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Éditorial Nouvel Éducateur n° 249

N°249

 Éditorial

En 1927, Freinet baptisa « journal » les feuillets qui venaient de sortir de la presse toute neuve de sa classe. Jusque là, il parlait de « livre de vie ». La mutation est significative, le journal sort de la classe et touche beaucoup plus d’autres écoles.
 
Ce n’est qu’en 1951 que Freinet crut que le journal pourrait bénéficier d’un tarif postal avantageux, mais il dut d’abord déchanter : le journal scolaire ne correspondait pas aux normes exigées par la Poste de l’époque. Ce tarif était « réservé aux organes d’information et de culture ». Ainsi donc, les productions enfantines n’étaient pas perçues après-guerre comme informatives et culturelles. « Il fallut pourtant des années pour obtenir, à condition de centraliser les demandes à l’ICEM, que les journaux des enfants soient considérés comme de vrais périodiques. » précise Michel Barré.
 
En installant l’imprimerie, Freinet avait bien conscience que cette démarche allait bouleverser l’atmosphère de sa classe et lui ouvrir des horizons peuplés d’échanges comme de découvertes. Il était persuadé que l’imprimerie allait couler la pensée de l’enfant dans le plomb et lui donner ses lettres de noblesse.
 
Certes, comme ce fut le cas d’ailleurs des autres techniques Freinet, le trinôme « texte libre-imprimerie-journal » évolua au fil du temps en se parant d’autres noms et en utilisant des technologies diverses. Mais derrière cette évolution des techniques, des formats et des fréquences d’édition (journal hebdomadaire ou quotidien, gerbes, blogs, traitement de texte, etc.), il est aisé de percevoir la permanence des principes : la prééminence de l’expression, la parole donnée aux élèves, l’ouverture aux autres, le respect des intérêts des auteurs, la communication, etc.
 
La période inédite de confinement que nous avons vécue ces derniers mois a même permis de réinventer le journal et, grâce aux technologies nouvelles, de continuer à produire des textes libres, des créations artistiques, des recherches mathématiques sans aller à l’école, de les partager de loin avec la classe, de les améliorer s’il le fallait. Le journal scolaire virtuel a encouragé la création, valorisé et partagé les productions de chacun, rendu compte des réunions virtuelles et, ainsi, entretenu le lien entre tous les acteurs, familles et correspondants y compris.
 
Le comité de rédaction