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Livres détournés

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CréAtions "Témoignages en liberté"

Marie Schenck, plasticienne, animatrice culturelle à la M.J.C. d’Uzès (Gard), Sylvain Schenck, Enseignant : classe de CE2/CM1 de Montaren (Gard) et participants interviewés par Christiane Nicolas

 

 

Livres détournés

Marie Shenck se définit comme « secouriste de vieux livres ».
Elle sauve de la benne à papier cent cinquante exemplaires d’une même série d'ouvrages reliés cuir datant du tout début du XXe et décide d’en faire la matière première d'une démarche artistique. Pour ce faire, elle propose à un public de tous âges et de tous horizons, de venir récupérer un volume, de le détourner pour réaliser une création originale en utilisant le livre comme matière première. Ressuscités, ils deviendront alors "matériaux de construction, objets dotés de plasticité, supports de rêverie".

« J’ai rencontré Jean Claude, bouquiniste à Uzès. Il changeait de local, passait d’un lieu très grand à un lieu très petit et il a donc a été obligé de se débarrasser de beaucoup d’ouvrages. J’ai récupéré une centaine de livres reliés cuir de la « Revue des Deux Mondes » absolument magnifiques et j’ai décidé de les distribuer autour de moi à mes connaissances, certains artistes, d’autres non, en leur proposant d'en faire une production artistique à remettre quelques mois plus tard. Quarante personnes sont venues retirer un volume.
Je n'ai posé aucune contrainte. Je n'avais aucun a priori et aucune idée des rendus, ni de la dimension des réalisations ; j’avais un peu peur d’avoir des choses monumentales et difficilement transportables.
Encouragée et soutenue dans cette démarche par la M.J.C. d’Uzès qui m’a laissé carte blanche sur ce projet, je me réjouis de cette confiance donnée aux participants : les productions reçues sont toutes originales. Visiblement les gens ont consacré du temps à leur création et y ont pris plaisir. »


Quelques témoignages de personnes qui ont participé au projet expliquent la naissance de leur œuvre.

François : « Livre de prières »

« J’ai mis du temps à me décider quand j’ai vu le projet lancé par Marie Schenck . On avait donc le livre à la maison. Il est resté longtemps immobile sans que l’idée jaillisse. Lors d’une journée portes ouvertes au lycée Guynemer (lycée des métier d’arts d’Uzès), je découvre parmi les objets en vente des choses étonnantes : deux livres en marbre. Ils me donnent envie de transformer le livre que j’avais en le plâtrant, pour effectivement le fermer et en faire quelque chose de rigide. Il m’est venu avec l’idée de pierre et l’idée de livre - qui était un beau livre broché noir- de faire un petit jeu de mot « est-ce que c’est un livre de pierre ou est-ce que c’est un livre de prière ? » et donc sur la page de garde du livre figurent cette question : "livre de…" et puis les lettres en désordre qui permettent au lecteur - si on peut dire, le livre est plâtré il ne peut pas l’ouvrir - de choisir la destination qu’il lui donne. »

 

 


Denis :  « Sable »

 « Je n'ai aucune compétence plastique donc la seule façon de m’en tirer était d’utiliser ce que je sais faire : écrire. Comme je commençais un nouveau roman, je suis parti sur cette idée : un fac-similé, remplacer les premières pages du livre par mon propre texte. Chance extraordinaire, je possédais des feuilles de vieux papier quasiment identiques à celui du volume.
Un peu de recherche de mise en page, l’affaire était jouée. Peu de personnes ont remarqué ce tour de passe-passe lors de l’exposition. »

Christiane :  « Arbonaissance »

« Ce volume m’intriguait. Très vite j’ai laissé tombé l’écrit lui-même, le sens du texte, cette compilation d’articles assez disparates m’intéressant peu. Par contre l’objet lui-même me plaisait, sa texture, sa douceur, sa couleur un peu passée. En le tournant et retournant entre mes mains, j’ai imaginé le voyage parcouru par ces feuillets, jusqu’à leur naissance au fond d’une forêt. Je me suis demandée comment accorder une reconnaissance à ces arbres sacrifiés.
Lorsque mon ami m’a rapporté une branche, amandier miniature, je me suis lancée : livre tu retourneras à la nature. Je décidai de faire échapper les pages de leur carcan de cuir et de recréer un tronc, des branches, des feuilles. Un peu de colle à tapisserie, de l’encre vert clair pour la vie, « Arbonaissance » est né !
Le plus difficile pour moi a été de déchirer la première page. Ce beau livre relié m’intimidait. Il fallait franchir un tabou et passer à l’acte. Après, tout n’a été que bonheur, libération et pas mal de patience aussi ! »

 

 

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