Raccourci vers le contenu principal de la page

Compte rendu de l'activité de I'I.C.E.M.

Dans :  Mouvements › mouvement Freinet › Mouvements › mouvement Freinet › Mouvements › mouvement Freinet › Mouvements › mouvement Freinet › 
Mars 1963

Comment une organisation comme la nôtre, si polyvalente, soit-elle, peut-elle s'attaquer ainsi au large éventail de tous les problèmes psychologiques, pédagogiques, psychanalytiques, techniques, philosophiques et sociaux qui lui sont posés par les nécessités de l’éducation en cette période de réforme urgente? Sommes-nous encyclopédiques à ce point, ou nous contentons- nous d'un travail de surface pour faire seulement illusion ? Comment pouvons-nous ainsi, presque sans organisation, sans bureaux directoriaux, avec seulement une secrétaire, animer une entreprise qui n’a pas d’équivalent dans l'histoire de la pédagogie et qui assure la parution de six périodiques importants, une publication Bibliothèque de Travail qui en est à son 550e numéro, avec ses disques, ses films, ses documents pédagogiques, ses fiches-guides et la chaîne si vivante de ses cinq mille journaux scolaires.

Non, aucune entreprise, si riche soit-elle, ne peut se mesurer à nous pour la qualité et la valeur du travail parce que nous avons une richesse unique : une masse incomparable de travailleurs enthousiastes, dévoués et généreux qui apportent le meilleur d'eux-mêmes à l’œuvre commune : LE PROBLEME N’EST PAS POUR NOUS DE TROUVER DES COLLABORATEURS POUR DES ENTREPRISES DETERMINEES, MAIS DE DONNER DU TRAVAIL, VALABLE ET MOTIVE AUX MILLIERS DE COLLABORATEURS QUI S’OFFRENT EN PERMANENCE.

 

Quand nous traversions des périodes comme celle qui a suivi la faillite Rossignol, où nos moyens de réalisation étaient réduits, le tonus de notre mouvement baissait dangereusement, Mais que nous soyons en mesure de répandre nos circulaires, d’enrichir et de multiplier nos publications, de créer des outils nouveaux, de répondre toujours d’avantage aux besoins des éducateurs, et l’enthousiasme repart comme si un sang nouveau était venu le revigorer. Quand nous avons parlé de fiches-guides, de plans de travail, nos amis s’agitaient. Si nous leur annonçons la sortie du lithographe rotatif qu'ils attendent, ils s’informent, et quand j’annonce notre Boîte enseignante, une centaine de camarades s'offrent pour la mise au point des bandes.

Nous avons réalisé dans notre mouvement ce travail complexe que nous préconisons pour nos classes, générateur d’initiatives, d’efforts et de sacrifices, base d’un ordre et d'une discipline presque parfaits.

Les commissions et les groupes ont chez nous comme dans nos classes, la plus totale autonomie, et c’est pourquoi nos adhérents s’organisent librement pour un travail effectif qui est pratiquement sans limite.

Et nous le savons, rien n’a plus de valeur, rien n’est plus fécond que ce travail voulu parce qu’il répond à nos besoins et axe notre activité.

Nous nous appliquons certes à en opérer les synthèses qui s’imposent, nous veillons collectivement à la rectitude de notre ligne d’action afin de garantir l’efficience et la pérennité de notre entreprise.

Notre Congrès

Les camarades qui participeront à notre Congrès de Niort auront le spectacle d’une vaste rencontre amicale où, comme dans une kermesse, on est joyeux et détendu, où nul n’est commandé parce que personne ne commande et où pourtant règne une harmonie sans rides.

C'est que, comme dans nos classes encore, les rapports entre adhérents et responsables sont totalement reconsidérés, même lorsqu'il s’agit de finances.

Nous avons passé depuis près de trente ans par des crises dramatiques dont je ne vous ferai pas l'historique. Ce sont toujours les camarades qui nous ont versé sans compter les fonds dont nous avions besoin pour continuer notre œuvre. Et nous savons que s'il le fallait demain, les jeunes qui ont aujourd’hui pris possession de notre coopérative sauraient de même, généreusement fournir ce qui pour eux est chose secondaire : l'argent — le travail vivant, la camaraderie et l'idéal étant autrement précieux en notre siècle mécanisé.

