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logo blog La réduction des horaires dans les Écoles primaires, 30 novembre 1937

Une école plus performante, sans toucher aux visées d’éducation et à la vie des enfants, c’est possible !

Jean Zay, le ministre de l’Éducation nationale du Front populaire, plutôt qu’une circulaire, préfère tenter des expériences dans des départements différents où les éducateurs sont libres dans leurs réalisations. Freinet s’en félicite.
Une nouvelle organisation du temps : 30 heures d'éducation, dont vingt-quatre d’enseignement proprement dit, 3 heures d’éducation physique et 3 heures de loisirs dirigés avec les classes promenades. Ainsi, l’apport de la vie et du milieu environnant entrent à l’école et les techniques de l’Imprimerie à l’École en seront les outils essentiels.
Le mouvement doit participer pleinement à ces expérimentations et les faire connaître.
Freinet met en garde, même les meilleures circulaires, telles celle de 1923, peuvent être détournées de leur but, donc il faut rester vigilants et tirer le maximum des prescriptions ministérielles.
 
 La réduction des horaires ne peut se solutionner que par l’introduction à l’école de techniques nouvelles
Il y a, depuis une vingtaine d’années, dans l’école française, une crise permanente des horaires. A mesure que progresse la science, que s’accumulent les réalisations techniques, que se complique le monde où nous vivons, on a sans cesse aggravé et surchargé les programmes scolaires jusqu’à en faire des monstres dangereux pour les enfants, et dont l’opinion publique a concurrence capitaliste a contraint d’accélérer sans cesse leur production. Si mêmes qui sont à incriminer que leurs commentateurs, les manuels scolaires et leur contrôle par des examens encyclopédiques dont le moins que nous puissions dire est qu’ils sont aujourd’hui mortels pour l’enfance studieuse.
La corde était tendue au maximum : on ne pouvait plus aller longtemps dans cette voie. Une réorganisation s’imposait d’urgence.
L’École était dans la situation de ces fabriques primitives qui, à l’aurore du machinisme, travaillaient dans une sorte de quiétude artisanale et que la concurrence capitaliste a contraint d’accélérer sans cesse leur production. Si elles ont su adapter progressivement leur installation, leur organisation et leurs techniques de travail aux nécessités et aux possibilités contemporaines. La vie aura pu continuer avec quelque harmonie, sans déséquilibre dangereux entre les nécessités sociales et les possibilités humaines.
Mais si le propriétaire, farouchement traditionnaliste, n’a rien voulu modifier à ses méthodes, force lui sera de surcharger sans cesse ses ouvriers, de les pousser à l’extrême limite, sans pour cela éviter la faillite normale et fatale.
On connaît notre position face au problème délicat de l’acquisition scolaire. Nous ne disons pas qu’il faut réduire massivement la production de l’usine pour redonner une vie humaine aux ouvriers, car cette production est elle-même une condition du bien-être social. Nous disons qu’on doit adapter et moderniser le matériel, réorganiser le travail afin que les ouvriers, sans surcharge anormale, élèvent la production au niveau souhaitable.
Nous ne pensons pas que les enfants qui sortent de nos écoles connaissent trop de choses : ils n’en connaissent pas assez, ou si, du moins, ils ont quelques connaissances, ils sont comme des infirmes de l’esprit que la maladresse scolastique a scandaleusement mutilés.
Nous-avons pour notre école publique d’autres exigences ; nous voulons une plus totale efficience et un rendement plus dynamique, mais sans que soit menacée l’éducation et la vie même des enfants. Et cela nos expériences récentes nous permettent de l’affirmer : il est aujourd’hui possible, par des techniques nouvelles mieux adaptées aux besoins de l’école, de poursuivre l’éducation et la formation des enfants, tout en parvenant à des acquisitions satisfaisantes. Nous disons mieux : les procédés scolastiques chargent la mémoire pour un jour, le jour de l’examen ; mais les acquisitions sans base vitale, se dispersent et s’effacent avec une extrême rapidité.
Nous avons la prétention de parvenir par nos techniques à une acquisition maximum, sentie et voulue par les enfants, comprise par eux, base solide pour les acquisitions futures que l’école aura préparées.
 
