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Edito Nouvel Educateur n°186, février 2008

Dans :  Principes pédagogiques › 

Revue en ligne CréAtions n°186 "Échanges"
annoncée dans le Nouvel Educateur n°186 - Publication : février 2008

Edito : La forme, c’est l’échange

Edito : La forme, c’est l’échange

 

L’échange est au cœur de la controverse sur la relation entre la fonction et la forme, entre l’essence et l’apparence. Certains se demandent si un objet peut exister sans forme, un concept sans énoncé, une expression sans relation. Dans la manière de s’habiller, de se comporter, la forme n’est-elle pas placée soit sous le signe de l’impureté (elle perturbe, fausse…), soit sur l’affirmation d’une identité (c’est un choix, un prolongement de soi) ?
La forme est échange et la pratique des arts plastiques (manière de bien faire des formes) est une incitation à la recherche de l’échange le mieux adapté à chaque objet.
Il y a l’échange tourné vers soi-même, comme lorsqu’on fait le singe devant son miroir, ou encore dans la pratique du journal intime, dans la prière aussi, échange narcissique caché derrière celui d’une relation supposée avec un être présent/absent. Il s’agit à chaque fois de tester sa forme, de partir à la recherche de son identité.
Il y a l’échange tourné vers les autres, qui part de celui tourné vers soi-même (expression) mais qui peut aussi aller jusqu’à une mise à l’extérieur de soi-même comme dans la communication dite objective ou dans la création scientifique et dans certaines tendances artistiques dites non subjectives.
Mais même ces formes-là disent quelque chose de leur émetteur. Andy Warhol en peignant sciemment avec de la peinture industrielle, en aplat (ne pas voir la trace du pinceau, ni des nuances de couleur qui pourraient créer de l’émotion), en donnant à des tierces personnes (des « ouvriers ») le soin de réaliser pour lui ses œuvres, en souhaitant n’être qu’une machine, un individu désincarné, ne disait-il pas quand même quelque chose de lui et du malaise de l’être des années 50 confronté au développement de la société de consommation et à la fin de l’ère humaniste ?
Les échanges sont la source vive des recherches, de l’expression - expression de soi et communication - de la créativité en pédagogie Freinet et animent, irriguent en permanence la pratique des enfants.
Comme « expériences tâtonnées », découverte du monde, le champ des arts plastiques s'ouvre et touche à tous les autres champs et interagit avec eux : passage obligé pour toute recherche ou création - qui peut commencer par ou aboutir à une œuvre plastique. Le langage des arts Plastiques, ouverture privilégiée à la connaissance, se conjugue avec les autres langages : « Les mille lieux du paysage », outil de recherche pour la classe, donne la mesure de la multiplicité des regards et des points de vue convoqués pour s’approprier son environnement.
Echanger dans la classe avec soi-même et avec ses parents (livres de vie), espace réservé de chaque enfant sur un des murs de la classe ou panneau d’exposition, mais échanger aussi en sortant de la classe, sortir de l’école, échanges avec les autres classes de l’école. A chaque objet une forme…
Ainsi ce sera une exposition commune dans l’école, un musée d’école (Aizenay), une exposition ouverte à d’autres écoles proches, à partir d’un projet commun (fête du livre à Aizenay – forum du vent), ou lointaines : « les malles voyageuses » colportent les créations en France, en Belgique et en Angleterre…
Echanger pour ouvrir la culture commune que se donne la classe, pour enrichir le musée personnel de chaque enfant :
- avec des artistes, dans ou hors de la classe : résidences d'artiste au collège ou visite d'ateliers,
- visites de Musées, musée dans le collège
- création de réseaux d'échanges : les artothèques, entre plusieurs classes,
- correspondance : réseau « on s'affiche »,
Il est question, en Pédagogie Freinet, de Classe « hors les murs », de Classe-promenade, de correspondance, de partenariat, de conférence d’enfant, d’exposition…
Et comment ne pas envisager une école, un collège, un lycée… à venir certes, qui ne seraient plus des conglomérats de classes, séparées les unes des autres, mais ordonnancées comme l’est le POINT ART à Limoges qui, par ses 4 espaces de documentation, de discussion, d’exposition et de pratique, ouvert aux enfants, aux enseignants et aux artistes, manifeste tous les possibles d’une pédagogie pour laquelle échanger, coopérer, communiquer, créer sont des activités non réductibles de l’apprentissage de la connaissance.
Alors, changeons la forme de nos écoles !


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