Raccourci vers le contenu principal de la page

logo blog Une trajectoire vers la pédagogie Freinet

J'ai été étonné que, sur des listes de diffusion du mouvement Freinet, certains participants échangeassent volontiers sur la tenue de leur cahier-journal ou sur le suivi d'un travail individuel très scolaire, à l'aide de plans de travail n'ayant que très peu à voir avec l'outil d'autonomie qu'ils pourraient devenir dans un projet pédagogique émancipateur.

En réaction, m'est venue à l'esprit une sorte de typologie des différentes organisations de classes, en fonction de la posture du maître quant aux apprentissages scolaires. Aussi caricaturale soit elle, cette typologie m'a évidemment renvoyé à ma propre expérience et à mes propres postures, à des instants « t », « t1 », « t2 », …, « tn » de ma carrière. D'où l'idée de trajectoire.

 

  1. Pédagogie traditionnelle archétypale : alternance "leçons - exercices d'application"
  2. Pédagogie traditionnelle avec différenciation : les meilleurs font toute la page d'exercices, les plus..."lents"(1) ne finissent pas le premier exercice.
  3. Pédagogie individualisée, type "conspéd" : les enfants ont un plan de travail (individualisation !) sur lequel il y a la même chose pour tout le monde (exercices N°4, 5, 6 page 42). Il y a des plages, dans l'emploi du temps de la classe, prévues pour ce T.I. Les enfants doivent faire le boulot mais ils ont le choix du moment, au cours des dites plages réservées.
  4. Pédagogie individualisée-type "conspéd", avec différenciation (les ceintures jaunes ne feront pas l'exercice n°6). Si le maître sait bien utiliser son ordinateur, il pourra même faire sortir de l'imprimante un plan nominatif, tenant compte de cette différenciation. Le vernis technologique apportera de la crédibilité au document.
  5. Pédagogie individualisée : certains outils permettent à chaque enfant de travailler à son propre niveau (type fichiers PEMF)
  6. Pédagogie individualisée avec quête d'autonomie - introduction à l'auto-correction (type fichiers PEMF) et à l'entraide pour s'approprier le processus et en profiter pour se co-former.
  7. Outils de personnalisation : texte libre, calcul vivant, recherche maths, exposés d'enfants... Le maître a déjà choisi d'abandonner beaucoup de temps de leçon frontale. Du coup beaucoup d'apprentissages échappent à sa programmation. Voire adviennent sans qu'il sache comment ! Cependant, il filtre la vie qui pénètre en classe, en ne gardant que ce qui va servir le programme (Instructions Officielles de l’Éducation Nationale en vigueur cette année là). Ou il se débrouille pour manipuler l'événement pour que ça y entre, dans le programme. Le plan de travail individuel ménage des espaces vierges pour prendre en compte les projets de l'enfant.
  8. Le maître observe que la méthode naturelle est déjà à l’œuvre et que les apprentissages acquis parce que nécessaires à la bonne réalisation d'un projet sont bien plus ancrés(2) que ceux qu'on doit à une leçon+exercice ou à un fichier, aussi bien conçu soit-il. Il se rassure en pointant ceux-ci sur un référentiel issu du programme. Le plan de travail est moins formel. La classe a besoin d'un plan de travail collectif. Il y a de plus en plus de plages "vierges" dans l'emploi du temps de la classe.
  9. Le maître aide à organiser le temps et l'espace, afin que la Méthode Naturelle(3) puisse œuvrer aussi souvent que possible : créations de tous ordres (parlées, dansées, mathématiques, plastiques, littéraires, scientifiques...). Le plan de travail est de plus en plus prévu pour coordonner les projets individuels et collectifs. Pour certains enfants, il devient superflu. Le maître a compris que le programme est bien trop limitatif. Une personne qui vient passer une demi-journée dans la classe ne comprend pas grand chose à ce qu'il s'y passe, s'il ne vient pas avec une curiosité bienveillante (encore moins s'il s'obstine à réclamer un cahier-journal et des progressions !)
  10. L'école n'est plus une institution mortifère mais un point de rencontre plus ou moins formel de désirs-d'apprendre-par-soi-même-mais-ensemble afin de se forger ses leviers pour changer le monde. Rien que ça. L'institution "école" ayant vécu, resteront des murs, ma foi, assez pratiques pour y faire plein de choses, y compris apprendre. On pourrait même garder le mot "école", ça rassurerait plein de gens et c'est un joli mot.
  11. @ suivre… et pourquoi pas 12, 13, 14 ?