C’est cet aspect et cet idéal que nous tenons à cultiver à la base, car sans eux, rien n'existerait de ce qui compte dans cet ensemble complexe qui fait la solidité et l’avenir de notre pédagogie.

La discussion - et une discussion qui nous honore - s’est instituée ces temps-ci sur cette question si délicate de l’esprit de nos techniques, Aucune voix ne s'est élevée pour contester l'urgence de cette préoccupation.

Mais je voudrais cependant rassurer quelques jeunes qui nous ont, directement ou indirectement, signifié leur inquiétude :

« Comment ! disent-ils, faut-il, pour employer les Techniques Freinet, en saisir l’esprit ? Mais n’avez-vous pas dit vous- même que cet esprit ne s'acquiert pas par l'explication et le verbiage, mais qu'il doit monter de ce tâtonnement expérimental qui se poursuit dans tous les domaines ?

Il nous faut bien, insistent-ils, commencer par un bout. Si ce n'est par l'explication et la philosophie, il faut bien l'entreprendre par nos essais de réalisation dans nos classes. Et nos essais sont ce qu'ils sont : pas toujours brillants, nous le savons, à cause justement du manque de préparation pédagogique et technique qu'il nous faut allier.

Si nous nous mettons ainsi à l'écart dans nos débuts, comment serons-nous un jour dignes de prendre le flambeau que vous avez monté si haut ? »

Bien sûr, répondrons-nous, vous ne pouvez commencer que par le commencement. Mais il faut justement admettre que ce n’est qu'un commencement. Ce que nous craignons, ce n’est pas tant les tâtonnements réguliers du débutant qui mesure son impuissance et tâche d'y parer, cherche et expérimente comme nous l'avons tous fait, lit nos publications, assiste aux réunions de groupes et à nos Congrès. Celui-là progressera vite et présentera toujours de notre pédagogie, ce qui lui est le plus essentiel ; cette insatisfaction qui suscite la recherche, ce besoin de s'informer pour mieux faire, cet aspect mouvant et actif d’une pédagogie qui est essentiellement prospective.

Notre pédagogie commande un effort permanent

Ce que nous craignons, ce sont ceux qui essaient une de nos techniques comme les malades d'une sciatique prennent un bâton qu'ils garderont même après leur guérison, ce sont ceux qui emploient un semblant de texte libre et qui ne se préoccupent pas de le vivifier quand ils sentent son peu de résonance, ou qui pratiquent une correspondance que nous pourrions dire traditionnelle, qui ne lisent rien de ce que nous produisons à leur intention et ne participent pas à la vie de leur groupe.

Ceux-là ne sont pas adhérents et nous redoutons qu'ils se réclament de nous parce qu'ils donnent de nos techniques et de notre pédagogie un visage qui nous est une offense.

Qu'ils disent employer timidement quelques techniques Freinet tout en restant dans la scolastique, d’accord, mais qu’on ne juge pas sur eux notre pédagogie.

Mais je dis à la masse des jeunes : si vous sentez les dangers et les misères de la scolastique, si vous éprouvez le besoin d’y échapper, si vous êtes disposés à chercher avec nous, alors vous êtes des nôtres. Comme nous tous, vous ne serez jamais satisfaits puisque notre pédagogie n’est ni dans notre passé, ni dans le présent. Elle est l’effort permanent que nous faisons tous ensemble pour améliorer nos techniques de travail selon l’esprit nouveau de notre pédagogie.

Vous vous entraînerez ainsi à opérer une distinction pour nous essentielle : si vous êtes pénétré de ce dynamisme prospectif qui vous anime, vous ne serez pas tenté de croire comme tant d’hésitants, que nous sommes exigeants et sectaires et que nous ne devrions pas négliger les conditions qui nous sont imposées par le milieu, par les règlements et les programmes, par les examens.

Il faut que nous cherchions tous ensemble à fignoler et à établir le visage de la pédagogie que nous cherchons et que nous souhaitons. C’est ce que nous nous appliquons notamment à faire avec notre revue Techniques de Vie.

