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Stage de Pédagogie Sociale à Buno du 16 au 21 avril 2014

 

 

 Du Jeudi 16 Avril au lundi 21 Avril s’est tenu au Château de Buno, le stage de pédagogie sociale, organisé par le Chantier de Pédagogie Sociale du Mouvement ICEM Freinet
 
 Ce stage a réuni des membres du chantier mais aussi des membres des associations qui agissent dans le domaine de la pédagogie sociale et réalisent en particulier des ateliers de rue.
 
 
 C’est ainsi qu’étaient représentés les ateliers de rue de Paris XVIII (Eligia Ramos et Valérie Brunner) et ceux de l’association Dédale de Trappes (Khaled, Elise et Mélissa)
 
Certains avaient déjà partagé à des stages précédents (Gurvan Bricaud, Amar Trabelsi, Maël Lefeuvre, Pierre Briguet, Hélène et Laurent Ott) ; beaucoup avaient déjà participé à des chantiers, mais certains venaient pour la première fois.
 
Ont aussi participé à ce stage des personnes qui n’ont pu passer qu’un moment avec nous, ou qui sont venus nous rendre visite sur le lieu du stage.
 
 Ce stage a réuni douze adultes, et sept  enfants.
 
En cours de stage sont venus s’ajouter 14 Robinsons (12 enfants et 2 adultes)
 
 
Les Robinsons ont participé sur un temps plus court à la vie de la collectivité mais se consacrait à son propre projet (création d’un spectacle de cirque)
 
 En amont du stage avait été prévue une grille assez souple de temps, d’ateliers , de moments de « travail vie quotidienne » et des plages libres pour des propositions (soirées par exemple)
Comme pour les éditions précédentes , la cuisine a été un véritable atelier/laboratoire de pédagogie sociale et avait pour mission de produire des repas collectifs diversifiés, réalisables avec peu de moyens et complets, et pour l’essentiel cuisinés dehors (mise en condition de cuisine dans les espaces publics). Son point culminant a été la production de paellas de rue, le dimanche en quantité suffisante pour plus de trente personnes.
 
A côté de cet atelier en quelque sorte permanent, en ont eu lieu d’autres :
-          Un atelier photolangage sur l’idée de pédagogie sociale
-          Un atelier de conceptualisation à partir de schémas
-          Un atelier suivi sur 3 jours d’analyse et de comparaisons entre expériences en pédagogie sociale
-           
Et des ateliers pratiques :
-          Grimper dans les arbres
-          Barque sur la rivière
-          Atelier boulangerie
-          Atelier de démarche scientifique et tâtonnement expérimental
 
 
 
Et des temps partagés :
-Autour de projection de films
 
Eléments d’évaluation :
   Ce format de stage plus long a été plébiscité par tous ceux qui avaient connu des formules plus courtes. Il a en effet permis une véritable rotation des personnes ainsi que de conduire un atelier suivi.
 
 De l’avis général ce stage a vraiment vu se mettre en œuvre un fonctionnement collectif, avec de l’initiative personnelle et de l’auto-organisation.
 
Les participants on apprécié l’ambiance et la plupart ont souligné que ce stage les avait amenés à progresser dans leur réflexion et recherche personnelle en Pédagogie Sociale, voire les avait soutenu (et donné des idées) pour leurs propres initiatives.
Des conflits dans les conceptions liées à la vie quotidienne ont pu être exprimés et gérés.
 
 Dans les points à améliorer ou à revoir il a été exprimé le regret que les enfants n’aient pas été intégrés pleinement au stage et qu’il n’y ait pas eu plus de possibilités d’échanges enfants/ adultes, sur les questions de pédagogie sociale.
 
Extraits des comptes rendus des travaux :Comparatif des ateliers de rue
 
Première réunion : les ateliers de Trappes
 
Discussion préliminaire : se revendiquer ou pas comme venant d'un milieu populaire, en tant qu'acteur social et éducatif.
 
Nous présentons les différents ateliers de rue représentés au cours de notre stage : Trappes, Paris XVIII, Longjumeau.
 