***
Nous ne voyons donc pas seulement, dans l’expérience de la réduction des horaires et des loisirs dirigés, un frein officiel à la folie croissante de la surcharge des programmes et des examens. Le Ministre suggère déjà, prudemment certes, mais incontestablement, la solution à ce grave problème, solution qui ne peut être que dans le sens de l’éducation nouvelle.
Nous ne voudrions pas avoir l’air d’encenser un Ministre Front Populaire, mais nous devons affirmer cependant notre satisfaction presque totale à la lecture de la circulaire dont nous croyons nécessaire de donner de larges extraits.
Je le disais récemment à la réunion du Groupe Français d’éducation nouvelle : l’administration de l’éducation nationale aurait bien pu, comme elle l’a toujours fait, édicter une circulaire péremptoire préconisant telle et telle solution obligatoire. Au lieu de cela, le Ministre tente une vaste expérience dans des départements variés et nombreux. Je sais bien que l’expérience est menée sans technique scientifique, qu’on n’a pas fait appel aux spécialistes de la mesure pédagogique et psychologique, qu’on n’a pas fait d’avance le point afin de délimiter avec quelque précision avantages et inconvénients des procédés appliqués. Mais, même sans ces précautions préliminaires, l’expérience en cours doit et peut avoir une grande portée : l’instituteur sent bien dans sa classe si telle et telle technique est avantageuse pour l’éducation et l’acquisition de ses enfants; l’Inspecteur qui visite une école en sent vite aussi l’atmosphère. Les uns et les autres sont en mesure de donner des appréciations à peu près exactes puisque le Ministre n’a pas indiqué d’avance dans quel sens devait être poursuivis les essais, mieux : qu’il laisse entendre que quelque hardiesse ne lui déplaira pas et que les éducateurs seront laissés totalement libres dans leurs réalisations.
Je ne sais pas si cette façon de procéder a quelque précédent dans les autres pays. Nous constatons avec satisfaction qu’elle est, en l’état actuel de notre administration scolaire la méthode presque idéale pour préparer l’évolution et l’adaptation de notre école publique.
Nous nous en félicitons totalement pour nos techniques. Nous n’avons jamais espéré, ni même souhaité qu’un ministre décide un jour l’introduction de l’Imprimerie dans les écoles. Mais qu'on favorise nos expériences, qu’on en surveille officiellement la marche, qu'on en consigne les résultats, qu’on recommande ensuite l’application progressive de nos techniques, nous ne saurions que nous en réjouir, car nous ne craignons pas l’épreuve que nous savons toujours favorable à nos réalisations.
 
Quels sont les avantages que nous réserve l’expérience française ? Il est bon pour cela de donner ici les passages essentiels de la circulaire qui l’organise :
Cependant, si les trois territoires choisis correspondent sensiblement à l'État Moyen du territoire fronçais, ils n'en expriment pas toute la diversité et, avant d'édicter des règles générales, il convient de rechercher les réactions de régions très variées. On doit tenir compte des conditions orographiques susceptibles de mettre un obstacle aux transports, des conditions climatiques qui empêchent parfois de quitter le local clos, des conditions de peuplement, des conditions financières qui permettent ou ne permettent pas d'escompter un gros effort des communes, de la vocation économique particulière, de chaque contrée sur laquelle on doit plus ou moins régler l'emploi des loisirs, de fadeurs psychologiques enfin, C’est pourquoi cette expérience, en même temps qu'elle se continuera dans les trois départements où on consolidera les résultats acquis, sera mis en train dans les départements suivants.
On remarque qu'une partie des départements choisis renferment les plus grandes villes de France, que d'autres sont purement ruraux, que certains présentent un territoire d'une grande homogénéité, mais que, par contraste, de grandes circonscriptions administratives, comme le Pas-de-Calais, les Pyrénées Orientales, offrent, suivant les districts, des conditions très variées. L'expérience doit donc donner tous les résultats définitifs qu'on attend. On prendra garde que le texte même de l'arrêté laisse à MM. les inspecteurs d'Académie la plus grande latitude. Si, dans la grande majorité des cas, il sera bon de faire une expérience d'ensemble sur tout un département, on conçoit très bien qu'ici ou là des témoins soient réservés afin que les observations puissent prendre toute leur valeur de comparaison. Ce dernier procédé si recommandable n'aura d'ailleurs d'intérêt que si l'expérience peut être entourée de toutes les garanties de contrôle nécessaires et en particulier d'un contrôle médical assez sérieux, autorisant à juger les résultats en même temps que les méthodes.
Résultats et méthodes, ce sont les deux points sur lesquels devront porter les rapports d'enquête des Inspecteurs d'Académie. Toutes les initiatives y seront mentionnées. Ils devront parvenir au Ministère pour le 15 Mai 1938. Sans doute, l'expérience sera-t-elle en cours à celte date, mais déjà assez de faits auront pu être recueillis pour que des conduisions soient apportées.
 
