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DITS DE MATHIEU - Il ya plusieurs demeures

Février 1957

Attention, vous a-t-on dit, vous n’entrerez dans cette demeure que par la porte de l’explication verbale et de la pensée que traduit le langage, véhicule du progrès.

Il arrive, en effet, qu'à votre premier appel, la maison résonne, les couloirs s'éclairent, des fenêtres s’entrouvrent sur des mondes ignorés. Et vous êtes fiers du miracle accompli, même si les lueurs clignotent et s’estompent dès que s’éloigne la clarté qui, un instant, avait éveillé les sollicitudes en attente.

Mais combien plus souvent êtes-vous déçus ? Une lumière papillonne dans le couloir ; vous vous faites persuasifs et engageants pour n’en pas laisser échapper la promesse. Vous augmentez artificiellement l’éclairage, vous parlez fort, vous criez, vous menacez et vous grondez ; ou bien, en désespoir de cause, vous essayez des jeux, de la lumière, des images, de la musique et des sons. L'ingéniosité que vous déployez, c’est votre pédagogie.

Mais il arrive aussi que vous ne parveniez à établir aucun contact. Vos partenaires ou vos élèves sont aveugles ou sourds, mentalement, intellectuellement ou psychiquement. Ou bien vous avez affaire à des êtres, — bêtes ou gens — qui paraissent étrangers à vos soucis. Le couloir est inaccessible.

Alors, vous cherchez d'autres portes, qui mènent à d’autres zones de vie, qui s’accrochent à d’autres vibrations, qui éclairent d'autres chemins, sur lesquels vous pourrez alors vous élancer avec succès.

N’avez-vous jamais été impressionnés par le silence calculé des instructeurs d’aveugles, par la sobriété verbale des dresseurs de chiens, de chèvres ou de lions. Ils sont entrés par une autre porte dans le domaine de l'éducation ; ils ont suivi d’autres couloirs et ils ont réussi là où vous, n’aviez trouvé que le mur de l'incompréhension et la nuit du refus.

Jésus n’avait-il pas dit, déjà : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père. »