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logo ressource btn Exclus du Quart-Monde : grande pauvreté et problèmes de santé

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Septembre 1997

Les exclus du Quart-Monde* en France : les difficultés de santé pèsent sur les plus pauvres, la pauvreté s'aggrave avec les problèmes de santé. Témoignages.

"La cantine, c'est trop cher, c'est 5F le ticket1 ; alors, on bouffe un sachet de frites à la maison, avec un Coca, devant la télé".                     

Anthony, 8 ans

* Quart-Monde : pour définir ce mot, voir
Les exclus du Quart-Monde en France

1- ticket à tarif réduit...

La santé des enfants est un gros sujet de préoccupation pour ces mères qui ignorent généralement ce qu'est la prévention, qui appellent le médecin quand il ne faudrait pas et tardent à lui téléphoner quand il faudrait qu'il vienne d'urgence.

Elles comprennent mal ce que dit l'ordonnance souvent illisible, se découragent quand le traitement est trop compliqué, et ne tiennent pas compte des conseils quand ils exigent discipline et régularité2 .
L'enfant de familles démunies est souvent énervé ou au contraire indolent et incapable de fixer son attention. Les animateurs et les instituteurs le constatent.
Dans le logement surpeuplé où la télé hurle toute la journée quand les parents ne travaillent pas, il manque de repos et est exposé aux mésaventures de la vie des adultes : disputes, encombrement d'objets récupérés ; lave-linge qui "lâche" le jour de la grosse lessive ; tout ceci pouvant entraîner des scènes de violence.

La violence : un moyen d'expression

Les cris, j'en avais l'habitude. A la maison, papa criait tout le temps. Il injuriait maman, frappait mon frère aîné. Nous vivions dans la peur, sans comprendre alors que c'était un homme humilié qui souffrait d'avoir manqué sa vie, qui portait en lui la honte de ne pouvoir donner sécurité et bonheur aux siens.
Le mal de la pauvreté est là, un homme ne peut pas vivre ainsi humilié, sans réagir. Et l'homme pauvre réagit comme il peut, frappe comme il peut. La violence, c'était donc la manière de répondre à l'obstacle, aux difficultés de tous les jours. (…)Les disputes, les échanges se ramènent toujours à des questions d'argent.

Père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart-Monde 1980

 

2 "Pourquoi ont-ils tant d'enfants?" demande-t-on. C'est que les méthodes de contraception exigent une information et une vie organisée. La planification des naissances suppose des projets d'avenir, ce qui précisément manque aux familles démunies.
Mme Fustec a 5 enfants qui lui ont été enlevés il y a quelques années, et qu'elle a récupérés.
Comme elle oublie 2 jours sur 3 de prendre sa pilule,  l'assistante sociale doit la conduire chaque mois à l'hôpital pour qu'on lui fasse une piqûre.

Dans ces conditions, quelle éducation pourront recevoir les enfants ?
Les pères et les mères ne pouvant mettre en application certains principes se borneront à affirmer ce que répétaient leurs parents : "cela se fait" ou "cela ne se fait pas", "une jeune fille doit bien se tenir". "T'es un feignant" est une injure, "tu nourris pas tes gosses" le dernier des outrages car, en dépit des apparences contradictoires, on adhère à certaines valeurs fondamentales : l'homme doit travailler, gagner la nourriture de la famille, la jeune fille doit rester pure. De là un certain autoritarisme familial. Dans quelques foyers, on enferme plus ou moins les enfants, pour leur éviter d'apprendre de vilains mots, pour qu'ils n'aient pas de fâcheuses fréquentations et qu'on ne leur donne pas le mauvais exemple.

"Chez nous, y'a 4 papas. On est 8 enfants, mais je ne connais pas tous mes frères et sœurs... Ma mère, elle en fait 2 avec chaque mec... (soupirs) Ben oui, c'est comme ça ! "

Veronika 10 ans

"Mon papa quand il vient me chercher, il n'emmène pas ma sœur ; on n'est pas du même père. Et il va y avoir en plus un petit frère d'un autre bonhomme ; il n'est pas encore sorti du ventre de ma mère. Des fois, j'ai envie de tout casser dans la maison."            

Boris, 7 ans

Quant à la sexualité, les informations données par la télé, l'assistante sociale ou le médecin commencent maintenant à filtrer dans les couches défavorisées, très lentement. Mais on en reste parfois aux idées qu'en avaient les gens il y a 70 ans.

 

Nanterre1

Les damnés de Nanterre

"C'est la fin du monde civilisé, un milieu violent, sans espoir..."
C'est ainsi que le photographe Jean-Louis Courtinat, parle du CHAPSA (Centre d'hébergement et d'assistance aux personnes sans-abri) de Nanterre, le seul centre ouvert toute l'année aux sans-abri où il a passé un an et demi.
Il dénonce "l'indigence des conditions d'hébergement" dans l'ex-dépôt de mendicité où la violence est omniprésente.