Nous avons dit que cette circulaire ne cachait pas le désir du ministre de voir l’éducation nouvelle animer et vivifier les essais. Par les sages instructions qu’elle contient, elle continue en effet, et avec bonheur, la tradition française des instructions ministérielles de 1928, que nous avons saluées en leur temps comme un des meilleurs écrits d’éducation nouvelle :
Quelques principes généraux doivent être rappelés. Réduire la durée de renseignement ne signifie pas qu'on diminue le temps pendant lequel l'enfant est soumis à l'action de l'école, nous entendons que les heures dont parle l’arrêté soient, bien des heures effectives d’éducation. La formule nouvelle de nos horaires pourrait être la suivante : 30 heures d'éducation, dont vingt-quatre d’enseignement proprement dit. Il ne saurait y avoir aucune équivoque sur ce point.
Mais on se propose d'aérer notre système d'enseignement et, tout en faisant à l'Éducation du corps la place qui lui convient, de multiplier les contacts avec la nature et avec la vie, de donner une part plus grande à la spontanéité de l'enfant et, dans une mesure raisonnable, à son libre choix. Ces préoccupations s'accordent avec l'esprit des systèmes préconisés par les plus modernes éducateurs, et fondés sur une connaissance plus poussée sur la psychologie de l'enfant. Mais on tient à dire qu'elles ont été familières à tous ceux qui ont établi notre école publique et rédigé les instructions antérieures. Les modifications aujourd'hui proposées, s'insèrent naturellement dans l'évolution pédagogique française.
 
Que pourrions-nous dire de mieux au sujet de l’éducation physique, des classes promenades qui s’insèrent officiellement dans l’éducation française, la pénétration de l’école par le milieu ambiant, pénétration pour laquelle l’Imprimerie à l’École sera l’outil merveilleux qui établira cette profonde liaison culturelle entre l’activité scolaire et le travail des enfants, les résonnances de la nature, l’explosion synthétique au sein même de la vie :
Mais il faut très soigneusement veiller à ne pas laisser se développer cet esprit de compétition qui exerce de si fâcheux ravages dans la pratique courante du sport. Nous avons souci du développement physique harmonieux de l'enfant et à un égal degré de sa culture morale. Est-il besoin de souligner quel bénéfice une surveillance attentive de l'enfant aux heures où il se livre tout entier sans souci de plaire, en dehors de toute convention scolaire, apporte à un maître désireux de mieux connaître ses élèves.
La classe promenade était prévue d'une manière expresse dans les instructions ; elle est déjà entrée dans la pratique en quelques endroits. L'heure est venue d'en généraliser l'usage.
Si les trois heures de loisirs dirigés sont utilisés par un maître diligent, elles doivent fournir les acquisitions les plus solides qui serviront de fondement à un enseignement, moins formel et plus proche de la vie. L'ingéniosité des maîtres est appelée à se donner libre cours et l’on peut concevoir une infinité de modalités dans l'organisation de ces loisirs et dans l'utilisation des ressources du milieu local. C'est la promenade au cours de laquelle la conversation est orientée vers l'analyse du paysage. Leçon de géographie, de botanique, d'agriculture ? Non, certes, mais un appel à l'observation directe, où la formule trouvée parfois, d'autres fois suggérée, vient à son heure, et comme d'elle-même, la formule qui sera reprise plus tard en classe. C'est la visite d'un monument historique devant lequel s'éveille le sens du passé. L'éloquente leçon des vieilles pierres ne suscitera peut-être pas beaucoup de vocations historiques, comme celle de Michelet, mais son langage peut trouver un écho dans toutes les âmes enfantines. Ce sont des visites de chantiers ou d'usines moins orientées vers la connaissance d'une technique changeante que destinées à donner à l'enfant le sens de la grandeur et de la noblesse de l'effort, humain.
A l'école même et dans les environs immédiats, c'est une longue séance au jardin où le développement de l'habileté manuelle, l'observation minutieuse du sol, de la plante, des animaux, de leur croissance et de leurs transformations devient possible. C'est peut-être aussi une séance de projections ou de cinéma avec commentaires — commentaires spontanés de la classe, mais disciplinés et adroitement orientés par le maître.
 