Cette pédagogie c’est le point lumineux, plus ou moins éclatant que nous voyons au fond d'un couloir parfois désespérant. Nous aurons les yeux fixés sur cette lumière qui sera notre guide. Mais, dans la pratique, aucun de nous ne peut atteindre à cet idéal. Parfois, par certains côtés, nous en approchons et nous en sommes réconfortés. Mais que de fois nous butons encore dans une demi- obscurité.

Mais, dans ce cas, évitez de dire : C'est conforme à la pédagogie Freinet. Il vous faut au contraire être suffisamment logique, loyal et sérieux pour reconnaître que, dans telles ou telles circonstances, pour telles ou telles raisons, vous n’avez fait qu’une petite partie de ce que vous voudriez réaliser et que, d’ailleurs, les réactions de vos élèves vous montrent que vous vous êtes trompés et que, malgré vous, vous avez sacrifié à la scolastique.

Alors, parce que vous aurez conscience de votre insuffisance et de vos échecs, vous vous appliquerez à faire mieux. Le succès est au bout.

Il n'y a rien de plus triste et de plus dangereux que ceux qui s’engagent dans un mauvais chemin, en sachant qu'il ne mène nulle part, mais qui s'y tiennent parce qu'ils ile veulent pas reconnaître qu'ils se sont trompés.

Restons humbles, reconnaissons nos insuffisances et nos échecs. Alors, tous ensemble, nous nous mobiliserons pour y parer.

Nos revues

Que vous dire maintenant de notre travail de l'année et de nos projets pour l'année à venir? L’EDUCATEUR semble donner cette année toute satisfaction, ce qui ne veut pas dire qu'il soit parfait. Nous continuerons dans cette voie. Certains camarades, surtout débutants, demandent que nous conservions une place importante à notre rubrique : Comment je travaille dans ma classe, qui a tellement contribué à nos succès. Mais nous devons compter avec la masse de nos fidèles qui en ont été quelque peu saturés. Cette besogne d'information à la base est menée aujourd'hui par nos Bulletins régionaux qui remplissent d'ailleurs leur fonction. Il est préférable pensons-nous d'aborder dans L’Educateur des problèmes qui se placent sous un aspect différent, telles les discussions de ces derniers temps sur l'esprit de nos techniques. Il y en a tant d'autres à aborder : la liberté, l'autorité, le travail, les textes libres, leur conception et leur réalisation, et aussi et surtout les recherches diverses qui continuent.

TECHNIQUES DE VIE a justement comme mission de préciser, pour nous-mêmes et pour les autres cette pédagogie, d'en rechercher les origines et les éléments, de l'asseoir dans le comportement des maîtres et des élèves, d’en préciser les données en toutes circonstances.

Une telle étude suppose que nous prenions contact avec ceux qui, à d'autres degrés, cherchent comme nous et peuvent nous aider à préciser nos points de vue.

Cela nécessite de la part de nos camarades, le souci de s’élever au-dessus de la seule technique de leur classe et de s'imprégner en profondeur de cet esprit que nous voudrions promouvoir.

Nous faisons un appel pour que la masse de nos adhérents sentent ce besoin particulier de culture pédagogique, et se joignent à nous,

L’ART Enfantin devient maintenant une grande revue qui n’a, elle aussi, d’équivalent dans aucun autre pays. La rédaction en est délicate parce que, dans ce domaine plus encore que dans celui de la pédagogie, nos camarades n’ont que rarement la possibilité d’extérioriser leurs sentiments et leurs goûts. Et les artistes eux-mêmes n’osent que rarement parler de l’Art Enfantin comme d’un événement dont on verra un jour prochain les conséquences.

Tout ce que nous pouvons vous dire c’est que Elise Freinet fera tout ce qu’elle pourra pour l’Education Artistique de nos adhérents, condition essentielle de la floraison de l’Art Enfantin.

La sortie très prochaine du livre L'Enfant Artiste devrait nous y aider.

Nous n’avons pu faire qu’une place réduite aux productions des enfants et cela nous manque, nonseulement pour l'évolution de la littérature d'enfants, mais pour le progrès technique et pédagogique de nos textes et de nos journaux.