 

Bien sûr, autant de maîtres, autant de trajectoires différentes et de bonds en avant et de rétropédalages. Et je n'ai voulu évoquer que l'organisation des apprentissages dits scolaires. Il y en a tant d'autres dans une vie, sociale, d'enfant, d'ado, de femme et d'homme !

Je ne sais pas bien à quel moment de cette trajectoire, je me suis autorisé à parler de Pédagogie Freinet, ni à quel moment je l'ai quittée, si je l'ai quittée. Freinet a écrit un truc pas mal pour caractériser cette notion de trajectoire. Il a listé un certain nombre d'invariants(4). Ce n'est pas long et bien utile quand on cherche à se positionner.

 


 

(1) J'ai découvert assez vite que le qualificatif « lent » est très pratique en pédagogie dite traditionnelle. Les élèves en difficulté ne réussissent pas les exercices demandés. Comme, dès le lendemain, on passe à autre chose, il suffit de dire que l'élève est « lent ». C'est plus facile à entendre pour des parents que « malcomprenant » ou « nul » ou plus dévalorisant encore. Et la solution de remédiation est si simple ! Une deuxième couche : soit le redoublement, soit l'aide personnalisée, soit… Soyons confiants, l'institution est experte à définir les nouveaux éléments de langage qui enroberont cela de sucre administratif.

(2) Freinet parlait de "Techniques de vie". cf. Jean Roucaute : « Freinet et les techniques de Vie »
   http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/11099

(3) Célestin Freinet, La méthode naturelle (1963), t. 1 : L'apprentissage de la langue, t. 2 : L'apprentissage du dessin, Delachaux et Niestlé, 1968-1969. La méthode naturelle de lecture 1947, in Œuvres, Seuil, t. 2

(4) http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/2952

 

 

Fichier attachéTaille
trajectoire_freinet.odt55.64 Ko

La maladie de l'exploitation

Ton texte me fait penser à un autre :

Le rôle du maître

L’exploitation… la maladie infantile de la plupart des enseignants.

Si le maître a peur de ne pas faire le programme, s’il craint de ne pas assez profiter de toutes les circonstances pour traiter « à fond » les questions, il se précipite sur toute amorce d’idée. Et les choses ne peuvent plus se développer harmonieusement car il contraint alors les élèves à inspirer un oxygène qui n’a pas été désiré. Des mécanismes fragiles se trouvent brisés, des démarches se trouvent stoppées. Si on ne laisse jamais les enfants librement expirer, ils finissent par mourir à l’école parce qu’elle n’est plus pour eux un lieu de vie naturelle. Elle ne permet plus de réinventer et de construire collectivement la connaissance.

Il nous apparaît qu’il peut exister une cohérence de la pédagogie Freinet. À notre avis, comme le texte libre écrit (le texte libre musical, corporel, juridique, scientifique...), le texte libre mathématique doit avoir également droit de cité. Pour nous, il se trouve à la base de la méthode naturelle et à la source de tâtonnements expérimentaux infinis.

Mais de toute façon, nous sommes déjà persuadés qu’on se convaincra, un jour ou l’autre, de l’utilité et même de la nécessité de la méthode naturelle, car elle est conforme à la vie qui est alternance, « respiration ».

Paul Le Bohec. Texte paru dans Le Nouvel Éducateur n°45, janvier 1993
http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/16885

Francine Tétu

Merci de ces beaux textes, Francine, Philippe,

Je profite de ce début de vacances pour y apporter mes questionnements.

