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Revue en ligne CréAtions n°187 "MACHINES"
annoncée dans le Nouvel  Éducateur n°187 - Parution : avril 2008

 

Édito : Penseurs et rêveurs de Machines

Penseurs et rêveurs de Machines


« Je me promenais souvent dans ma jeunesse dans les rues du vieux Rouen. Je vis un jour dans une vitrine une véritable broyeuse de chocolat en action et ce spectacle me fascina tellement que je pris cette machine comme point de départ. » (Marcel Duchamp)
Ce numéro de CréAtions retrace le parcours d’enfants, de classes et celui d’un artiste en particulier : Joël Thépault (Monsieur T.).
Tous partagent de près ou de loin la volonté de « prendre possession » des choses et du monde, par la connaissance et l’analyse. Qu’il s’agisse du démontage, de l’observation fouillée de machines et d’objets ou de la réflexion collective menée par exemple en cours de Philosophie sur la notion de progrès, il importe de comprendre et par-là même de se transformer soi-même, en faisant évoluer ses représentations sur la machine.
Mais à des degrés divers, cette transformation s’accompagne immanquablement d’un second mouvement propre à recréer, à repenser et à rêver la machine pour changer le monde : dans un but poétique, mais aussi parfois dans un but revendicatif et critique du mode de vie occidental, marqué par la mécanisation à outrance et par ses répercussions profondes sur le statut du corps, sur la place accordée à la nature et sur le rapport entre technologie et progrès.
Les productions présentées ici pointent précisément cette ambivalence de l’image de la machine. D’un côté, une image positive de la machine comme facilitant le travail de l’homme et qui l’encourage à explorer et à créer des machines toujours plus performantes, innovantes et génératrices de progrès. D’un autre côté, une image négative : la machine « rend esclave, enchaîne, enferme, robotise les corps, exploite l’homme et le réduit à un objet », la machine « piétine la terre », la « gave de déchets » et la mutile ( cf. « Le progrès dans l’œil du poète »), au nom d’un pseudo confort, jusqu’à devenir machine de guerre et de mort. Pourtant, cette image négative est alors presque aussitôt corrigée par l’imagination et la création de machines bienfaitrices mises au service d’un idéal positif prenant le contre-pied du progrès technologique. Le nom de certaines machines est très évocateur de cette volonté de panser les plaies causées par la mécanisation généralisée :
-la machine qui guérit : « le bonhomme à respirer »,
-la machine qui socialise et développe l’harmonie entre les êtres : « la fabrique des cœurs »,
-la machine qui délivre et conduit à l’évasion : « la machine à faire le tour du monde en trois souffles »,
-les machines génératrices de douceurs : « la fabrique de tartines géantes », « la machine à fabriquer des bonbons », « l’alambic à sucettes »,
sans oublier les machines « décalées et grinçantes » de Monsieur T., qui font voir les choses autrement, font rêver, surprennent, émeuvent, bouleversent l’ordre établi, par leurs caractères dérisoire, insolite et inutile.
A l’utilité des machines réelles s’oppose dès lors l’inutilité toute aussi vitale de ces machines issues de l’imagination, le plus souvent fabriquées au moyen d’objets abandonnés auxquels l’artiste « redonne la parole» ; des machines aux fonctions inédites et insolites, tout entières vouées à la rêverie et à la dérision, comme « le piège à oiseaux », « la machine à faire venir le soleil », « la machines à avaler les requins », ou comme cette machine de Monsieur T., qui condamne « une chauve-souris à danser sur l’air d’une boîte à musique dans les pages d’un dictionnaire », etc.
Au fil de la lecture, on s’aperçoit combien le thème de la machine constitue une source inépuisable d’inspiration pour les petits comme pour les grands. Et pour les élèves, on note que l’exploration de ce thème nourrit, de la maternelle jusqu’au lycée, la plupart des domaines d’apprentissage, par exemple : l’expression corporelle avec les machines corporelles, la lecture avec la machine à fabriquer les prénoms de Mattéo, la poésie et la philosophie en classe de terminale, l’éducation à l’image avec les machines du Monde mécanique de Cerise, l’étude du vivant avec Le bonhomme à respirer, sans oublier les fonctions mathématiques (cf. CréAtions n°125 Art et maths, cf. site Icem).


CréAtions

 

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