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logo blog A propos du projet de réforme de l’enseignement, 15 mars 1937

Un appel à réflexion de Freinet sur le Certificat d’Études Primaires Élémentaires (C.E.P.E ) qui devrait devenir un examen d’entrée dans le second degré. Réflexion qui se continuera au Congrès de Nice et donnera lieu à des décisions.

 
« Un événement important d’ailleurs nécessite de notre part une mise au point rapide : il s’agit du projet de réforme de l’enseignement dont on a lu le texte dans divers journaux.
Ce projet de loi est, à notre avis, une réorganisation utile et nécessaire du système scolaire français. Il tend certainement à harmoniser et à démocratiser les diverses branches d’enseignement. Au chaos de jadis, il substitue un système plus rationnel, dans lequel joueront moins toutes les compétitions ou privilèges de classe.
Ne nous faisons cependant aucune illusion : le cadre est changé dans lequel un gouvernement prolétarien pourrait organiser véritablement l’ordre nouveau. Mais il faudra d’autres mesures, d’ordre économique et financier notamment, qui permettront au prolétaire de ne pas rester une fois encore au seuil de la terre promise.
Nous voudrions plus spécialement ici dire quelques mots des problèmes nouveaux que ce projet, une fois voté, poserait à notre enseignement primaire.
L’enseignement primaire devient le premier degré scolaire, le premier échelon de l’édifice, ce qui est normal et souhaitable.
Le C.E.P.E. – et c’est là le fait nouveau d’une importance qu’on n’a pas suffisamment souligné, – cesse d’être une sorte de diplôme de fin d’études pour devenir un examen de passage du premier au 2e degré.
Nous nous plaignions jusqu’à ce jour, du bourrage intensif que nécessitait la regrettable course au C.E.P.E. Que sera-ce quand cet examen ouvrira les portes du second degré, les portes de l’université ! La course en deviendra affolante : tous les parents voudront pour leur fils le C.E.P.E. ; ils comprendront l’importance nouvelle qu’on lui accorde et ils seront prêts à tout y sacrifier, la liberté, l’intelligence et même la santé de leurs enfants.
Il faudra que notre Congrès s’occupe de cette question et dénonce avec vigueur ce danger ; qu’il propose en même temps les remèdes : un examen de passage est nécessaire ; nous ne voyons aucun inconvénient à ce que le C.E.P.E. soit cet examen. Mais un examen qui doit déceler si l’écolier est susceptible d’aller plus avant dans les divers degrés d’enseignement, doit nécessairement cesser de contrôler l’acquisition obtenue pour s’attacher davantage aux POSSIBILITÉS d’acquisition.
Autrement dit : la transformation du C.E.P.E., examen contrôlant l’acquisition en examen de passage décelant les aptitudes au travail et à l’acquisition s’avère indispensable.
A nous à montrer la voie. Nous proposons qu’une séance spéciale discute de la question pour que nous soyons en mesure de faire des propositions pratiques.
Aux camarades compétents d’y réfléchir. »
Célestin Freinet