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Revue en ligne CréAtions n°187 "MACHINES"
annoncée dans le Nouvel Éducateur n°187 - Publication : avril 2008

Classe de CP/CE1, École la Treille, Marseille (Bouches du Rhône) - Enseignante : Corinne Borras

 

Des mouvements libres
en expression corporelle
aux machines complexes

 

expression corporelle
déplacements dans l’espace, utilisation des trois dimensions
décomposition de plusieurs gestes
association du bruit et du geste

 

Le projet trouve son origine lors d’un déplacement libre dans l’espace de la salle polyvalente. déplacement pour occuper l’espace à créer dans le silence. On appréhende les 3 dimensions à partir de 3 positions : debout, accroupi, allongé. On change, on varie, on se déplace, on s’adapte aux autres, on se complète, on s’oppose, on se coordonne.
On s’immobilise dans un endroit précis, repéré préalablement et là, on exécute un mouvement, un seul, sans bruit. Toutes les parties du corps sont autorisées.

MACHINE
Appareil plus ou
moins complexe
qui utilise une
énergie pour la
transformer en une
autre, qui accomplit
des tâches que
l’homme ne pourrait
pas accomplir par
lui-même ou qui rend
ces tâches plus faciles.

 

Puis, deuxième endroit, deuxième mouvement différent. Troisième endroit, troisième mouvement. Le bruit arrive !
Le projet se précise.
Un geste est associé à un son et un seul, celui qui correspond au mouvement. Mouvements et bruits se répètent, se croisent, varient : lent, rapide, grand, petit pour le geste ; fort, doux pour le son.
Dans un quatrième endroit, on enchaîne trois mouvements, trois sons : on se regarde et on s’écoute. Une machine est née !

 

S’ensuit un travail autour de la langue orale et écrite: inventer un titre, définir les machines, rechercher des verbes liés au fonctionnement des machines, présenter son travail, etc.
Chaque proposition déclenche d’autres créations corporelles.

A ce moment là, une redéfinition de la machine s’avère nécessaire : « une machine, ça sert à faire quelque chose. » L’enseignante demande alors aux enfants (par groupes de 4) de créer une machine, de la nommer puis de la présenter aux autres Chaque action choisie est décrite.

 

 

 

ACTION DU GROUPE 2
Il organise le groupe et annonce :
C’est une machine à faire des pyramides,
c’est Pyramidos.
I place les autres membres du groupe :
2 accroupis, 2 debout
T : Je cloue les briques
J : Je passe les briques
B : Je scie les briques
I : Je fabrique les briques
E : Ce n’est pas dans l’ordre
Interventions des autres enfants :
- Les pyramides, c’est pas du bois.
Tu peux pas les scier si c’est des briques.
Tu aurais pu les peindre.
- Si tu peux pas clouer, tu cimentes.
- A quoi ça marche ?
I : A rien, à nous !
C’est toujours I qui répond.
Les enfants évoquent les matières, leurs propriétés et la possibilité d’une énergie humaine.

ACTION DU GROUPE 3
C’est la machine à faire des bonbons : «bonbonnette».
3 filles fabriquent, 1 garçon mange.
S : Je passe la pâte à bonbons
M : Je mets le colorant, le sucre
L : Je le donne à B
B : Je mange
Ça marche à piles
Interventions et confrontations :
N : Il n’y a pas la forme.
L : Je peux pas tout faire.
O : On doit faire un seul geste.
Le groupe 3 essaie de repenser la machine.
Les enfants sont de plus en plus pointilleux sur le plan scientifique.

S : On peut pas tout faire
L : On change le titre, c’est la machine à décorer les bonbons
E : L propose de réduire le rôle de la machine
A : Personne peut les manger
L : On a envie que B mange.
E : Est-ce que P décore ?
L a envie mais ça ne colle plus.
Un élément du groupe ne fait pas partie de la machine.
M : P fait le tuyau,
L’idée séduit le groupe 3 qui se met en place.
P s’allonge, change de direction
M : Je mets le colorant
S : Je mets le sucre
L : Je passe à B
B : je fais glisser
Le groupe 3 a su faire évoluer sa machine sans abandonner ses idées.

 

 

 

 

A chaque présentation, les enfants du groupe sont confrontés aux questions de leurs camarades. Ceci fait évoluer leur machine, tout comme la réalisation, en classe, de dessins, de croquis, de peintures et de constructions en volume.
Puis nous décidons de réaliser des grandes machines. La classe est divisée en deux, les enfants se retrouvent à huit et doivent coopérer pour créer une nouvelle machine.
Un groupe présente une machine à faire des animaux, l’autre groupe ne produit rien car les enfants n’arrivent pas à se mettre d’accord

La mise en commun permet de débloquer la situation en mettant en avant le thème qui a fédéré tout le groupe : la machine à fabriquer un chapiteau, « le chapitos ».
Je décide de travailler sur les verbes en précisant qu’un verbe correspond à un geste associé à son son. Nous en faisons la liste : Installer, brosser, écraser, étirer, pousser, soulever, aspirer, écarter, peindre, tirer, cracher, pulvériser, tourner, écrabouiller, crier, clouer, accrocher, écarter.
Je propose des verbes déjà utilisés par les enfants, des nouveaux, des synonymes.

 

Le G2 présente de nouveau sa machine à faire les chapiteaux qui fonctionne à l’énergie solaire.
Ils réinvestissent le travail précédent, de nouveaux verbes apparaissent : Ils donnent, installent, placent, tirent, coupent, écoutent, accrochent et peignent la toile.
Sur sa lancée, le G2 décide de faire la machine à faire un poisson.

ACTION DU G2
X : Je fais la forme
O : Je place les écailles
Chaque geste est accompagné d’un son différent.
A : Je mets les yeux
N : Je fabrique le cerveau
G : je rentre la queue
F : Je peins
M : Je passe
S : Je jette à la mer
G1 n’arrive pas à produire car il y a des conflits de personnalités.

 

 

 

 

Interventions
Confrontations
Evolutions


On prend un moment pour parler des difficultés rencontrées, de nos interrogations.
Pour éviter les conflits on « casse » les groupes, on les change et on les réduit. Quelques enfants sont frustrés et réclament plus d’autonomie dans leurs machines.
La consigne : un geste, un son est très réductrice.
En fait, ils sont en train de découvrir que dans une machine, il y a souvent des éléments qui servent au déplacement, qui font le lien et des verbes correspondants : passer, prendre.
Les deux nouveaux groupes inventent une nouvelle machine.

Cette fois-ci on peut faire deux gestes, deux sons :
Dix minutes après, le G1 présente une machine à faire le pain, le G2 une machine à faire le téléphone. Six enfants observent.
Enfin, on s’amuse à faire des improvisations de machines en proposant des titres.
Nous concluons en regardant Les temps modernes de Charlie Chaplin.
D’un déplacement dans l’espace nous sommes arrivés à une recherche sur les machines. Je dis « nous », car j’ai accompagné les doutes et les incertitudes des enfants qui ont nourri ce projet.

 

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