Pour ce qui concerne le programme nécessaire à tout travail scolaire, nous avons maintes fois donné notre point de vue et on lira dans notre brochure N° 3 d’E.N.P. : PLUS DE LEÇONS, ce que nous pensons. On verra que nous nous sommes orientés, même dans notre école, vers un programme annuel et hebdomadaire, que nous pensons, en effet, que toute éducation est suggestion et liberté ordonnée, mais il y a la manière. Et on verra comment nous solutionnons la question par nos techniques nouvelles de travail : Plans de travail et conférences.
L'objection est que nous allons imposer un programme à ces exercices et que nous serons assez loin des formules qui font tout, reposer sur le libre choix de l'enfant. Elle n'est pas nouvelle et les premiers critiques de l'Émile l'ont déjà faite. Mais toute éducation est suggestion et liberté ordonnée.
Toute éducation doit aussi être joie. Pour cette raison, nous attachons un grand prix aux fêtes scolaires dans les conditions actuelles. La préparation de ces dernières, ou bien impose un surcroît de travail aux maîtres, une charge dont ils s'acquittent avec dévouement mais non sans fatigue, ou bien se concilie mal avec la pratique des horaires en vigueur. Désormais elle pourra se repartir sur le cours de l'année et s'insérer sans difficulté dans l’utilisation de six heures hebdomadaires.
 
Si nous voulons que notre expérience se propage dans l’enseignement public, nous ne devons justement pas laisser croire que nos classes peuvent être entièrement fondées sur la spontanéité enfantine. Dans certaines conditions idéales peut-être. Dans le milieu difficile où nous évoluons, non.
Nous ne nous insurgerons donc pas contre ce désir d’organisation du Ministre. Au contraire : il faudra que nous montrions comment, pratiquement, l’introduction de nos nouvelles techniques suppose et nécessite l’ordre, non plus un ordre superficiel, certes, des bras croisés, mais l’ordre indispensable qui résulte de l’organisation plus rationnelle des diverses activités, l’ordre de la ruche au travail, avec des va-et-vient peut-être, des paroles et parfois même des chants, mais sur laquelle on sent planer mieux qu’une discipline, la NECESSITE DE L’ORGANISATION.
Les mailres et maîtresses pourraient être arrêtés par la crainte légitime des responsabilités légales en cas d'accident. On répétera ici ce qui a été dit dans une circulaire antérieure émanant de la direction de l’Enseignement du second degré.
Je vous prie de rappeler aux administrateurs ainsi, qu'aux membres du personnel, qu'en matière d'accidents, la loi du 5 avril 1937 substitue la responsabilité de l'État à celle des membres de l’Enseignement public. La loi prescrit que ceux-ci ne pourront jamais être mis en cause devant les tribunaux civils par la victime ou ses représentants. Il en sera ainsi toutes les fois que, pendant la scolarité, dans un but d'éducation morale ou physique non interdit par les règlements, les enfants ou jeunes gens confiés ainsi aux membres de l'enseignement public se trouveront sous la surveillance de ces derniers.
 
C’est l’autorisation pour les éducateurs de se livrer à certaines formes hardies du travail nouveau, à laisser mieux l’enfant travailler et s’organiser seul, à ne plus redouter les risques que peut encourir l’enfant qui, pendant les heures de classe, s’en va seul avec un camarade, faire une rapide enquête dans un chantier voisin. On ne craindra plus les promenades.
Nous nous en réjouissons sans réserve.
 
