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Revue en ligne CréAtions n° 270 "Renc'Arts" École publique des Frères Chappe –Saint-Étienne (Loire) -Toutes et tous les enseignant·es |
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L'école-musée des Frères Chappe |
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Depuis 2016, l’école publique des Frères Chappe à Saint-Étienne se transforme en musée d’art contemporain. Le projet, initié par Jérémy Rousset, directeur de l’école maternelle, a enthousiasmé les collègues de l’école élémentaire.
Reka One
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| La fréquentation, dès le début de sa carrière, du groupe de l'ICEM-Pédagogie Freinet n’est pas pour rien dans cet engagement. J'y ai rencontré des collègues qui m'ont littéralement scotché par l'ambition qu'elles et ils portaient à leurs élèves, leur regard sur l'école et par la cohérence de leurs propositions pédagogiques. D'une certaine façon, je pense avoir compris à ce moment que la liberté pédagogique n'était pas une parole en l'air et que nous pouvions faire jouer à plein notre rôle de passeur culturel dans le cadre des programmes scolaires. | ||
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Dès 2013, les enseignant∙es "profitent" des compétences de deux parents d’élèves de leur école, Ella et Pitr, célèbre couple de Street art stéphanois. Un travail de sensibilisation à l’art est engagé, c’est le début de l’aventure. La culture pour tous et toutes, familiariser les élèves à l’art sont de véritables enjeux pour l’équipe enseignante. Si les élèves ne fréquentent ni musées, ni concerts, la culture viendra à elles et eux.
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Des artistes de notoriété internationale sont invité·es à investir les lieux pour rendre explicite le processus de création artistique. Depuis 2016, une soixantaine d’artistes est intervenue dans l’école et plus de cent trente œuvres sont exposées dans les couloirs, les salles de classe, le gymnase ou encore la cour de récréation. Il s’agit avant tout de permettre aux élèves de voir les artistes à l’œuvre, de les rencontrer, d’échanger avec elles et eux. |
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Jérémy Rousset témoigne dans le Café pédagogique : Une œuvre qui parle de colère ou d'amour, qui pose de grandes ou de petites questions percute inévitablement l'histoire de l'enfant qui les reçoit. C'est la beauté de l'art.
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Des projets de ce type mobilisent, à mon sens, des compétences de haut niveau. Apprendre à cerner les différents niveaux de lecture d'une œuvre, parvenir à se les approprier pour produire un travail artistique. S'engager dans un débat interprétatif et faire évoluer une opinion en s'enrichissant d'autres points de vue, les applications pédagogiques sont nombreuses et l'implication des élèves ne trompent pas, elles et ils prennent tout cela très au sérieux. |
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![]() Big Ben Ememem |
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Nous avions la volonté de développer une culture commune. Nous accueillons des élèves dont les cultures, les points de vue sur le monde sont très différents et c'est une grande richesse. Mais nous avions aussi besoin d'un creuset commun. La classe permet cela, ce projet permet de développer cette culture commune à l'échelle de l'école. … Pour tous et toutes, la préparation en amont est essentielle, il faut créer de l'attente, affuter l'œil des élèves pour qu'ils sachent où regarder quand l'artiste arrivera. Parler de sa technique, des invariants de son travail. On observe ensuite l'artiste à plusieurs moments lorsqu'il crée et les élèves peuvent l'interpeller pendant et après. Les échanges sont essentiels. |
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Joëlle Jolivet & Jérome Mesnager Pantonio |
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| Enfin, avant ou après cette intervention, les enfants créent. Sans singer l'artiste, mais en suivant une contrainte technique que l'artiste met en jeu. […] Nous choisissons les artistes avec beaucoup de soin. Soit parce que leur technique, leur esthétique sera percutante dans le regard d'un enfant, soit parce que le propos artistique qu'ils développent est original. Le lien avec la culture classique est régulier. Comme en littérature, les liens entre les œuvres sont faciles à tisser et on peut plonger dans l'histoire de l'art pour faire résonner les œuvres que nous avons sous les yeux. Par exemple, récemment, Kashink a réalisé le portrait d'une femme dans la cour de récréation. Les échanges avec les élèves ont achoppé sur la représentation des femmes chez Ingres, à travers La grande Odalisque … | ||
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La collaboration avec Antoine Repessé, photographe a eu des effets percutants. |
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La confrontation avec les artistes et leurs œuvres porte ses fruits. Lors des visites au Musée d’Art Moderne, les enseignant·es notent des changements dans le comportement des élèves, le regard porté sur les œuvres. Enfants et adultes se sentent plus à l’aise au musée. Il est difficile de le mesurer objectivement sans outil scientifique mais les médiateurs et médiatrices culturel·les du musée d'art moderne - que nous visitons régulièrement - semblent dire que les élèves affirment plus volontiers leur point de vue sur les œuvres. Les collégien·nes qui ont fréquenté l'école nous parlent souvent du projet avec nostalgie, on les sent attaché·es aux œuvres. Certaines ont d'ailleurs dû être effacées pour permettre des travaux : nous avons eu des retours hérissés de leur part ! |
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| Enfin des classes viennent visiter l’école et celle-ci ouvre ses portes une fois par an au public pour les journées du patrimoine. Ce sont les élèves qui préparent et guident la visite. | ||
![]() Oak Oak Romain Froquet |
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![]() Judith Chomel |
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![]() Biancoschok Hazul |
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| Les passages en italique sont les propos de Jérémy Rousset interviewé par Lilia Ben Hamouda dans un article publié sur le site du Café pédagogique le 1er décembre 2021. Vous trouverez plus d'informations sur le Street art dans la BTJ n°581 que vous pouvez vous procurer ici : https://www.icem-vente-en-ligne.org/node/319 |
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Arts des villes, arts des champs![]() |
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