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Septembre 1997

Les exclus du Quart-monde en France : qu’est-ce que le Quart-Monde? Comment expliquer la grande pauvreté en France ? Chiffres et définitions
 

"Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré"

Texte inscrit sur la Dalle du Trocadéro à Paris

 

Les origines du mot "Quart-Monde"1

Sous la Révolution de 1789, parmi ceux qui tentaient de défendre le droit des pauvres, le député Dufourny de Villiers voulut faire entendre la voix des infortunés et des vagabonds.
Afin que les États-Généraux tiennent compte de la population non reconnue dans les ordres établis (Clergé, Noblesse, Tiers-Etat), il écrivit les Cahiers du Quatrième Ordre.

A partir des expressions "Quatrième Ordre" et "Tiers-Monde", Joseph Wresinski, fondateur (en 1960) du mouvement "Aide à Toute Détresse" créa le mot "Quart-Monde" pour donner une identité à un peuple debout, pour lui pour permettre d'échapper à  la misère et de retrouver sa dignité.    

1- Malgré l'usage qui en est fait le plus couramment aujourd'hui, ce n'est pas un nouveau mot pour désigner les très pauvres des temps modernes.


Qui sont les plus pauvres ?

Il s'agit des gens situés au plus bas de "l'échelle sociale", qui subissent sur tous les plans à la fois les effets des injustices et des inégalités (logement, santé, travail, revenus, instruction).

C'est un monde d'exclus, trop souvent considérés comme "irrécupérables" et condamnés à vivre dans la misère.

A cette population qui a un passé d'extrême pauvreté depuis plusieurs générations, il convient d'ajouter les victimes du chômage dû aux nouvelles structures économiques, aux transformations des milieux industriels, agricoles, à la modernisation de la pêche.
Il y a également des nomades réduits à la vie sédentaire sans moyens d'existence, des petits artisans et des commerçants qui ne sont plus "dans la course", et de plus en plus de familles d'origine étrangère, et ceux qui subissent une "cassure" dans une vie jusque là normale (divorce, déménagement, changement d'emploi...)     

Une misère "héréditaire"

"J'ai à peine connu mes parents, mon père buvait, je n'ai pas été élevée chez eux. J'ai été placée tout petite dans une famille très bonne qui a accueilli aussi mon petit frère. J'ai d'autres frères que je ne connais pas. Puis, l'assistante sociale à qui je ne pardonne pas, m'a confiée à d'autres parents nourriciers méchants. Je me sauvais pour retourner chez les autres. Toujours on me ramenait où je ne voulais pas."   

Marilou, 49 ans, Bretagne.

"On habitait dans les bois. Mon grand-père ramassait des peaux de lapins dans les fermes et les faisait sécher pour les vendre. Ma grand-mère fabriquait des balais, on les vendait en faisant du porte à porte."               

Monsieur Pluchot, 70 ans, Saône et Loire

Un passé douloureux

La galère
"J'étais marié, j'avais trois enfants. Mais voilà, le 16 janvier 1971, le malheur arrive, mon épouse décède d'une maladie cardiovasculaire. Mon existence bascule, je suis perdu. Mes enfants sont placés dans ma famille.
Je quitte tout, je pars sur les routes où je trouve l'alcool, la drogue, la prison. Je suis un SDF comme on dit. Plus de quinze ans de galère.
Je reviens sur Brest. Avec l'aide de ma  mère, j'arrive à louer une petite chambre-cuisine, où je vis avec des copains qui sont dans la même galère. On fait la manche dans les rues et les églises
."                   

Jean-Noël - Brest - 1996

La peur du lendemain

La vie de Paulette…
"Quand il faut coucher dans les bois, dans un lavoir, dans un local à poubelles ou sous les escaliers d'un immeuble et qu'on vous fait dégager...
il y a des gens qui ont la peur en eux-mêmes, la peur du lendemain, de ce qui va se passer et de tout le circuit qu'il faut faire pour retrouver un peu de dignité.  Quand on comprendra que la misère abime celui qui y vit, je crois qu'on aura fait un grand pas
."           

Colloque : La Culture contre la misère - 1996

"Mon père, il raflait toutes les "allocs" pour acheter une bagnole d'occasion.
Alors, quand Noémie est née, y'avait pas de draps dans son lit. Ma mère l'enveloppait dans des torchons
".                                   

Johan, 9 ans

On constate que ce peuple démuni connaît de père en fils la précarité2 ; dans l'histoire des personnes vivant dans le dénuement, on retrouve très souvent la misère pour héritage avec la constante des expulsions et le placement des enfants  qui font éclater, disséminent et fragilisent les familles.    