Les ateliers de rue ont démarré depuis à peu près une année. Auparavant, l'association Dédales avait porté sans avoir réussi à obtenir un terrain, un projet de jardin partagé et communautaire.
L'association porte aussi des expositions d'alternatives sociales, économiques et alimentaires et écrit un guide des alternatives locales.
 
L'association porte aussi des ateliers d'échanges de savoir faire et d'autonomie pratique : fabriquer un poêle d'extérieur, faire sa bière soi même, faire ses propres conserves, fabriquer des meubles en palette, savoir faire du tricot, un blog, etc.
Ces ateliers accueillent entre 5 et 20 personnes selon les cas.
 
Elle porte aussi un projet de festival des alternatives : c'est une action concertée d'occupation de l'espace public.
 
1 fois par semaine, le samedi, durée : 2 h 30
Effectif enfants :   de 3 à 40.
 
L'association s'est donnée des statuts horizontaux, sans président et l'association essaie de vivre en interne les principes qui l'inspirent.
 
Aucune autorisation préalable n'a été demandée.
 
Principes de base : mélange des âges et inconditionnalité de l'accueil.
 
La permanence est un cadre qui est interrogé par les enfants eux mêmes ; si un intervenant est absent, ils veulent absolument savoir pourquoi.
 
 Nous avons commencé les ateliers de rue, le 31 aout 2013.
L'association s'appelle Dédales, qui valorise des alternatives sur le territoire de St Quentin en Yvelines. L'association a travaillé sur l'idée de la réappropriation des espaces publics.
Solène et Khaled ont participé au stage de pédagogie sociale qui avait eu lieu ici
Des adhérents de Dédales ont ensuite recherché un terrain propice pour tenir ces ateliers de rue.
 
Tous sont bénévoles ; l'idée a été que chacun vienne avec ce qu'il possédait et appréciait.
 
 Le premier atelier, les animateurs ont commencé par jouer entre eux.
 
A la seconde séance, les enfants ont commencé à venir, à partir d'un prétexte. Puis, de fil en aiguille, les enfants sont venus petit à petit.
 
Enrichissement des ateliers : création de l'assemblée, du goûter.
 
Ce qu'a proposé l'assemblée : faire des crêpes (ce qui a été possible) ; faire des cabanes (ce qui paraissait difficile).
Une fille a proposé de gérer un atelier par elle même.
 
L'assemblée est davantage fréquentée par les filles ; des propositions y sont faites. Certaines sont irréalisables (comme la sortie à vélo , à la base de loisirs)
 
La question s'est posée de savoir comment pouvait s'intituler le conseil : conseil de la résidence, du quartier ? Non, c'est le « conseil de Dédales ».
 
Préoccupation de l'équipe : les intervenants ne souhaitent pas être perçus comme des animateurs.
 
Les enfants s'approprient l'atelier ; ce sont eux par exemple, qui réalisent le tirage au sort pour déterminer qui distribue.
 
Une fillette s'est également portée volontaire pour prendre des notes.
 
A un moment, l'équipe a réalisé qu'elle était connue, par les parents et même par des professionnels.
 
C'est une expérience très encourageante et qui a priori, devrait perdurer.
 « Pour nous qui sommes très militants, les ateliers de rue sont un liej vivant au monde ».
« C'est riche, c'est chamboulant ».
 
L'espace public n'est pas neutre ; il y a des conflits de territoire.
 
Intérêt d'auvents et de tente : permettre à certains jeunes, et peut être à un public féminin de participer sans « s'afficher » .
 
 Il y a des tensions que l'on sent monter : autour de la participation des filles, et leur éventuelle surveillance par les grands frères.
 
La question des photos.
 
     La question sur le droit à l'image a été abordée en groupe et l'équipe a préféré ne pas publier de photos ou de les flouter
 
 Une difficulté vient aussi de la fragilité ou de la relative faiblesse du groupe, avec un risque d'épuisement.
 