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Nous n’avons pas trop parlé jusqu’à présent de l’organisation pratique des trois heures consacrées à des travaux éducatifs parce que l’instituteur qui pratique nos techniques ne sera jamais embarrassé pour leur affectation.
Les promenades scolaires : nous en avons toujours dit la nécessité. Mieux : Nous avons montré comment par l’Imprimerie à l’École et les échanges, ces sorties s’insèrent merveilleusement dans les activités vitales de la classe. On ne sort pas sans but et sans méthode : nos correspondants attendent la description des usines, des chantiers de notre village ; ils veulent connaître, au cours des saisons, l’aspect vivant de nos champs et de nos vallons; ils veulent connaître notre village. Et quand nous rentrons de promenade, ce n’est pas un morceau de vie nouvelle qui finit pour faire place à la mortelle scolastique : c’est la vie nouvelle de l’école qui se continue avec notre sortie comme base et comme sujet : on rédige, on dessine, on imprime, on calcule. Et ainsi se réalise cette unité entre les prescriptions d’éducation nouvelle et l’école officielle, dont le ministre a eu, à juste titre, le souci.
L’observation de la vie autour de soi, la préparation du matériel d'études : la nécessité où nous sommes d’informer nos camarades, l’enrichissement permanent de notre FICHIER SCOLAIRE en sont la meilleure et la plus efficace des motivations.
N’avons-nous pas dit ici même, sur le cinéma, les disques, l’organisation des fêtes, les choses essentielles ?
Les instituteurs qui pratiquent nos techniques n’auront rien à changer à l’activité de leur classe : ils auront seulement dans la circulaire ministérielle l’autorisation officielle de poursuivre plus librement leurs essais. Et ils éviteront encore le danger de morcellement que redoute sans doute aussi le ministre. Il n’y aura pas d’un côté 3 heures d’activité libres, tendance éducation nouvelle, parfois peut-être trop anarchiques, insuffisamment organisées, et d’autre part 24 heures d’enseignement traditionnel, mortel pour l’âme enfantine.
Il faut que l’école reste un tout et que l’esprit qui, selon les conseils du Ministre, doit imprégner les trois heures d’activité libre gagne peu à peu tout l’enseignement. C’est dans ce sens surtout que l’expérience en cours a une portée considérable : elle est comme un coin d’éducation nouvelle enfoncé en plein cœur de l’école.
Et nous avons confiance dans les résultats : les instituteurs qui auront vu et senti vivre leurs enfants pendant quelques heures par semaine, comprendront mieux ce qu’a d’inhumain et d’anormal l’enseignement traditionnel pratiqué en classe. Naturellement ils éprouveront le désir d’animer de l’esprit nouveau tout l’effort scolaire. Et à ce moment-là ils se tourneront nécessairement vers nous parce que nous sommes les seuls en France à avoir organisé pratiquement l’école selon les nouvelles techniques suggérées par le Ministre. Alors on comprendra plus facilement l’utilité, la nécessité de l’Imprimerie à l’École, la nécessité du Fichier Scolaire Coopératif, de la Bibliothèque de Travail, du Phono et du Cinéma.
Nous savons que les meilleures circulaires, telles celle de 1923, peuvent être détournées de leur but par les marchands de la scolastique. A nous d’y veiller et de tirer le maximum des prescriptions ministérielles.
Que tous nos camarades pratiquant dans les écoles des départements soumis à l’expérience s’appliquent tout spécialement à l’organisation de leur classe selon nos techniques : qu’ils fassent vivre l’Imprimerie à l’École, qu’ils organisent leur fichier, qu’ils préparent pratiquement les activités libres des enfants.
Les rapports qui seront faits de ces activités ne pourront que nous être favorables et les instructions ministérielles qui suivront cet essai risquent fort alors d’être imprégnées de nos tendances et de s’orienter, prudemment mais sûrement, vers nos nouvelles techniques.
 
Le nouveau Plan d’Études français est en marche. A l’œuvre tous, non seulement dans vos classes mais dans le département : organisez des conférences, des expositions, groupez les adhérents et les sympathisants dans des sections du Groupe Français d’Éducation Nouvelle, collaborez à l’E.P. ou nous ouvrons une rubrique permanente pour la scolarité prolongée, la réduction des horaires, les loisirs dirigés et les classes d’orientation. Aidez sans réserve à la marche normale d’une expérience dont nous ne saurions encore une fois que louer tout à la fois la prudence et la hardiesse.
Travaillons tous méthodiquement pour la réalisation du nouveau Plan d'Études Français.
Célestin Freinet