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logo ressource btn Les exclus du Quart-monde ont aussi des valeurs !

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Septembre 1997

Solidarité, endurance, soif de dignité… les exclus du Quart-monde* en France aussi ont des valeurs!

Si les différentes classes de la société parviennent aujourd'hui à se défendre, les marginaux n'ont guère la possibilité de le faire…

Les syndicats défendent rarement les intérêts spécifiques des sous-prolétaires car ceux-ci ne sont pas organisés en catégorie sociale et sont mal considérés parce que travaillant pour un salaire dérisoire ou faisant des petits boulots au noir.
Les partis politiques reportent à plus tard les solutions en faveur des gens du Quart-Monde (ce sont de piètres électeurs !). Et ils se heurtent à des obstacles bureaucratiques.
L'Église comme tout le monde ne répond que partiellement aux besoins des plus pauvres.
Toutes les congrégations religieuses qui se sont battues pour les défavorisés, ont vu les institutions mises sur pied récupérées par les couches sociales plus élevées. 

Pour garder leur dignité aux yeux du monde extérieur ils doivent renier leurs voisins.
Pour se débrouiller dans le monde environnant dont leur existence dépend pour l'essentiel (trouver du travail, obtenir du crédit chez le boucher, etc.) ils sont obligés de rejeter leur milieu, donc de nier leur appartenance à leur groupe.

Pourtant ce peuple porte en lui un savoir et des qualités mal exploités.

* Quart-Monde : pour définir ce mot, voir
Les exclus du Quart-Monde en France

 

Des valeurs méconnues

Solidarité : en Quart-Monde, on ne laisse personne à la rue, et on n'hésite pas à héberger une famille sans abri, même si la propriétaire interdit les locataires clandestins. On partage la soupe avec les enfants du voisin alors qu'on a tout juste de quoi nourrir les siens.

Qualités d'endurance allant jusqu'à la limite de l'imaginable pour supporter les privations, l'insécurité, la honte, etc.

Soif de dignité intarissable, qui s'exprime par des gestes incompréhensibles pour nous (ex : ce garçon se rue sur un autre "pour faire respecter les siens") et par les mots : "trouver du travail, vivre en paix, garder la maison propre" qui reviennent comme une obsession dans toutes les conversations.

Espoir qui rejaillit à tout propos, reprise d'un emploi, déménagement, repas qui rassemble une famille dispersée et surtout la perspective d'une naissance. Alors que dans beaucoup de familles aisées le confort, les relations, etc. passent avant l'enfant, en Quart-Monde, l'enfant est une richesse absolue. Chaque naissance est un nouveau départ, un événement qui pousse les parents à repartir du bon pied, avec l'espérance tenace que tout va s'arranger.

"Je me suis encore fait prendre, mais on s'en sortira, mon mari va sûrement trouver du travail".
"Bah ! Quand y'en a pour quatre, y'en a pour cinq. Et puis on va peut-être nous donner un autre logement..."
"C'est merveilleux un petit bébé : je veux que son avenir soit heureux."
"Le prochain il aura de l'instruction et il trouvera un métier".
"Je suis sûre qu'avec celui-là tout va changer".

Voilà ce que disent les femmes du Quart-Monde lorsqu'elles sont enceintes une fois de plus, au lieu de considérer cela comme une catastrophe...
Mais comment le peuple des exclus pourrait-il croire que ses idées ont de la valeur puisque personne ne l'écoute? Méconnu, il reste considéré comme un assemblage de familles inintéressantes du ressort de la police, des services sociaux ou de la charité publique.     

Résistance, courage - et découragement

"On a du mal, on a du mal, on essaye mais on n'y arrive pas toujours".
"Je ne me suis jamais laissé aller, je n'ai pas envie que ça arrive maintenant et je me bats pour. Je me suis fixé une idée en tête : les autres y arrivent. Pourquoi pas moi ?"

Ces efforts au jour le jour sont rarement reconnus et valorisés parce que bien souvent, faute d'être soutenus et relayés par les efforts d'autrui, ils échouent.

"C'est toujours le même problème : faire une demande ? On va vous demander : "Qu'est-ce que vous faites ?" Rien. "Vous touchez quoi ?" Rien. Vous savez, les demandes à la mairie, vous vous mettez sur la liste, et il y en a trois cents qui attendent..."

J.O. du 27-7-95

 
Source : 
BT2 N11 "Les exclus du Quart-Monde en France" (septembre 1997)