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logo blog Le nouveau Socle commun est paru

Retour sur les renoncements face à l’évaluation

Pour les militants pédagogiques, les déceptions se sont succédé depuis la fameuse concertation de l’été 2012. Trop d’espoirs sans doute !
Néanmoins, le pragmatisme l’emportant sur le défaitisme, depuis 2013, je cherche dans les textes produits ce qui peut intéresser nos pratiques quotidiennes et répondre aux critiques, voire reproches des cadres intermédiaires (certains IEN, DASEN étant toujours dans les pas de Darcos…)
Même si quelques éléments dans ces textes sont positifs, il manque le plus important l’esprit : celui d’une école émancipatrice pour tous les enfants quelles que soient leurs différences et leurs origines, cet esprit que devrait porter toute réforme socialiste – digne de ce nom. Jean Zay dans ses IO de 1938 le portait bien davantage !
 
Après la lecture de la première version du projet de socle commun en juin 2014, j’avais trouvé que certaines propositions de « champs d’activité » – qu’on ne retrouve plus d’ailleurs dans les versions suivantes – pouvaient autoriser les praticiens des pédagogies dites « nouvelles » et coopératives à s’exprimer dans les établissements au grand bénéfice des élèves.
Le 20 novembre 2014 (jour anniversaire de la Convention des droits de l’enfant, un signe ?) le Conseil supérieur des programmes publie ses premières propositions pour l’évaluation et la validation du socle commun.
Cette parution a déchaîné les réactions de nostalgiques – de droite comme de gauche – d’une école républicaine idéalisée portée par une méritocratie sans tâches. Les propositions du rapport ont été caricaturées, moquées et présentées comme un nouveau jouet politique du gouvernement.
Pourtant, prendre en compte « des différents cheminements des élèves » et qu’ainsi l’enseignant mette « en adéquation ses démarches, voire les réoriente », qu’il prenne en compte l’erreur comme un élément de l’apprentissage, qu’il valorise les réussites plutôt que de pointer l’échec ?... pouvaient nous parler ! 
Les médias se sont centrés sur la notation  et  le « on va supprimer les notes !» a circulé dans tous les articles de presse.  Parents et enseignants sont inquiets, la réflexion sur l'évaluation devient invisible.

  • L’année 2015 (et nous ne sommes qu’en avril !) voit les quelques avancées de ces derniers textes se diluer…
Après les événements de janvier 2015, le gouvernement fait comprendre à sa ministre de l’Éducation nationale que la notation est un élément important de l’autorité du professeur, du coup, elle ne prendra pas en compte la recommandation du Jury de l’évaluation de supprimer la notation en primaire, voire un peu plus loin…
Les nostalgiques d’une École de la République se nourrissent de la médiatisation de la remise en cause de l’École et mettent sur le devant de la scène le retour des fondamentaux et en particulier ceux de la langue française. La ministre les entend et répond avec la mise en place d’une évaluation nationale en début de CE2 pour faire le point en français avant d’entamer une nouvelle année. Pourtant c’est une pratique évidente des professeurs en début d’année que semble ignorer notre ministre !
Mais entre la communication et les véritables propositions, j’avoue que je me perds un peu !
 
En février 2015, le Conseil supérieur des programmes propose une deuxième version du projet de socle commun avec une importante partie sur l'évaluation. Une autre conception de l’évaluation émerge dans cette version avec des principes clairement énoncés. (J’en avais fait une lecture intéressée...)
Trop beau sans doute, car début mars une troisième version du projet de socle commun apparaît (une réécriture de la DGESCO entre autres) avec la disparition de la partie sur l’évaluation. Le passage devait être remis après les demandes de certains membres du Conseil supérieur de l’éducation.
Mais voilà, le décret est paru le 2 avril 2015 et les deux pages qui présentaient les principes d’une autre évaluation avec la notion de parcours scolaire sont remplacées par un court article :
 « Art. D. 122-3. - Les acquis des élèves dans chacun des domaines de formation sont évalués au cours de la scolarité sur la base des connaissances et compétences attendues à la fin des cycles 2, 3 et 4, telles qu’elles sont fixées par les programmes d’enseignement.  
Dans le domaine de formation intitulé “les langages pour penser et communiquer”, cette évaluation distingue quatre composantes : langue française ; langues étrangères et, le cas échéant, langues régionales ; langages mathématiques, scientifiques et informatiques ; langages des arts et du corps. » 
L’acquisition et la maîtrise de chacun de ces domaines ne peuvent être compensées par celles d’un autre domaine. Les quatre composantes du premier domaine, mentionnées dans l’alinéa ci-dessus, ne peuvent être compensées entre elles. 

En fin de cycle 4, le diplôme national du brevet atteste la maîtrise du socle commun. »

On attend maintenant les programmes qui déclineront et préciseront les principales connaissances associées à chacun des cinq domaines ainsi que les conditions de leur évaluation.  
Ils subiront certainement eux aussi différentes écritures…

  • Compte à rebours : 2015, 2016, 2017

Que restera-t-il de tous ces projets, certes ils étaient timides, mais les réécritures successives les ont vidés petit à petit de leur substance, il restera des techniques, des modalités qui ne fâchent personne – mais ne satisfont personne non plus – et toujours sans cet esprit porteur : une école émancipatrice pour tous les enfants quelles que soient leurs différences et leurs origines.

L’arrivée de la droite dans tous les départements va casser assez vite le peu d’élan progressif qu’il y avait dans certains territoires.
 
Une certitude : le manque d’ambition et de courage du gouvernement sur l’Éducation n’ont pas permis de construire des fondations suffisamment solides pour résister aux flux inévitables du changement de majorité.
 
Je crains le pire en 2017, les programmes qu’ils soient de l’UMP ou du FN, eux, ne seront pas timides. La concurrence, l’individualisme, la sélection, l’orientation précoce et j’en passe pour ne pas sombrer dans la dépression seront au rendez-vous.
 
Le 2 avril 2015