La Gerbe Enfantine nous manque évidemment. Devons-nous reconsidérer la question? Il faudrait pour cela plusieurs milliers d’abonnés nouveaux.

BIBLIOTHEQUE DE L'ECOLE MODERNE (B.E.M.). Elle s’enrichit d’année en année d'études qui sont essentielles pour la documentation de nos adhérents. Les titres ne nous manquent pas. Mais le rythme ne peut pas en être rapide à cause des prix. Nous venons de déclarer la BEM comme périodique, ce qui devrait nous faciliter l'édition.

Dans le cadre de cette BEM, ou à côté, nous allons être appelés à éditer des livres et brochures plus importants (en pleins volumes) et notamment Naissance d‘une pédagogie populaire, puis Essai de psychologie sensible.

D'autres œuvres suivront.

Rien de changé dans nos BT SONORES dont la commission BETA poursuit avec succès la préparation et l’édition. Le dernier numéro sur la guerre 39-45 a été fort bien accueilli.

Nous avons sorti aussi le premier numéro de notre CLUB DU DISQUE DE L'ECOLE MODERNE. Les premières éditions sont toujours laborieuses mais nous pensons faire mieux sous peu.

Et enfin, notre belle publication BIBLIOTHEQUE DE TRAVAIL qui est incontestablement notre très grande réussite non seulement pour le contenu et la présentation, mais aussi par son succès d'abonnement.

L’avenir ...

La collection B.T, de cette année est excellente. Nous avons déjà une partie du programme de la prochaine année scolaire, tellement sont nombreux les camarades qui travaillent à ces réalisations,

Nous nous préoccupons tout spécialement de la diffusion de ces BT. A mesure en effet qu’augmente le chiffre du tirage, le prix de revient diminue sensiblement. C’est ce qui nous permet de tenir un prix juste, sans augmentation depuis quelques années, malgré les très fortes majorations sur les prix du papier et la main-d’œuvre. Si le nombre d’abonnés s'accroît encore, nous pourrions apporter à notre publication les améliorations dont nous discuterons le moment venu.

Nous devons cependant concéder un aménagement à nos prix : l’abonnement sera porté à 35 F. Mais nous ferons bénéficier de l’ancien tarif tous les abonnés qui se réabonneront avant les vacances.

Nos suppléments BT sont peut-être celles de nos publications qui mériteraient le plus de discussion quant à la présentation et au contenu. La forme et la nature de nos SBT ne sont pas fixés encore comme ils le sont pour les BT. Le tâtonnement continue. Nous plaçons dans cette collection tout ce qui nous semble devoir aider le travail technique du maître : recherches et expériences, découpages (toujours très appréciés et que nous continuerons), maquettes diverses, travaux historiques et géographiques, sans oublier les Textes d’auteurs. Cette collection toujours très appréciée rend les plus grands services. A vous tous d'y collaborer activement. Elle est le complément indispensable des BT.

Collection BT pour les petits : Là nous ne parvenons pas à une forme valable qui ait l'agrément de nos camarades et bénéficie donc d'un nombre suffisant d'abonnés.

Et pourtant, nous n'avons pas négligé notre peine ni nos sacrifices.

Nous avions nos Enfantines. Nous les avons abandonnées parce qu’elles n’étaient plus valables sous cette forme.

Nous les avons remplacées par nos Albums d'enfants qui étaient tout simplement splendides mais un peu chers à cause de la couleur. Nous avons dû les abandonner en raison de la baisse incessante du nombre d’abonnés. II nous reste encore de nombreuses collections dont nos adhérents se rendraient acquéreurs s’ils les connaissaient.

Nous avions la Gerbe que nous avons publiée pendant plusieurs années, rehaussée de couleurs et qui dans notre esprit pouvait constituer une belle collection de lecture et de travail pour les jeunes enfants, et notamment pour les CP et CE. Hélas ! il en a été de même. Une portion trop réduite de nos adhérents lui est restée fidèle. Nous avons cru bon de la supprimer en octobre dernier à cause de la baisse constante de nos abonnés. Mais il ne nous restait rien. Les camarades des CP et CE ont pensé faire une livraison spéciale de SBT à l'intention de ces cours. Nous avons accepté encore les sacrifices pour une édition qu'il sera difficile de continuer sous cette forme avec si peu d’abonnés.