2- précarité : situation instable

 

Combien sont-ils ?       

Les données qui suivent ont été collectées en 2007   

"Il y a en France 3,7 millions de pauvres" Observatoire des inégalités  (2007)

Les chiffres varient souvent suivant les critères retenus ; est-ce le non-travail, le manque de ressources, l'échec scolaire, la situation des personnes mal logées ou sans logement, les coupures d'électricité ou les expulsions ?...
Faut-il comparer le « niveau de vie » des « pauvres » à celui de la moyenne en France, et dans quelles proportions (50% ? 60% ?)
Aucun pays n'a jusqu'à maintenant réussi à recenser exactement cette part de sa population.

 

 

QUELQUES CHIFFRES3

En France.

La pauvreté : les revenus

Observatoire des inégalités, août 2007 :

La France compte 3,7 millions de pauvres selon la définition la plus restrictive de la pauvreté (50 % du niveau de vie médian)...
Parmi les 3,7 millions de pauvres, le nombre de travailleurs pauvres (chiffres recensement 1999) s’élève à peu plus d’un million de personnes

rapport 2005-2006 de l’observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale :

Sur la période 2003-2005, le chômage de longue durée s’est accru,
mais une part croissante des chômeurs n’est pas indemnisée (58 % en septembre 2005).
D’autre part, les chiffres officiles du chômage doivent se lire en tenant compte des radiations administratives (+16,2% en 2006-2007)

Nombre de personnes pauvres (en milliers d’individus)
Source : Insee, enquête revenus fiscaux       

seuil à 50%         seuil à 60% du niveau de vie médian
2000    3 742            7 328
2001    3 557            7 167
2002    3 431            6 976
2003    3 694            7 015
2004    3 635            6 867
2005    3 733            7 136

Selon l’Insee,

Entre 2004 et 2005, le seuil de pauvreté est fixé à 681 euros pour un individu si l’on considère que le seuil de pauvreté équivaut à 50% du niveau de vie médian, à 817 euros en retenant un niveau égal à  60 % du revenu médian.

(les Français considéraient en 2007 qu’on est pauvre au-dessous de 1016 €)

Pour la fondation Abbé Pierre (rapport 2007),

on compte 6 millions de personnes en situation "de réelle fragilité à court ou moyen terme",
720 000 personnes connaissent des impayés de loyer de plus de deux mois.
2,6 millions de personnes recevaient une aide alimentaire des grandes associations humanitaires en 2007.

Le logement
Source : Insee. (Année des données : 2001) :

- 86 000 personnes sans domicile en janvier 2001 (enquête auprès des personnes fréquentant les services d’hébergement et de restauration gratuite)
- 28 % des ménages les plus démunis ont des logements trop petits (contre 8% pour les autres ménages).
- Ils souffrent de l’humidité (28% contre 14%), et/ou sont mal chauffés (26% contre 11%) ; et/ou en mauvais état (25% contre 8%)

rapport 2007 de la Fondation Abbé Pierre :

- la restriction de l’offre de logements sociaux fragilise encore plus ceux qui sont dans une situation déjà difficile et touche maintenant les classes moyennes
- environ 100 000 SDF, 40 000 personnes vivant dans des abris de fortune (cabanes, constructions provisoires, etc.), 100 000 en camping ou en mobil-home
- 3,2 millions de personnes "connaissent une problématique forte de mal-logement"
- 3,5 millions de personnes vivent dans des logements auxquels il manque une pièce par rapport aux normes de peuplement de l’Insee,
- 750 000 personnes vivent dans des copropriétés dégradées

La santé
Source : Insee - Enquête sur la santé et les soins médicaux - octobre 2002 à mars 2003

Les personnes les plus pauvres consultent plus rarement un médecin ou un spécialiste. 22 % d’entre elles, contre 7% du reste de la population, n’ont pas de couverture complémentaire.

Selon le CREDOC (déc 2007), parmi les 20% de la population percevant les plus bas revenus 

18% des individus déclaraient que leur état de santé n’est pas satisfaisant en 2001,
mais 21% en 2004 et 2007
(dans le même temps, les classes aisées s’en tenaient régulièrement à 7% d’insatisfaction)

L’instruction
Rapport 2007 de l’Observatoire des Zones urbaines sensibles

La proportion d’élèves en retard de deux ans ou plus en sixième atteint 5,8 % en zone urbaine sensible contre 2,9 % en France. (Cet écart tend à se réduire.)