Les difficultés éventuelles de contact avec les autres partenaires
 Certains partenaires apportent un soutien à titre personnel, mais pas à titre institutionnel.
D'autres partenaires peuvent être dans l'attente que les ateliers de rue pourraient permettre de combler une forme de distance entre les familles et les institutions.
Seconde présentation : les ateliers de rue de Paris XVIII
 
Le point de départ a été une formation organisée par l'EDL, de la Ville de Paris, où est intervenu Laurent.
Suite à ces animations de formation qui ont réuni 20, 25 personnes, une petite équipe s'est consacrée à la réalisation concrète d'un atelier de rue.
 
     Le choix du terrain a été très sérieusement mené, y compris en utilisant des statistiques disponibles. Le choix s'est porté sur « l'ancienne caserne » et le critère qui a été déterminant a bien été celui de l'isolement, plutôt que de la grande pauvreté.
 
La résidence est très enclavée, coupée du monde par différents codes . L'espace est séparé espaces à vivre et des espaces à voir.
 
L'atelier se déroule le mercredi après midi ; il n'y a pas de conseil mais il y a un temps de préparation, un temps d'animation (pas de goûter, pas de conseil), puis débriefing et écriture de la KroniK.
 
Je me suis absenté et n'ai pas pu suivre la suite de l'exposé sur les pratiques.
 
Activités : des jeux ont été créés et construits sur place. Les grands jeux aussi (prêtés par le Centre Social) ont régulièrement du succès.
 
 Il peut y avoir des goûters, quand ils coïncident avec des ateliers cuisine.
 
     Le Conseil n'est pas mis en place ; peut être est ce qu'il sera mis en place plus tard. Mais il y a de très nombreux échanges , en dehors d'un conseil.   Des décisions peuvent venir de ces temps d'échanges informels.
 
Par rapport au goûter, dans un premier temps, ila été décidé de ne pas en faire . Il y a quelques craintes que les enfants viennent spécialement pour cela.
 
A Trappes, il y avait aussi cette peur du goûter ; puis le goûter a été préparé par les enfants eux mêmes. Cependant c'était générateur de stress et du coup ils en sont revenus aux gâteaux tout faits.
 
Comme à Trappes, les animateurs des ateliers de Paris souhaitent être au moins 3 pour tenir l'atelier. En dessous, ils se déplacenet pour dire que l'atelier n'aura pas lieu.
 
Problèmes :
 
 Au bout de 18 mois, il est de plus en plus difficile d'arriver à être 4 et de tenir la durée.
 
En ce moment, il n'y a pas de partenaire supplémentaire régulier ; alors, du coup les permanents font appel à des intervenants et des interventions ponctuelles.
 
Le risque c'est qu'un jour, seul ATD Quart Monde reste engagé mais ce jour là, il y aura fermeture.
 Comme dans la plupart des actions de rue, il y a une conscience très aigüe de la fragilité du dispositif par ses acteurs.
Une des particularités du collectif Paris XVIII c'est la présence régulière et l'implication des éducateurs du club de prévention qui sont conscients de l'intérêt de connaître et travailler avec cette tranche d'âge.
 
Questions et débats:
 
   Il y a une question par rapport au budget de cet atelier de rue ; pour le groupe de Trappes, i y a cette volonté que les ateliers de rue restent autonomes.
   L'équipe Montmartre a eu une enveloppe de 3000 euros qui n'a pas été intégralement dépensée.
 
 En ce qui concerne l'équipe de Trappes, l'idée avait été énoncée de ne pas demander de subvention car elle souhaitait éviter une situation où l'association serait en quelque sorte « au dessus » des enfants et familles.
 
Dans le mouvement ATD Quart Monde , il y a un choix de donner le mieux à ceux qui ont le moins et du coup, de ne pas réaliser des animations « avec des bouts de chandelle ».
 
Jean Marc rapporte la situation d'associations qui reçoivent des soutiens de budgets participatifs.
 
Le point de vue d'Intermèdes Robinson est encore différent. Cette structure a fait le choix de solliciter d'importantes subventions pour demander une sorte de reconnaissance du travail réalisé .
 Quel est le cadre juridique des interventions sociales de rue ? Sont elles tolérées, légales ? Bénéficient elles d'un vide juridique.
Dans un tel cas, faut il, faudrait il demander une autorisation ? Faire une attestation ?
 