Dernier vendredi avant les congés de Pâques 8 avril: sortie avec ma classe au Château de la Perrotière. C'est un endroit magniifique géré par l'OCCe qui appartient à la Mairie de St Etienne. Un parc immense ceinturé de hauts murs. Une vue imprenable sur la banlieue et l'autoroute.Un château avec cantine, et 8 grandes salles.

Les enfants y ont débarqué fous de joie: soleil et vent glacé.

Le temps de poser qq affaires au vestiaire, nous sommes partis en découverte. Consigne: " regardez, dessinez, écrivez, récoltez, inventez, jouez..."

Je leur avais fourni des "blocs" et demandé d'apporter leurs trousses ( le responsable du service reprographie d'une Fac Paris me récupère des mémoires divers , et les coupe en 2. Chaque enfant a donc son "bloc" pour écrire ou dessiner) Ce qui me renvoie au beau mot de Véronique D dans son film: "Un instit, elle fait les poubelles en se disant que ça pourra servir en classe!" Oui, je fais les poubelles de la fac.

Ils se sont lancés dans la prise de notes de tout ce qu'il voyaient, ou de la récolte de fleurs, cailloux, glands, bogues... Certains. pas tous! Qui n'avaient d'yeux que pour les bâtons et cailloux et d'idée que d'en faire des armes. Et jouaient à la guerre. Se battaient avec ardeur (épée, fusil, grenades)

A la pause GOUTER, j'ai décidé de calmer ces fougueux soldats et Oui! d'orienter vigoureusement la mise en commun vers la nature, les couleurs, les sensations..

Des mécanismes fragiles se trouvent brisés, des démarches se trouvent stoppées. Si on ne laisse jamais les enfants librement expirer, ils finissent par mourir à l’école N'est-ce pas un message bisounours?

Et que faire de ces enfants qui jouent constamment à la guerre?. Eux qui vievent une vie sécurisée? Non je refuse de les laisser s'exprimer, expirer. Je stoppe. Alors que Oui, au Conseil, on rappelle les règles. On organise des moments sur la non-violence.

Un collègue m'avait dit un jour " Ce sont des garçons: Logique! Ils dégainent!"

Ai-je vraiment du mal à asseoir mon autrité? gérer mon groupe? me faire entendre?

Oui! J'ai vraiment le sentiment que lorsque je lache les élèves et leur offre un espace de liberté, nombreux partent en vrille, malgré tous les rappels des règles posées en Conseil.

Fin de matinée: L'animateur OCCE a animé 3/4H un "jeu coopératif" = le jeu du parachute. Les élèves ont adoré. Selon moi, ce n'était que de la participation obéissante à un Maitre du jeu , grâce à un objet ludique = Le parachute. On leur fait croire qu'ils jouent parce qu'ils rient et bougent et gesticulent. Mais ils n'ont jamais eu un avis ou un mot à dire.

A-midi, après la cantine: J'ai demandé aux élèves de s'entrainer pour la rencontre USEPau jeu de " Poules Renards Vipères". Certains ont refusé absolument ( attitude passive, cris , attitude dédaigneuse)

Impossibilité d'un retour au calme. J'avais imaginé une activité PHOTO. ( Oui! je n'en avais pas vraiment parlé avec les élèves...) J'ai renoncé. on a donc terminé par une balade dans le Parc.

Je suis rentrée de cette sortie avec amertume. L'inqiétude de me dire que les élèves n'intègrent pas les règles, et que parce que je leur offre un espace de choix et de liberté ( Nouveaupour eux. Mes Collègues de Matrenelle te élémentaire sont très tradi ) , ils ne comprennent plus les limites. Ils débordent!