Alors, nous chercherons et nous tâtonnerons encore et il faudra en discuter longuement au Congrès. Il nous faudrait l'opinion à cet effet des usagers et des futurs usagers. Nous regrettons beaucoup quant à nous de ne plus compter dans l’éventail de nos publications, une revue qui nous apporte la voix des enfants et nous nous demandons si nous ne devrions pas ressusciter notre Gerbe, enrichie peut- être de photos et documents divers - et nous le pouvons actuellement.

Tous nos abonnements . . .

Mais cela nous amène à considérer un autre problème évidemment grave au point de vue financier : le nombre et le prix trop élevé de nos périodiques. Nous sommes sans doute la seule maison d'édition qui se risque à une telle débauche, pour un même public. Et on nous dit alors avec quelques raisons : on n'a pas le temps de tout lire et on hésite à s'abonner à tout. Seuls les fidèles consentent ce sacrifice. Ils sont heureusement assez nombreux pour que nous puissions continuer.

C'était pour compresser un peu la liste des abonnements que nous avions l'an dernier supprimé la Gerbe qui a été en définitive ressuscitée sous une forme qui nous vaut autant de charges, sinon plus.

Que supprimer?

C'est ce choix qui est difficile, sinon impossible.

Réduire L'Educateur, c'est évidemment délicat. Des camarades nous disent qu'ils l'utiliseraient mieux, s'il ne paraissait qu'une fois par mois, soit neuf ou dix fois par an, en regroupant peut-être L’Educateur et Techniques de Vie.

Cela ne serait pas absolument impossible. Mais la revue n'aurait plus la même destination. Nous aurions tendance alors à nous contenter d'articles de fond et à négliger et à supprimer toute cette information presque familière qui nous permet de garder le contact avec des camarades qui n'aiment pas écrire de longs articles. Et puis il y a les fiches de travail que nous ne pourrions pas laisser tomber.

Ne donner qu'un Educateur par mois, tel qu’il est, ce serait réduire de moitié notre information et notre activité et ce serait dangereux en cette période d'orientation et de grande diffusion.

Techniques de Vie : Nous savions, en la créant, qu'elle ne bénéficierait pas tout de suite de l'adhésion de la masse de nos camarades, mais elle était destinée à une autre fonction : nouer et renforcer nos relations avec les éducateurs de tous degrés, avec les IP et les professeurs, avec nos sections de l'AME, avec nos adhérents de la FIMEM.

La revue a bien rempli sa fonction puisque nous pouvons noter à notre actif un élargissement très sensible de notre rayon d'action. La constitution d'une commission des IP et d'une commission des professeurs de divers degrés, le démarrage de l'AME en sont la preuve.

Nous avons été heureux de constater les grands progrès réalisés dans ce domaine.

Notre récente tournée à Bordeaux, Niort, Nantes, nous en apporte le réconfortant témoignage. Le nombre de personnalités opposées par principe à notre pédagogie va s'amenuisant, on peut discuter nos techniques, ce qui est d’ailleurs souhaitable, mais on se rend compte qu'elles sont le résultat d’une expérience considérable dont profitera certainement l’Ecole Publique. Un grand pas est fait vers une prise en considération de notre pédagogie.

Nous ne pouvons pas supprimer l’Art Enfantin, même si les abonnements ne parviennent pas à couvrir les frais, il s’agit là d’une dépense vitale pour notre mouvement.

BT et SBT, ont maintenant le destin assuré et débordent d’ailleurs largement le moyen de nos adhérents.

Les BT sonores peuvent fort bien continuer au rythme actuel tout comme la BEM. Il s’agit d’ailleurs là d’éditions rentables avec plusieurs centaines de souscripteurs.

Alors ?

Nous posons la question...

Nos nouvelles commissions . . .

L’élargissement de notre influence sera justement le fait marquant de notre Congrès de Niort. Bien sûr nous y aurons le travail pour ainsi dire traditionnel : des commissions, des réunions de synthèse tous les après-midi, axées chacune sur un thème spécial, les séances plénières.

