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QUELQUES ÉCHOS DES SIXIÈMES

Dans :  Français › Techniques pédagogiques › 
Juin 1978

 

QUELQUES ÉCHOS DES SIXIÈMES
 
Tâtonnements discrets les timidités se rencontrent. C'est l'approche difficile du dialogue véritable pour lequel il n'est peut-être de recette que la longue patience d'un déconditionnement permanent, d'où ne peuvent que jaillir, un jour, des audaces intéressantes.

Cette année je n'enseigne qu'à des 6e ! deux classes en français. Je me suis vite aperçue que les mots "texte libre" n'évoquent plus grand chose en leur mémoire de C.M.2, sinon des rédactions à sujet libre, ou texte libre à telle heure, tel jour de la semaine ! Alors je régresse, malgré quelques essais genre "anciennes rédactions", je n'ai pas le courage de persévérer, alors que le reste de l'enseignement reçu est surtout imposé !
Aussi, pour débloquer cette expression écrite, j'ai utilisé des diapos dessinées au stylo feutre par les élèves de 5e il y a deux ans ; je me souvenais du scénario de certaines séries de quatre à cinq diapos. Les enfants, seul ou deux par deux, ont essayé, en classe, de tisser des liens entre elles pour bâtir un récit, les histoires furent variées et vivantes du genre :
 
 

LES DEUX MAISONS.

Les maisons se regardent : il y en a une qui fume et l'autre ne fume pas ; elles se regardent de travers ; ensuite, tout à coup, la cheminée qui fumait ne fume plus. Alors, évidemment, celle qui n'était pas contente, maintenant, était très satisfaite et se moquait de l'autre qui ne la regardait même plus ! Tellement elle était vexée. Ensuite elle ouvre un oeil et se met à rire en disant : "c'est drôle, quand c'est moi qui fume, tu ne fumes pas et ensuite, c'est l'inverse ! ".
 
D'autres diapos dessinées représentant des animaux ont aussi engendré de courts récits nous avons constaté que le message représenté ne passait pas (parfois scénarios confus ...).
Également pour solliciter leur créativité, des exercices "à la mode de" (tel auteur) ont permis quelques envolées : les enfants osaient dire ce qu'ils pensaient par le biais des formules et tournures de l'auteur et s'appuyant sur elles.
Ainsi :
 

"Cigogne, cigogne, emmène-moi

 

La vie est dure ici-bas

 

Pour celle qui comme moi ne vole pas

 

J'aimerais partir loin

 

Comme ces grands bateaux ...

 

Sur tes ailes, blottie

 

Par-dessus mers et océans

 

Je verrai des pays, des îles et des volcans ...

 

Je serai sur tes ailes

 

Sur le chemin de la liberté

 

Nous fendrons les nuages et le ciel !

 

Que ce sera beau ! J'aurai enfin voyagé !"

 
Tous ces exercices de classe sont mieux réussis que les rares rédactions faites chez eux (deux ou trois sujets au choix).
En ce moment, nous exploitons mes souvenirs de dériveurs et de croisières en voiliers. Le professeur hésite souvent à parler de lui, de ses goûts, de son MOl, pourquoi ? En fait le thème de la voile les intéresse, tout en étant d'actualité : ces diapos se prêtent soit à de courtes scènes bien observées, bien décrites (une seule diapo fournit un petit texte enrichi collectivement), soit à une courte histoire (groupes de deux .ou trois élèves possibles), soit à la notion de compte rendu (plus de dix diapos).
Ce thème nous intéressera peut-être un mois (heure hebdomadaire de rédaction).
Pour ces deux classes de 6e, l'expression orale est meilleure que l'écrite ! L'heure orale se déroule depuis peu au foyer-théâtre du C.E.S. ;là nous jouissons d'un grand espace : un peu d'expression corporelle pour débloquer les timides et favoriser les extra-vertis ! Jeux scéniques ; sketches ( R. Devos), poèmes de poètes,vivants de préférence, dits à plusieurs voix,chants à plusieurs, poèmes non pas mimés,mais sentis corporellement. Les vingt-quatre élèves sont sur la scène, ils peuvent intervenir dans le jeu des copains ; parfois un poème hésitant, bien que su sans faute, se trouve mis en valeur par la hardiesse corporelle de certains alors le récitant se trouve dans l'obligation de progresser, L'une des classes, à l'aise, les vingt·quatre sur scène, a proposé un petit spectacleà deux classes de 6e.
 
QUANT À L'ORTHOGRAPHE, il arrive que le texte à transcrire soit celui d'une chanson connue (revue en musique) "L'OISEAU ET L'ENFANT" ... "UN P'TIT COIN D'PARAPLUIE".
Je passe et repasse le disque jusqu'à une bonne audition, la compréhension, et la disposition rythmée. Certains élèves, étonnés au début,se passionnent peu à peu et les très faibles font leur maximum, car, en fin de compte,c'est un chant de plus et l'orthographe est dans tout !
Voilà quelques échos de moments sympathiques vécus en classe de 6e. Ce n'est peut-être pas très sérieux ? Je pourrais exploiter davantage ?
ALORS ÉCRIVEZ-MO !.
Paule AUSSANT (Vendée)