Résultat: J'ai l'impression de jouer constamment au gendarme. De ne pas savoir réunir le groupe/ Travailler , faire valoir, gérer "la force du groupe" qui en MN semble si constructive. Mes élèves ne s'écoutent pas, bavardent, se battent et gesticulent bruyamment quand on est en T collectif ( quoi de 9? Lecture suivie? Mises en commun? présentations par les élèves? )

Je ne comprends pas , je ne sais pas comment faire pour que des mécanismes fragiles puissent s'exprimer , si les élèves ne s'écoutent pas. Je ne sais pas comment faire pour que les élèves s'écoutent vraiment en gp classe.

EN PF:

Je crois bcp à l'individualisation / personnalisation ( mes élèves ont chac1 un PT indiv et travaillent en coop sur des fichiers collectifs). Ils coopèrent, s'aident, se demandent des conseils. C'est lent ( comme ils passent bcp de temps à aider les copains, ils n'avancent pas vite dans leurs PT) mais bien construit.

MAIS! je ne sais plus que croire de l'apport des moments collectifs (id est : La force du groupe) Tout simplement parce que les enfants ne veulent plus du groupe, le sentent trop grand, trop lourd, pesant...

Bon...

C'était: petites reflexions du matin!

A suivre

Bises à tous

Marie-Eve COLLARD-THIVILLIER

Merci pour toutes ces réactions,

Peut-être serait-il intéressant de les adjoindre, en commentaires, à la parution de mon topo de départ, sur le site ? (Bruno ? Doit-on demander l'accord à chaque intervenant ?)

Le secours de techniques de la Pédagogie Institutionnelle fait partie des aléas que j'évoque dans mon idée de trajectoire. J'en ai usé sans vergogne pendant deux ou trois années 'compliquées'.
La problématique est bien celle qu'évoque Laurent Ott.
On enlève le cadre et on se retrouve avec le terrain en friche !

J'ai fait le choix, à mon moment "tn", d'avoir recours à des outils d'institutionnalisation.
Le postulat : "Ces mômes manquent de structures, la PI peut les aider."
L'écueil : en ce cas, les techniques de PI servent de béquilles. Les petites roues du vélo. A cette différence près qu'on agit sur un groupe non figé (avantage du multi-niveaux), non sur un individu. Un individu, au bout d'un moment, il n'a plus besoin des béquilles, des petites roues. Avec un groupe perpétuellement renouvelé, comment lâcher les béquilles ? On se retrouve piégé, enfermé dans un fonctionnement encore plus contraint qu'avant.
Mais on aura aidé des mômes à se structurer et à s'intégrer à la suite d'un cursus qui est loin d'être une promesse d'épanouissement mais qui va de pair, aujourd'hui encore plus qu'hier, avec une certaine survie sociale. Cornélien.
Le pari : celui de Laurent. On dénonce le cadre. C'est lui qui est pathogène. Direct à la friche ! Yapuka. Lui, Laurent, il en a eu le culot. Et ça marche !
Paul Le Bohec a toujours soutenu que, lorsqu'on a réussi à faire goûter les mômes à la création personnelle, intime, vraie, en s'intéressant sincèrement à leur éclosion de petits humains, il n'est plus nécessaire de s'ingénier à construire du cadre pour réussir à les tirer vers l'avant. Il dit qu'à partir de ce moment-là, on n'a plus à tirer, tellement on court derrière eux, dans leur boulimie d'apprendre et de créer.

... La voie du milieu ?