Rapport Insee 2007 :

9% des adultes en situation d’illettrisme au niveau national

Les vacances
Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ) :

- Près de trois millions d’enfants de 5 à 19 ans ne sont pas partis en vacances en 2004.
- Seulement un enfant sur dix d’une famille dont le quotient familial est inférieur à 426 euros est concerné par les aides au départ (CAF, comités d’entreprises…)

Quelques sources à consulter (la plupart ont un Site internet) : études de l'INSEE, du CREDOC, Journal Officiel, L'Elu d'aujourd'hui, Banque mondiale, Unesco

Les chiffres de la misère dans le monde

Données Banque mondiale 2007

- 1,1 milliard de pauvres en 2001
- Plus de 100 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés
Données Unesco 2007 :
- 774 millions d'adultes analphabètes, dont environ 64% seraient des femmes en 2007
- Plus de 10 millions d’enfants meurent avant l’âge de 5 ans chaque année, de maldadies que l’on peut éviter. La malnutrition est la cause de la moitié de ces décès.
- 425 millions d’enfants n’ont pas accès à l’eau potable.

 

3 : ces données ont été relévées en 2007 (toutes les données ne font pas l'objet d'une actualisation annuelle)

 

Observatoire des inégalités :
http://www.inegalites.fr

Quelques dates dans l'histoire de la pauvreté   

"Pas le choix d'habiter et de vivre où ils veulent, pas le choix de manger ou de faire un régime, pas le choix de leur métier... Être pauvre, c'est cela, n'avoir dans sa tête et dans sa vie qu'un seul chemin"

Azouz Begag, sociologue. 1996

AU MOYEN-ÂGE, deux sortes de pauvres :
- ceux qui sont protégés par les seigneurs féodaux.
- les pauvres sans métier, sans terre, condamnés à l'errance et à l'aumône. Le vagabondage devient un délit qui conduit aux galères. Jusqu'au XVII° siècle, les pauvres doivent rester "hors les murs", les portes sont fermées le soir pour protéger la ville.

XVIIe SIÈCLE : des œuvres de charité4 se mettent en place.
Vincent de Paul : secours et soins (Les Sœurs de la Charité ; l'Œuvre des Enfants trouvés)
Jean-Baptiste de la Salle : instruction des enfants (Institution des Frères des Écoles Chrétiennes. École Normale pour la formation des instituteurs)

LA RÉVOLUTION :
1789 : Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
1790 : le Comité de Mendicité demande que l'organisation de l'assistance soit prévue par la Constitution.
1794 : le Comité de Salut Public s'occupe des droits des pauvres dans la démocratie et parle de secours en cas d'invalidité ou d'extrême vieillesse.

4- la charité, c'est l'amour des autres qui pousse à faire le bien.

 

Le projet échoue car "les infortunés", les journaliers, les infirmes, les indigents5 sont écartés des assemblées désignant les députés des Etats Généraux. Les "chasse-pauvres" sont chargés de les éloigner.

XIXe SIÈCLE :
on s'interroge sur le "paupérisme6 ".
1848 : abolition de l'esclavage en France.

APRÈS LA 2ÈME GUERRE MONDIALE :
Multiplication des services sociaux.

LES ANNÉES 60 :
Joseph WRESINSKI rappelle que les laissés-pour-compte existent dans les pays en croissance économique. Il demande que la solidarité s'exprime en termes de droits de l'homme et pas seulement en gestes de charité.

17 OCTOBRE 1987 :
Pose d'une Dalle sur le Parvis des Droits de l'Homme, au Trocadéro à Paris, en l'honneur des victimes de la misère.

1988
Le Revenu Minimum d'Insertion (R.M.I.) permet de manger à sa faim, mais interdit toute autre dépense.

1992
Le 17 octobre est proclamé par l'ONU "Journée Mondiale de lutte contre la misère".

1997 - 98 :
on attend la loi contre l'exclusion et la grande pauvreté...

29 juillet 1998 : publication de la LOI d’orientation relative à la lutte contre les exclusions (NOR:MESX9800027L). Vœux pieux ?

Juin 2004 : « plan de cohésion sociale »; les droits (au logement, à l'emploi) restent trop souvent théoriques.

5 mars 2007 : la loi institue le droit opposable au logement et fixe à l’Etat une obligation de résultats et non plus seulement de moyens.

?

5- indigent : personne sans ressources

 

6- paupérisme : état de pauvreté d'une classe sociale

 

Source : 
BT2 N11 "Les exclus du Quart-Monde en France" (septembre 1997)
Ressources et bibliographie: 
Quelques sources à consulter (la plupart ont un Site internet) : études de l'INSEE, du CREDOC, Journal Officiel, L'Elu d'aujourd'hui, Banque mondiale, Unesco