Mais nous aurons en plus cette année :

- les CEG et les classes terminales ;

- la commission des IP ;

- la commission des professeurs de divers degrés avec psychologues, Secondaire, Technique, Supérieur, Etudiants aussi ;

- d’importantes délégations étrangères qui s’initieront à la vie de notre Congrès, assisteront à nos démonstrations, visiteront commissions et stands ; nous aurons avec ces délégués de fructueuses réunions en présence des IP et des professeurs.

Notre Congrès prend son élan hors du cercle trop fermé de notre premier degré.

Quelques innovations récentes, au point de vue technologique, retiendront tout particulièrement les participants :

- les fiches-guides, dont les commissions spécialisées poursuivront la mise au point ;

- le limographe semi-automatique 21 X 27 qui sera en action au Congrès et pourra être livré à la rentrée. Ce limographe permettra le tirage en 13,5 x 21 et 21 X 27. Nous ne fabriquerons plus le limographe automatique 13,5 X 21.

- Et enfin notre Boîte enseignante qui soulève un si vif intérêt. Voici ce que nous dit parmi tant d'autres, Bernadin :

« Inutile de te dire que je suis emballé par la BOITE ENSEIGNANTE que lu viens d’inventer car elle ouvre un éventail de possibilités que tu ne soupçonnes peut-être pas entièrement, toi qui en es l'inventeur.

Je ne parlerai pas ici de l'utilisation de cette boîte pour l'acquisition des mécanismes en français et calcul, sur laquelle tu as insisté dans l’Educateur numéro 10. Mais je pense à d'autres utilisations dans les CEG. Nous étudierons tout cela ».

Nous commençons dès maintenant le travail dont nous aurons l’occasion de parler longuement au Congrès.

L'Ecole Freinet

Pourquoi faut-il que, dans ce concert d’initiatives et de succès encourageants, nous devions regretter l'inertie, ou l'opposition de l’administration de l’Education Nationale, pour le règlement, notamment, du sort de l’Ecole Freinet qui vivote dans des conditions qui ne nous permettront pas de poursuivre au-delà de juillet.

Ce que nous demandons ne coûterait pourtant que fort peu à l'Etat : deux détachements, en échange des services que nous rendons à l’Education de notre pays. Deux détachements, mais surtout l'autorisation de choisir les titulaires parmi les nombreux camarades qui seraient désireux de venir à l’Ecole Freinet. Choix du personnel donc, mais aussi liberté de travail hors de tout contrôle traditionnel qui ne tiendrait aucun compte de notre rôle d’Ecole expérimentale.

Par l'intermédiaire de diverses personnalités, nous avions demandé à être Ecole expérimentale de I'INSTITUT PEDAGOGIQUE NATIONAL. On me répond que cela ne serait possible que si je transportais mon école dans la région parisienne, sans doute pour une surveillance plus directe.

A défaut, nous demandions que l'Ecole de notre ami Reuge à Choisy-le-Roi où exercent déjà plusieurs camarades travaillant selon nos techniques, soit considérée comme Ecole expérimentale Freinet, à faire visiter notamment aux étrangers qui demandent des renseignements sur notre pédagogie. On nous a répondu que c'était impossible vu qu'existait quelque part dans Paris une école expérimentale Freinet possédant quelques classes qui s'initient à nos techniques, mais que nous ne connaissons pas.

Nous ne voudrions pas manquer de respect aux administrateurs en disant que ce n'est pas sérieux. Mais vous jugerez vous-mêmes après l'information suivante :

Sur intervention du Sénateur NAYROU (ancien adhérent de notre mouvement), M. le Ministre SUDREAU avait bien voulu faire des promesses encourageantes dont nous avons publié le texte dans L’Educateur. Il faut croire que l'administration n'a pas été sensible aux appels « à l'esprit et au cœur » de M. le Ministre puisque à une nouvelle demande de M. le Sénateur NAYROU en date du 5 février, c'est M. le Secrétaire d'Etat au Budget Boulin qui a répondu l'ahurissante information ci-dessous qui ne repose absolument sur rien, vous vous en rendrez compte.