Phil

Le Mercredi 13 avril 2016 11h20, Philippe Gilg <philippe.gilg@ic

Bonjour à tous
Je crois que l'essentiel est non seulement invisible pour les yeux (comme dirait l'Autre) mais surtout dans le CHEMIN pour y arriver.
On a encore parler beaucoup en réunion régionale hier, et avant-hier en Salon avec des personnes intéressées (mais pas encore trop "pratiquantes" avec la PF)
"Je suis fière car je réalise que j'en fais sans le savoir" pouvait-on entendre après la plénière de François Le Ménahèze - un grand merci encore François de ta venue et de l'excellente présentation de ce qu'est la PF - MAIS je crois que cette prof des z'écoles pensait en termes d'outils qu'elle pratiquait ("je fais un quoi de neuf ?", "les élèves ont un objectif de travail" mais pas en terme de VECU pour atteindre cet objectif. Le fait qu'un enfant y arrive ou pas n'est la plus important, c'est le CHEMIN emprunté, questionné, mis en question qui me semble l'essence même de la PF.
Pour prendre un autre exemple, c'est comme en CREATION MATHS : le plus important/intéressant ce n'est pas ce qui est produit par l'élève (même si en soi c'est un cadeau, un signe de "j'ose montrer aux autres") mais bien ce que le groupe qui va en faire, avec des conclusions ... ou pas. C'est bien le questionnement, le tâtonnement, les trouvailles plus ou moins farfelues, les notions le plus souvent inattendues qui vont en ressortir, etc etc. On a fait vivre à des groupes d'adultes des créa maths et on voit bien que les limites et les contraintes c'est NOUS qui les mettons, aveuglés que nous sommes par des "j'y arrive pas", "ça veut rien dire ce que je fais", "mais c'est quoi l'exercice et le notion derrière" que l'on entend inévitablement quand on propose cet outil pour la première fois (enfant et je dirais même "bon" élève ou adul! te d'ailleurs).
Donc mettons nous à l'écart et regardons comment ça prend ... ou pas, plutôt que de tout miser sur la réussite ... qui est souvent un échec qu'on ne va même pas trop comprendre si on ne prend pas le temps de savoir pourquoi.
Pour la collègue qui parlait du parachute, c'est flagrant pour moi - et je dis pareil à chaque fois pour un film ECOLE & CINEMA - : si c'est la CONSOMMATION de l'objet ou du film, ça ne sert à rien. Par contre, si il y a un avant, SURTOUT un pendant, et un après, alors là ça prend un tout autre sens :)
Bien à vous tous
Philippe

"On naît « être individuel »,

"On naît « être individuel », mais ce n’est que progressivement que l’on devient « être social ». Et cela se passe vers neuf ans."

C'est évidemment une erreur totale; le moi ne naît que sur fond d'un groupe familial et social qui le précède.

l'individu est un mythe , une illusion reconstruite secondairement , dont l'adoption implique l'oubli des conditions de son émergence (qui sont toujours du côté du collectif)

Monique Quertier a écrit :

Une autre façon de voir :

