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Congrès Strasbourg : conférence "Improvisation libre et Méthode naturelle"

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Patrick Laurenceau fait un historique de l'improvisation musicale dans le mouvement Freinet.

Freinet fait tout d'abord le constat de la faillite de l'enseignement scolastique de la musique.

Pour répondre à la masse des instituteurs, il définit un certain nombre de buts et de moyens :
·partir de l'expérience et de la vie, en aucun cas de la règle
·exploiter au maximum le besoin naturel de l'enfant de chanter et de faire de la musique
·exploiter son besoin d'expression en mouvement
·utiliser des instruments de musique mais aussi des objets quotidiens ou des instruments construits en classe
L'ariel est un exemple d'instrument fabriqué.
Au fil des ans, le chant libre s'est développé dans les classes Freinet. L'improvisation libre sur instruments s'est développée plus tard, dans les années 70.
 
Alain Savouret présente sa démarche d'enseignant en Improvisation musical, et compositeur
 
Alain Savouret a créé cette classe d'improvisation un peu pour les mêmes raisons que Freinet.
Il explique que Muzzoni, grand pianiste, disait lui-même : « L'avenir de la musique est ruiné par nos instruments de musique », notamment par le fait que ces instruments classiques figent les modes musicaux (Do Ré Mi Fa Sol, mode majeur, mode mineur, etc). L'ariel est, de ce point de vue, un instrument novateur car il permet de sortir de ces modes, de créer ses propres modes.
 
Retour à la classe : dans les années 50, le solfège est incontournable. La classe a alors été créée pour introduire au conservatoire des expériences différentes (de ces normes induites par le solfège) qu'Alain Savouret avait vécues en musique contemporaine (Pierre Schaeffer notamment).
Dans cette classe, l'improvisation libre a été l'outil principal : elle introduit une notion qui permet de s'éloigner des improvisations idiomatiques (impro jazz, impro dans un mode défini, etc).
Dans ces improvisations, on nie la notion de consigne, de temps (3 temps, 4 temps), de modes.
L'oreille va y prendre le pouvoir. On s'attache à « faire entendre ce qu'on entend plutôt que faire entendre ce que l'on fait ». Tout le corps participe à l'écoute.
L'intervallité est une notion fondamentale : ce qui est entre les « choses » est bien plus important que les « choses » elles-mêmes.
 
Savoir entendre / savoir faire
C'est une notion capitale : dans une première phase, on peut se passer des savoirs musicaux. Les apprenants sont mis de suite dans la situation de savoir entendre / savoir faire. On se met dans « l'être en train de » sans s'encombrer des savoirs qui peuvent être des freins à la libération d'énergie.
 
Création ou Invention
Créer, au sens orthodoxe du terme, c'est tirer quelque chose du néant, pour ensuite la fixer afin qu'elle soit reproduite.
L'invention, c'est découvrir quelque chose qui est déjà là.
En impro libre, on est en invention : le musicien va découvrir la musique qu'il a en lui, l'univers musical qu'il porte.
 
La loi de résonance
Quand des personnes hétérogènes font de la musique ensemble, elles passent par deux états :
·Un état d'instabilité, pendant lequel il y a des pistes et des voies différentes qui se confrontent.
·Un état de stabilité, quand il y a des besoins de faire la même musique (polyphonie généralisée), de profiter d'un moment dans l'improvisation pour créer un saut qualitatif. Dans cet état, la cohérence est d'autant plus forte que chaque musicien renforce son caractère propre et va chercher au plus profond de lui-même.
 
Imitation ou mimétisme
L'imitation est une photocopie alors que le mimétisme est une appropriation de ce qu'il y a d'essentiel dans ce qui est proposé.
En improvisation, le fait de faire une proposition complexe quand on lance une piste au groupe va permettre d'éviter la photocopie.
Cette proposition doit être suffisamment complexe pour que les participants ne puissent pas l'analyser (car le processus de photocopie commence par une analyse).
Face à la complexité, on ne peut plus analyser, on a une interprétation de ce qui paraît essentiel, on s'en nourrit, ce qui va permettre de s'engager dans une notion d'échange et non dans la répétition.
 
En improvisation, on « entre dans l'avenir à reculons » (citation de Paul Valéry), pour vivre intensément l'instant présent, tout comme on marche plus prudemment, pas à pas, lorsque l'on marche à reculons.
 
Dans un groupe hétérogène, (lecteurs /  non lecteurs / amateurs / professionnels réunis dans un même projet) c'est avec des stratégies de compartimentations qu'on peut aller le plus loin. Il  s'agit de renforcer chacun des groupes dans son propre projet. au moment de la mise en commun, chacune des "personnalités" est chargée à bloc de son propre être, on crée une situation intervalique forte qui permet l'apparition des étincelles qui permet que cela marche. Il est nécessaire à l'école d'avoir une connaissance approfondie de chacun des individus. On utilise l'accroissement quantitatif des sciences pour permettre le passage d'un état à l'autre : à un moment, les musiciens éprouvent le besoin d'être ensemble, qui permet la production naturelle d'un saut qualitatif.
 
 
La triple écoute
Pour l'écoute, on doit se placer dans la posture analytique.
Il semble exister trois types d'écoute :
·l'écoute microphonique : elle est née à partir du moment où les micros sont apparus. Comme un microscope, le micro nous permet d'entendre des sons que l'oreille n'a pas l'habitude d'entendre. Dans cette écoute, on va chercher le détail microscopique d'un son.
·l'écoute macrophonique : c'est notre écoute naturelle qui identifie (les pas, une porte qui se ferme) qui permet de nommer ce qui se passe.
·l'écoute mésophonique : une écoute à la fois spatiale et temporelle.(durée, forme, mélodie)
 
 
Voici un complément à ces notions, tiré du site web de l'Ariam, « Association Régionale d'Information et d'Actions Musicales en Ile-de-France » :
Dans les réflexions actuelles que nous avons dans la classe du Conservatoire, entre autres lieux de pratique, on pourrait avancer que nous effectuons sans cesse des sortes d’aller et retour entre des focales d’écoute différentes. Faisons l’hypothèse qu’il y a trois types d’écoutes : écoute microphonique, écoute mésophonique et écoute macrophonique. Alors comment les définir ? L’écoute microphonique, c’est utiliser son oreille comme un microphone tel que les musiciens concrets l’ont utilisée… c’est une écoute qui va chercher au plus près la matière. Notre oreille fait un « zoom avant » sur la matière sonore pour en saisir un instant, un bref fragment et agir à partir de ce fragment qui a été prélevé. Il y a aussi l’écoute mésophonique qui serait celle, je dirais, la plus habituelle, celle dont on se sert quand on est en relation avec d’autres, pour parler, pour échanger. Celle qui renvoie déjà à des phrases, qui renvoie à de l’énergie, énergie produite, à des gestes, celle qui s’apparente le plus à un discours. Je comprends une phrase, je comprends une espèce de message et je réagis par rapport à ça. Je ne m’intéresse pas à un fragment de matière pour développer mon propre discours, j’attends de comprendre ce qui est dit pour y réagir. Enfin un troisième type d’écoute qu’on pourrait dire macrophonique, qui inclurait tout ce qui est de l’ordre de la référence, tout ce qui est immédiatement identifiable par chacun… que cela vienne de sa culture « ordinaire », quotidienne ou de sa culture « cultivée ».

 

 Notes prises par Christophe Girard (GD 84)

 

 

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