme supports des conférences.

Ces diverses techniques sont pleines d’avenir. Les jeunes instituteurs doivent s'appliquer à les expérimenter dans leurs classes.

Quand on parle de techniques audio-visuelles, on pense surtout au cinéma, à la télévision et à la radio qui pourraient être d’une utilisation décisive pour le renouveau de l’Ecole.

La production cinéma, surtout en format réduit, pourrait être menée de façon artisanale, par des éducateurs ou des groupes d’éducateurs. Il n’en est pas de même pour la radio et la télévision pour lesquelles nous sommes obligés d’avoir recours aux postes existants, officiels ou périphériques. Mais ces postes ont tendance à satisfaire la masse des téléspectateurs, aux dépens de ceux qui, à contre-courant, essaient des initiatives nouvelles. Les expériences tentées à ce jour sont, de ce fait, à peu près exclusivement scolastiques, avec les défauts et les tares scolaires portés sur les ondes.

Il faudra que les jeunes éducateurs prennent conscience du rôle éducatif que pourraient jouer cinéma et radio et qu’ils agissent en conséquence pour qu’un jour prochain les techniques audiovisuelles puissent se substituer dans nos classes aux procédés vieux de cent ans et qui, peut-être bénéfiques autrefois, ne sont aujourd'hui qu’une anachronique entrave au progrès.

C. F.