   En fait on n'est nullement obligé de demander une autorisation ou un agrément Jeunesse et Sports.    Le mieux est sans doute de se passer de ces agréments.
 
   L'intervention éducative en milieu ouvert se réalise dans une zone de tolérance juridique, qui repose sur la responsabilité parentale continue des parents.
 
Jean-Marc décrit ensuite son expérience associative et sociale autour d'une association de développements de fruitiers. Les petits fruitiers sont en effet beaucoup moins contraignants qu'un jardin potager . L'action repose également sur l'observation que les espaces verts dans ces immeubles sont en pelouse et conifères et ne servent à rien (ils ne sont pas investis par les habitants).
 
Que faire de ces comparatifs entre associations ?
 
 L'idée est lancée de constituer une sorte de « banque » d'activités possibles en milieu ouvert, ou en atelier de rue.
 
Il y a au cœur de certaines actions de rue, durables, un maillage entre professionnels et volontaires.
 
Certaines de ces actions viennent du haut, et d'autres du bas.
 
L'accessibilité des ateliers de rue est aussi un point de différence. Les ateliers de Paris XVIII s'effectuent dans un milieu coupé de l'extérieur, mais on observe que depuis une année, les enfants « de l'intérieur » permettent aux enfants de « l'extérieur » de rentrer à l'intérieur.
 
Certes il y a des actions de rue qui o,nt répondu à une invitation ou une facilitation des institutions ; on remarque cependant que dans ce cas, il s'agit toujours de profils un peu exceptionnels de responsables institutionnels.
 
Ce qui assure la survie des initiatives, c'est la popularité rencontrée et le fait que les actions soient réclamées par les habitants « qui voient un vide ; alors qu'avant le vide, on ne le voyait pas «  (Amar).
 
L'objectif premier est de rejoindre les familles et les enfants qui pour des raisons multiples sont éloignés des offres des institutions.
 
 Mais quels sont d'une façon générale les grandes catégories de motivations et d'objectifs pour ces ateliers ?
Les activités sont plus souvent des moyens que des objectifs (Lecture, jeux, etc).
 La motivation de l'émancipation sociale semble une motivation majeure, plus encore que l'occupation des espaces publics (qui serait plutôt là un moyen).
 
    « Je préfère aller bouffer au Mc Do avec la famille S, plutôt que de bouffer bio avec mes collègues Freinet » (Amar). La grande question est en effet de savoir où sont nos intérêts et nos alliés.
 A côté des motivations politiques, il y a aussi de véritables intérêts relationnels et personnels qui font que le travail de rue s'inscrit aussi dans une éducation et une pédagogie relationnelle.
 
Valérie expose que la lutte contre l'exclusion réunit à la fois les intérêts collectifs, émancipateurs, mais aussi individuels et relationnels.
 
Faudrait il faire des ateliers de pédagogie sociale dans les beaux quartiers ?
 
Dans l'écologie, la question du tissus social est aussi importante. Il y a une certaine philosophie de la « transition » pour développer « une résilience locale », pour s'adapter au changement de la fin du pétrole. Le tissus social local peut devenir une forme de résilience pour lutter contre la crise.
 
 Cette position n'est pas qu'environnementale ; elle est également sociale.
 
   Faut il rester sur son quartier ? Certains d'entre nous travaillent depuis 15 ans sur le même quartier et cette ancienneté est peut être en soi une sorte d'acte politique.
 
Cet engagement dans la dure est une responsabilité qu'on prend. Il y a une dissymétrie au départ , quelque chose qui se passe du fait de nos présences.
 
 Sur Trappes, le fait que certains vivent assez près du square participe à l'acceptation par les enfants et les familles de l'activité ; ça permet aussi de mieux appréhender les ateliers de rue.
 
Tu finis par connaître la réalité des familles ; et tu ne peux plus juger les familles, ou porter des jugements.   Les coupables, les raisons sont à rechercher en dehors, mais cette conscience là ne se révèle que dans la proximité.
 
La question des appellations et aussi intéressante : certains se définissent comme animateurs, d'autres se présentent uniquement par des prénoms, les Robinsons se disent pédagogues sociaux.