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Notre organisation départementale

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Avril 1946

Dans le n° 10 de l’Educateur, nous avons jeté les bases générales de notre organisation pédagogique nationale et départementale. Mais nous ne sommes pas de ceux qui visent surtout à bâtir d’abord des cadres sans savoir comment ils les garniront. Nous nous mettons au travail — cela seul importe — et nous modifierons s’il le faut, chemin faisant, les cadres prévus.

Le travail est bien amorcé nationalement, au sein de notre Institut. Il nous restera à préciser sous peu règlements et statuts.

Pour ce qui concerne l’organisation départementale, il en est autrement : ce n’est qu’à l’épreuve de l’expérience que nous la mettrons au point.

Les premières initiatives nous permettent de préciser déjà quelques normes possibles de nos organismes départementaux.

1° Le nom d’Institut départemental de l'Ecole moderne a paru un peu présomptueux à certains de nos camarades qui préféreraient créer des Groupes départementaux de l’Ecole Moderne. Tout compte fait, nous aimerions assez cette dénomination — dont l’uniformité n’est d’ailleurs pas indispensable.

C'est la conception elle-même de ces groupes départementaux qui est originale. Ces groupes, en effet, ne seront point des associations d’affinité mais des équipes de travail. N’y seront inscrits que les éducateurs qui désirent collaborer au sein de notre Institut pour la modernisation de leurs classes. Vous ne serez que 20, que 10, que 5 même ; mais ce seront 20, 10, 5 travailleurs, sur qui on pourra compter.

On ne paiera aucune cotisation dans ces groupes. Les frais seront supportés par l'institut qui exploitera coopérativement le fruit du travail collectif.

C’est dans ce sens que nous affirmions que nos groupes ne concurrenceraient aucune des associations existantes, ni G.F.E.N, ni S. N.

Comment travailleront ces groupes et que feront-ils ?

Leur rôle ne sera pas de faire de la propagande ni d'organiser des conférences, mais de travailler.

Le travail, nationalement comme départementalement, se fera surtout par lettres, par circulaires et par bulletins polygraphiés. Lorsqu'il le faudra, tout ou partie du groupe se réunira pour une demi-journée ou une journée de travail.

Quel travail ?

La participation au travail des Commissions nationales et aussi activités spécifiquement départementales : fichier départemental, brochures locales, film, organisation d’une salle d'exposition et de démonstrations permanentes, travaux techniques, etc...

SUDEL a défini notre rôle nationalement en disant que nous serons le Laboratoire Pédagogique du S. N. Les groupes départementaux seront les laboratoires pédagogiques du Syndicat départemental.

Vous verrez que rien n’unit plus solidement et plus définitivement que le travail fait en commun, lorsqu'on en sent avec enthousiasme la nécessité individuelle et sociale.

Les classes expérimentales

Le principal obstacle au développement de nos techniques c'est la difficulté d’initier les éducateurs à des normes de travail pour lesquelles ils n’ont pas été préparés. Et pourtant cette initiation est indispensable.

Nous la faisons par nos écrits et notamment par nos Brochures d’Education Nouvelle Populaire, par des spécimens de nos réalisations, par nos stages nationaux, par nos essais de stages à l’Ecole Freinet, par les démonstrations au cours des Journées Pédagogiques,

Cela n'est pas suffisant.

Nous ne voyons qu’un moyen : l'institution de classes expérimentales, munies du matériel moderne, dont les maîtres auront été préalablement initiés, qui seront suivies et aidées rationnellement par les Inspecteurs, et où les Instituteurs pourraient aller, sur simple demande, passer une journée entière, au besoin avec quelques-uns de leurs élèves.

Il suffirait de 6 à 7 classes semblables par département pour activer cette initiation. L’expérience en cours dans les Ardennes et dont nous rendrons compte, nous apportera d'utiles indications.

Directions et patronages :

On avait pris l’habitude de faire présider par les autorités locales les groupes d’Education Nouvelle. Il y avait, certes, des avantages à cette pratique, Il y avait aussi des inconvénients.

Sans vouloir offenser personne, nous pouvons bien constater que, pratiquement, les instituteurs se désintéressent des organismes dont ils n’ont pas la libre direction. Nos groupes de travail ne seront donc pas présidés par des officiels. Inspecteurs Primaires, Inspecteurs d'Académie, Professeurs, Directeurs d’Ecoles Normales peuvent adhérer à ces Groupes, mais ils seront aux mêmes titres de travailleurs que les autres adhérents. Le Groupe désignera souverainement ses responsables. Ou plutôt lorsqu’il s'agit de travail et non de présidence honorifique, ce seront les plus dévoués, les plus hardis, les plus sensés qui seront aux postes essentiels.

Les officiels comprennent en général ce raisonnement et ces constatations. Loin de s’en formaliser, ils encouragent à la constitution de ces groupes; nous souhaitons qu'ils soient nombreux à y collaborer.

Et la preuve de cette compréhension, c'est que Directeurs d’E.N. ou Inspecteurs d’Académie, offrent bien volontiers les locaux nécessaires pour le travail de ces Groupes.

Constituez donc vos Groupes départementaux de l'Ecole Moderne qui s'appuieront sur l’institut Coopératif national, sur le S. N. et sa Commission Pédagogique et sur toutes les associations laïques favorables à la modernisation de notre école.

Et surtout, travaillez. Tout le reste viendra par surcroît, même et surtout le succès.

C. F.