Destiné à ceux qui se posent des questions

Destiné à ceux qui se posent des questions.
Cela ne saurait concerner ceux qui ont un système d’enseignement bien en place. Ils n’ont aucune raison d’en changer.
Mais certains ne sont pas tout à fait contents de ce qu’ils font, bien que tous leurs proches copains le soient. Ils trouvent que ça ne fonctionne pas juste, que « ça branle dans le manche », comme on disait autrefois.
Alors, je me permets de leur proposer une piste de réflexion : celle de l’accès à la prise en compte du monde extérieur. On naît « être individuel », mais ce n’est que progressivement que l’on devient « être social ». Et cela se passe vers neuf ans.
À mon point de vue, cette idée n’a jamais été réellement prise en compte à l’ICEM. Il faut dire que dans les classes uniques, on ne pouvait s’en apercevoir parce que les choses se passent en douceur, sans que personne s’en aperçoive. Mais un jour je suis allé travailler dans le CE2 de Pierrick qui avait un cycle 3. Et nous étions d’accord sur le fait que Clément, Lancelot, Faatema avaient franchi le seuil tandis que Mathilde, Agnès, Marouane étaient encore des bébés pas encore sortis de leur égocentrisme.
Si cette idée de l’accession progressive au monde extérieur était confirmée, cela aurait de graves conséquences. Par exemple, cela remettrait en cause la pédagogie institutionnelle dans les petites classes, et les ateliers de philo, le conseil etc. Pas encore assez de maturité pour cela. La pédagogie Freinet a toujours fonctionné sous quatre dominantes : l’expression-création, la communication, l’organisation coopérative de la classe et l’étude de l’environnement. Pour moi, elles sont à hiérarchiser dans le temps.
Évidemment, pour beaucoup, pas question de remettre en cause ce qui marche si bien à leurs yeux. Bon, laissons-les dans leurs certitudes. C’est déjà d’ailleurs pas mal d’avoir une base de travail solide.
Mais il y a une question qui devrait venir à l’esprit : « Quand on fait cela, on ne fait pas autre chose. Et si c’était autre chose qu’il fallait faire ? »
Mais quand on est dans un bon groupe de copains unis dans leurs conceptions, on n’ose pas, on n’est même pas tenté de jouer au déviant. Il faut des rencontres, des circonstances, pour être amené à se poser la question : « Et si, moi, je laissais les enfants en friches ? »
Mais comment le savoir si on n’a aucune expérience de l’élan formidable qui habite les gosses quand ils sont vraiment dans les conditions d’une expression-création généralisée. Ils sont créatifs, géniaux et ils règlent des problèmes récurrents qui les empêchaient d’avancer comme en témoignent déjà d’assez nombreuses expériences. Et, en plus, ils apprennent davantage parce qu’ils travaillent dans la complexité. Et l’on sait que « le chemin le plus rapide d’un point à un autre, c’est la ligne brisée si on court dessus à toute vitesse au lieu de se laisser tirer, à plat ventre, comme un éléphant de mer, sur la ligne droite ».
En fait, il me semble – mais je pourrais avoir raison – que, dans la société d’aujourd’hui, il est inconcevable de ne pas donner les paroles aux enfants. Paul.

Paul Le Bohec, extrait d’un échange sur la liste de l’ICEM, Août 2008

Le 13/04/2016 11:02, jean-noel.even[arobase]laposte.net a écrit :
Bonjour Marie-Eve,

Le n° 224 d'octobre 2015 du Nouvel Éducateur parle beaucoup de pédagogie institutionnelle. Nul doute que tu trouveras des pistes intéressantes, des adresses utiles, des témoignages passionnants dedans. Il est super bien fait, comme tous les Nouvel Éducateur d'ailleurs. Bon évidemment, ça fait beaucoup de pavés à lire (les articles qui essayent souvent de dire le plus possible dans le moins de place possible) mais quelle richesse ! Un outil formidable, on ne le dira jamais assez.
Tu peux le trouver sur le site de l'ICEM.
Bonne journée.
JNo

De: "marie-eve.thivillier"

Bonjour à tous, Merci de tous ces beaux échanges qui me font chaud au coeur!

Oui, j'étais un peu triste en rentrant de la sortie - classe au Parc. Maisàvous lire, je revis le film de cette journée autrement et vois le positif

parce que OUI! Il y a des enfants -fleurs dans la classe. Je pense à Norah qui m'a demandé: "Tu as du scotch? je vais tout coller sur mn bloc. On fera un herbier!" A Eloi qui est toujours en dehors, souvent en conflit, submergé par ses émotions et qui soudain s'est rappelé que son métier c'est: photographe. "M, tu as pensé à l'appareil-photo?"Je l'avais. Alors il a mitraillé, et m'a même parfois demandé des conseils (je suis pas trop près? trop loin?) A Kenzho qui s'est intallé dans la cabane en bois et l'a transformée en "cabane du Quick" ( explication: A st-Etienne les hamburgers sont Quick plutot que McDo, pace que Quick c'est Casino; l'entreprise phare de la ville) A la fenêtre de la cabane, il prenait les commandes et calculait sur son bloc. Et faisait participer les copains!

parce que OUI! Les élèves ont tous vécu une journée superbe. Rencontrer la nature c'est une superbe, nouvelle, incroyable aventure pour la plupart d'entre eux. Ce qui me pose question chque fois que nous sortons "en campagne"? Moi qui ai grandi en ville, mais grâce à un monde paysan, dans une liberté immense par rapport à la nature , aux voisins , au village , au quartier de ma ville, au parc public , sans télévision... je suis tj étonnée de voir comme les enfants sont étonnés, réjouis, joyeux d'être en pleine nature.

