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Les chemins de l'émancipation - Éditorial

Le Nouvel Educateur n° 233, juin 2017

L’éducation émancipatrice, inaccessible rêve pédagogique ?

Un nouveau gouvernement est nommé, mais les chemins de l’émancipation sont toujours inaccessibles pour une grande partie des enfants.

L’Éducation n’est pas une priorité pour ce nouveau gouvernement – malgré les discours d’Emmanuel Macron –, le ministère de l’Éducation nationale rétrograde du deuxième au onzième rang. Pas de ministère de la Jeunesse, préoccupation sans doute bien cachée dans d’autres ministères, l’éducation populaire est invisible…

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, préfère d’autres chemins…

– Celui du retour aux fondamentaux, concentrés sur le « lire, écrire, calculer ».

Les mathématiques et le français pourront ainsi représenter 20 h sur les 24 h actuelles d’enseignement. Dans les CP dédoublés en REP+, les enfants ne pratiqueront que ces fondamentaux… et même en maternelle, où l’étude du vocabulaire pourra l’emporter sur les temps de création, d’expression, surtout dans les milieux dits populaires. Et pas de n’importe quelle manière, Bentolila, Dehaène seront de bons conseils… sans oublier les travaux de l’Institut Montaigne qui a porté Cécile Alvarez, entre autres.

Rien sur la compréhension du monde, sur la complexité et l’articulation des savoirs, qu’ils soient historiques, géographiques, écologiques, sociologiques, économiques, juridiques, démocratiques… On leur préfère les règles et les petits résumés appris par cœur, les longues séries d’exercices tout juste bons pour réussir une évaluation, voire un examen, mais certainement pas pour prendre place dans la société, sortir de l’entre-soi et voir ce qui nous entoure comme des objets et des sujets de connaissance.

– Celui qui évite les pédagogues.

Les « pédagogistes », comme le ministre les nomme, sont trop « enclins à voir dans l’enfant un petit roi qui construit son savoir » et sont responsables des « innovations » comme celles de la méthode globale et des mathématiques modernes, des « errements » qui ont eu des effets négatifs « profonds et durables » sur les résultats de l’École !

– Celui de l’autorité.

Celle des enseignants sur les élèves et les parents : la coéducation, la participation démocratique de tous les acteurs éducatifs ne sont plus vraiment à l’ordre du jour. Quant à la Convention internationale des droits de l’enfant, il sera plutôt question de leurs devoirs envers les adultes !

Mais aussi celle du chef d’établissement et du directeur de l’école sur les enseignants, renforcée par le développement de l’autonomie des établissements  et le pilotage par l’évaluation.

– Celui des parcours séparés.

Personne ne doit avoir du « retard » en mathématiques et en français en entrant en sixième. Une évaluation puis une remise à niveau sont préconisées, mais comment ? Une année supplémentaire en primaire, une année de remise à niveau au collège ?

Pendant que certains étudieront l’allemand, les langues anciennes, d’autres auront-ils des heures de soutien, de récupération ?

Si le collège reste un espace commun, comme chacun a des compétences différentes, le ministre  souhaite séparer les enfants pour rentabiliser leur temps d’étude. Chacun à sa place, soyons réalistes, les études longues ne sont pas pour tous les élèves, avec comme alibi : les intelligences multiples de l’enfant  !

– Celui de la compétition.

La réussite individuelle avec son lot de concurrences pour avoir la meilleure place a un bel avenir.

Plus l’enfant réussit ce que le système scolaire lui propose, plus on le nourrit, et ainsi s’ouvriront pour lui les meilleures filières et les meilleurs lycées ! L’excellence pour ceux qui le méritent ou qui en héritent ! Tant pis pour les autres…

Les chemins proposés par le mouvement Freinet visent l’émancipation de chacun dans une société humaniste et coopérative où les droits de l’Homme et de l’enfant ne sont pas des objets historiques.

L’école est fille et mère de la société, les enfants d’aujourd’hui sont les hommes et les femmes de demain, nous comptons sur eux !

Catherine Chabrun

Et pour ne surtout pas conclure ...

Bonjour,
Parmi les nombreuses remarques que m'inspire votre contribution, il y a celle qui concerne la façon dont il est possible d'entrer dans "la" classe pour inviter chacun des acteurs de l’École à développer une véritable pédagogie de la réflexivité.
Je suis formateur-intervenant en travail réflexif et explicitation et, vous l'aurez compris, je fais du retour sur Expérience un axe de travail absolument important.
Un fil conducteur pour moi : qu'est-ce que ce que je fais / j'ai fait, m'apprends ?
Je conduis des groupes d'analyse des pratiques professionnelles avec des enseignants, avec des futurs travailleurs sociaux et au sein de divers établissements sociaux et médico-sociaux.
Au delà des contenus, des connaissances, c'est bien davantage pour moi l'engagement dans le processus du travail réflexif sur les situations vécues qui me paraît déterminant, en ce qu'il offre des possibilités fortes de développer / renforcer le pouvoir d'agir (d'action) sur (en) les situations.
Proposer à l'Autre, et je pense ici tout particulièrement à l'élève / enfant / Personne, des situations qui confirment sa place d'acteur / auteur / Sujet.
Mais comment entrer dans "la" classe ... ??
Je vous remercie de la possibilité que vous m'avez offerte ici de faire de moi l'auteur / acteur / Sujet de ce court écrit.
Bien cordialement.

Samuel Wrobel
Formateur-intervenant en travail réflexif et explicitation
Tél : 0610142730