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Le voleur de banque, le mignon gourmand, le boucher et le loup

Dans :  Arts › Principes pédagogiques › 


Revue CréAtions en ligne n° 231 "Narrations"
annoncée dans le Nouvel Éducateur n°231 - Publication : février 2017

Classe de CE2-CM1, École élémentaire Montesquieu, Pessac (Gironde) - Enseignante : Marguerite Gomez

 


Le voleur de banque, le mignon gourmand,

 

le boucher et le loup

La langue fondatrice

La question de la langue me semble essentielle dans l'appropriation des savoirs, dans l’accès aux apprentissages pour les élèves de ma classe en zone urbaine dite très sensible.
Mes questions sont nombreuses et se bousculent : la langue française en tant que langue seconde, le passage à l’écrit souvent difficile, la langue française considérée comme un sujet à étudier pour lequel on aurait fait l’économie de la parole. La nécessité de la maitrise du français est, tout au long de la scolarité, un critère puissant de sélection scolaire.

Alors dans le quotidien de ma classe, comment aider mes élèves à s’approprier le français ?
La nécessité de la reconnaissance de leur langue d’origine s’est posée peu à peu dans la classe.

Voici une réponse pédagogique dans le cadre de ma classe pour faire vivre cette reconnaissance en CE1/CE2.

Castelet d'ombre et cinéma : un petit film multilingue

La réalisation de ce film se déroule sur plusieurs séances, en allers-retours entre groupe-classe et petits groupes.

Je propose à l'un d'eux de faire vivre leurs textes personnels à l’aide d’un castelet d’ombres, créé à la suite de la découverte du film de Michel Ocelot : Princes et princesses.
Il est difficile pour le groupe de se mettre d’accord sur le choix d’un texte.
Plutôt que de voter, Nadia a une idée : « On pourrait choisir un personnage de texte libre de chaque élève pour faire l’histoire. »
Aussitôt dit, aussitôt fait, tous dessinent et découpent leur personnage en carton. Chacun tient à colorier sa silhouette.

Une fois les personnages prêts, les enfants veulent raconter l’histoire tout de suite sous la lumière du vieux projecteur de diapositives.
L’histoire nait toute seule à l’aide des marottes dans la jubilation du travail spontané.
Les enfants s’organisent et se répondent dans une cohérence immédiate. Ils créent un dialogue en forme de ritournelle entre le voleur de banque et les autres personnages à la manière de contes en randonnée : La Petite Poule Rousse ou des histoires construites en accumulation comme Le petit cochon qui ne voulait pas rentrer.
Je prends quelques notes à toute vitesse :

- Bonjour.

- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Non, je n’ai que de la viande rouge.
- Donne-moi ta viande rouge, boucher !
-… Mais il me faut trois jours. D’abord il faut que vous partiez et vous reviendrez dans trois jours, elle sera prête.
- … car je suis le loup !

Nous sommes tous ravis de cette séance. Avant de nous quitter, Nadia propose : « Et on pourrait la dire dans toutes les langues ! ». L’idée est lancée, je la rappelle au groupe-classe au moment du bilan de la journée. Les doigts se lèvent, enthousiastes. Je demande : « Qui pourra la raconter dans une autre langue ? ». Les enfants sont plus timides et certains même pouffent de rire, un peu de honte. Je les encourage.
Kanto pourra la dire en malgache, Adama en peul, Ediz et Berrin en turc. Rui comprend le portugais et pourra la dire un peu. Trois enfants sont très hésitants et ne savent pas s’ils pourront la dire en arabe.

 

 "Narrations"
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