On enlève le cadre et on se retrouve avec le terrain en friche ! L OTT

OUI! Je leur aiproposé un espace de liberté et ils se sont lancés.

Il me reste que je me questionne tj sur ces enfants qui ne jouent qu'à la guerre. Pour eux, il s'agit de gagner; réussir; avoir le pouvoir. Seul contre tous. Est-ce leur monde virtuel video qui les y emmène?Notre monde actuel ? (voir: les "champions" de foot et autres?) NON! Souvenons-nous de la "Guerre des boutons" (mais, c'était de la coop: un groupe contre un autre groupe)

En écrivant cela, je pense à 2 élèves qui ont passé leur journée à la bagarre et avec lesquels j'ai dû redire les règles sans cesse et jouer au gendarme( Maîtresse, mais si je lui lance une pomme de pin, c'est pas un caillou?)

Il me reste aussi que je me questionne aussi, évidemment sur ma capacité à gérer le groupe, une cohésion, en bref: la coopération!

Je vous remercie de vos pistes sur la PI. Il nous reste 2 mois: mai - juin. Les élèves sont tous lecteurs ( certains CP bien meilleurs lecteurs que les CE1. Vive la MNLE) J'ai bien envie de profiter de ces 2 mois pour que les élèves se lancent dans de magnifiques prjets. Fini le carcan des programmes.

Il faut arriver à passer outre les représentations de l'apprentissage et surtout de la réussite JNOel

Bonne journée à tous, A vous lire

Marie-Eve COLLARD-THIVILLIER

PS: Sur le site ICEM, je n'ai pas trouvé gd chose sur la PI. QQ'1 a-t-il des pistes sur Net?

De : jean-noel.even[arobase]laposte.net

>
>
Je suis aussi totalement d'accord, pour l'avoir vécu, avec Paul Le Bohec. Néanmoins ce n'est pas aisé de se libérer, enfermés que nous sommes dans des représentations. Je parle là des jeunes et des vieux. Il faut arriver à passer outre les représentations de l'apprentissage et surtout de la réussite. Qu'est ce que la réussite ? Parfois les outils de l'institutionnalisation aident, parfois c'est l'empathie, parfois le coup de gueule, parfois je n'en sais fichtre rien, peut être juste et surement l'intérêt. L'intérêt et la curiosité ?
>
Je suis intéressé et curieux de vous lire.
>

Comment je vois la PF

Ce que j’ai compris de la pédagogie Freinet c’est qu’elle était le germe d’un choix de société émancipateur et, comme tu le dis, qu’elle aboutit à organiser le temps et l’espace pour que les apprentissages se fassent par la méthode naturelle (au sens : expression-création au sein d’un groupe positif). Elle n’a que faire des programmes et des évaluations.

Pour moi, la pédagogie Freinet est une méthode éducative idéale (idéaliste ?), qui s’adresse aux jeunes jusqu’à la fin de l’enseignement obligatoire (on peut débattre de l’âge de la fin de l’enseignement obligatoire, 14 ans, 15 ans, 18 ans ? je pense que ce n’est pas évident). Mais elle est très difficile à pratiquer dans le système éducatif actuel (pour ma part, j’ai fait quelques essais sans résultat vraiment satisfaisant et je cherche encore), c’est pourquoi elle y est toujours marginale.

Elle favorise les démarches réflexives individuelles (ce qu’on peut appeler « l’étude » il me semble) mais ne repose pas sur le développement de ces démarches. C’est en cela, je pense, qu’elle convient bien plus à la période de formation initiale des jeunes qu’à la période de formation qu’on pourrait dire spécialisée ou professionnelle. Elle peut être adaptée aussi je pense à l’éducation populaire (que je vois comme une sorte de formation permanente des citoyens par eux-mêmes) à condition de modifier le rôle du maître.
Xavier Fleury