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DITS DE MATHIEU - Soyez humains

Mai 1947

Vous agissez un peu tous, vous autres éducateurs, comme ces pères de famille qui sont d’autant plus férocement sévères avec leurs enfants qu’ils ont été eux-mêmes enfants terribles. Ou comme l’adulte qui marche à une allure à peine hâtée et ne se rend pas compte que l’enfant qu’il accompagne doit faire trois pas pendant qu’il en fait un.

Vous réagissez avec vos natures d’hommes, vos possibilités et vos acquisitions adultes, comme si les enfants qui vous sont confiés étaient eux-mêmes des adultes, avec des possibilités similaires.

Mettez-vous à la place de cet enfant que vous venez d’humilier par une mauvaise note ou un rang inférieur dans le classement. Rappelez-vous votre propre orgueil quand vous étiez parmi les premiers et tous les mauvais sentiments qui vous secouaient quand d’autres vous avaient devancés... Alors vous comprendrez et vous supprimerez le classement.

Un enfant a volé des cerises en venant à l’école, ou cassé un encrier en classe, ou menti pour essayer de sauver une situation délicate. N’avez-vous jamais volé de cerises quand vous étiez jeunes ? N’étiez-vous pas le premier peiné quand vous cassiez un encrier ? Ne vous rappelez-vous pas quel drame se jouait en vous quand vous aviez menti, par nécessité, parce que, dans les seules voies qui s’offraient pour sortir d’une situation délicate, le mensonge, timide, inhabile, à l’origine, vous a paru être la seule planche de salut.

« Si vous ne redevenez comme des enfants... » vous n’entrerez pas dans le royaume enchanté de la pédagogie... Loin d’essayer d’oublier votre enfance, entraînez-vous à la revivre ; revivez-la avec vos élèves ; comprenez les différences possibles nées des diversités de milieux et du tragique des événements qui affectent si cruellement l’enfance contemporaine. Comprenez que ces enfants sont, en gros, ce que vous étiez il y a une génération, que vous n’étiez pas meilleurs qu’eux, qu’ils ne sont pas pires que vous, et que si donc le milieu scolaire et social leur était plus favorable, ils pourraient faire mieux que vous, ce qui serait un succès pédagogique et un gage de progrès.

Nulle technique ne vous y préparera mieux que celle qui incite les enfants à s’exprimer, par la parole, l’écrit, le dessin et la gravure. Le journal scolaire contribuera à l’harmonisation du milieu qui reste un facteur si décisif de l’éducation. Le travail voulu, auquel on se donne à cent pour cent et qui procure les plus exaltantes des joies, fera le reste.

Le soleil brillera...