« M. Nayrou a parlé de l'école expérimentale Freinet, fondée avec la participation des élèves à l’enseignement, notamment par l'impression immédiate par les élèves eux-mêmes des textes qu'ils rédigent. L'association Freinet regroupe les instituteurs qui appliquent cette méthode. Le mouvement rencontre des difficultés dues au manque de maîtres qualifiés. M. Freinet a demandé à ouvrir une école dans la Seine afin d'y trouver les enseignants qualifiés qu'il ne peut pas trouver à Vence. L'Institut Pédagogique National suit cette expérience intéressante et il semble que la vocation d'enseignant en cette matière soit aussi rare à Paris qu'à Vence. Il faut trouver un local neuf car il paraît exclu de désaffecter une école traditionnelle pour y installer l'école Freinet. Ce problème est à l'étude et l'expérience est suivie avec intérêt par l’institut Pédagogique National. »

Nous laissons à M. le Ministre la responsabilité de l'opinion désobligeante qu'il exprime sur le goût des instituteurs pour leur métier.

Soyez sans crainte, M. le Ministre, des instituteurs et des institutrices chercheurs, dévoués, capables de servir généreusement l'Ecole laïque, nous en trouvons par milliers. Il suffirait de les autoriser d'aller exercer dans nos écoles expérimentales hors-barème.

C'est la question que nous posons également au SNI qui a raison de faire respecter la règle mais qui comprendrait bien qu'on y puisse faire quelques exceptions.

Alors, nous tirons l’échelle et n'attendons plus rien de l'administration. Nous allons essayer de faire voter une loi déclarant l'Ecole Freinet école expérimentale d'Etat, comme nous avions fait voter la loi instituant la circulation en périodiques de nos journaux scolaires. La chose est possible. Nous vous tiendrons au courant,

Mais que voulez-vous que je dise, en toute bonne foi à nos visiteurs qui me demandent quelle aide nous est accordée par l'Etat. Je recevais il y a quinze jours, un Directeur d'Ecole Normale du Cambodge fortement intéressé et si ému. Nous aurons demain le Recteur de l’Académie de Varsovie. D'autres viendront encore malgré l'IPN.

Ce sera tant pis pour l'administration française, que je ne confonds d’ailleurs pas avec tant d'administrateurs qui ne nous ménagent pas leur sympathie et leurs encouragements mais qui sont victimes sans doute eux aussi d’un climat que nous regrettons avec eux.

Tout cela ne nous empêche pas de progresser.

Nous ne recherchons pas l’appui officiel qui risquerait au contraire de nous être funeste. Et cet élan de travail et de foi que nous suscitons dans les milieux enseignants et dans le peuple aussi, porte et portera ses fruits.

Un événement de dernière minute.

L'Ecole Buissonnière est notre film. Après sa campagne commerciale, en France et à l'étranger il a passé en 16 mm dans une infinité de réunions laïques. Il a beaucoup fait pour la compréhension de notre pédagogie.

Mais L’Ecole Buissonnière qui pouvait paraître comme une rêverie d'avant-garde il y a quinze ans, s'avère aujourd’hui comme une exaltante réalité.

C'est en considération de cette actualité permanente du film que Le Chanois le relance dans le public. Ce nouveau lancement se fera aux environs de Pâques et nous y participerons au mieux. La presse, la radio, la TV seront touchés. Nous demanderons à nos camarades d’organiser, à l'occasion de la sortie de L’Ecole Buissonnière, dans leur ville des expositions, des démonstrations, des colloques.

En attendant, nous annonçons aux congressistes que le lundi 8 avril, jour de l'ouverture, la première séance plénière sera avancée. Elle se tiendra de 17 à 19 h. La soirée de 21 h à minuit sera consacrée à un Grand Gala audio-visuel avec quelques-unes de nos productions, puis L’Ecole Buissonnière. Une discussion genre ciné- club s'installera aussitôt avec la participation de Le Chanois, de Bernard Blier, si nous pouvons le toucher, de Jean Thévenot, et toutes personnalités et tous spécialistes susceptibles d’apporter leur contribution au grand débat que nous aurons sur Les Techniques audio-visuelles.

C. Freinet