1- Ville des Hauts de Seine

 

 


Ramassés dans les rues de Paris, les "exclus" débarquent dans un état de misère physique et psychique total : alcool, drogue, sida, tuberculose font des ravages dans une population très déstructurée psychologiquement. Disposant de peu de moyens, l'équipe médicale ne peut apporter qu'une aide d'urgence. Les surveillants de la Préfecture de police sont chargés de maintenir l'ordre, aidés par les "orange", ex-SDF souvent responsables des actes de violence commis sur les sans-abri.

Document des Petits Frères des Pauvres2 1996

Créé après l’hiver 1954, le CHAPSA, établissement délabré, a été rénové en 2000-2001 (avec une forte réduction du nombre de places). Mais les difficultés des SDF accueillis n’ont guère varié.
« Le C.H.A.P.S.A dispose, actuellement, de 250 places d’hébergements d’urgence dont 225 réservées à des personnes venant de Paris accompagnées par la B.A.P.S.A (Brigade d’Assistance aux Personnes Sans Abri de la Préfecture de Police) et la R.A.T.P.
Le C.H.A.P.S.A malgré les travaux importants réalisés en 2000/2001 n’offre pas des conditions d’accueil correspondant aux besoins des personnes sans domicile.
Ce point a notamment été soulevé par les représentants du personnel du Centre d’Accueil et de Soins Hospitalier de Nanterre (C.A.S.H.N) lors d’un mouvement social récent : (…) les sans-abri que rencontre la Brigade d'Assistance aux Personnes Sans Abri (BAPSA) refusent souvent d’être hébergés dans les locaux du CHAPSA par peur d’être victimes de violences et que, en conséquence, la qualité de l’hébergement des sans- abri au sein du CHAPSA doit être encore considérablement améliorée
»

Conseil de Paris du 14 mai 2007

 

 

 

2 Association qui s'occupe des personnes âgées dans le besoin, matériel ou affecti

Profil médical

«En France, le septième rapport de l’Observatoire de l’accès aux soins dénonce les difficultés accrues des plus démunis en matière de santé ? A leurs difficultés financières s’ajoutent la complexité des démarches administratives et l’exigence d’une domiciliation indispensable à l’attribution d’une couverture maladie»

Médecins du Monde, 20 décembre 2007

Les bébés ne paraissent pas présenter d'anomalies ni de déficiences particulières à la naissance, sauf un poids insuffisant quand la mère ou l'entourage fume.

Dès les premiers mois, les enfants présentent souvent des affections du rhino-pharynx entraînant des otites. Ils souffrent de troubles digestifs dus à une mauvaise alimentation (diarrhées), car les mamans ne savent pas toujours préparer un biberon.     

(renseignement communiqués par la PMI3 1996)

3- PMI :  Protection Maternelle et Infantile

Dès l'âge scolaire, les caries dentaires abondent (excès de sucreries)
On détecte au bureau d'hygiène scolaire de nombreux cas de malnutrition et un manque de sommeil

(réunion des institutrices de maternelle, assistantes sociales
et médecin de santé scolaire après la rentrée des classes 1996)

"Chez nous, y'a jamais de fruits : ça se garde pas. Maman nous donne des gâteaux au dessert, comme ça, y'a rien à éplucher".

Sidonie, 12 ans

La couverture sociale

Sur 80 personnes interrogées
(SDF, jeunes de 18 à 25 ans sans emploi ne dépendant plus des parents, personnes sortant du RMI, étrangers en situation irrégulière)        
   - 37 % sont titulaires de la carte de la Sécurité sociale
   - 18,5 % sont titulaires de la carte de soins gratuits
   - 18 % n'ont ni l'une ni l'autre

(Journal Officiel 27-7-95)

Quelques initiatives

Des soins dentaires pour les plus démunis

La dégradation de la dentition peut devenir un signe extérieur d'exclusion préjudiciable à la réinsertion. Pour permettre aux plus démunis d'accéder aux soins dentaires, Médecins du Monde a mis en place, en 1995, une dizaine de cabinets dentaires au sein des centres Mission France.

Source : MGEN, mai 1997


Expérience pilote

Le 18 décembre dernier, la mutualité des Ardennes a ouvert en plein cœur de Charleville-Mézières une "maison de la solidarité". Les plus démunis peuvent s'y réchauffer, se restaurer, se doucher, laver leur linge, ou trouver des réponses à leurs problèmes juridiques ou administratifs.

MGEN mai 1997

Des Relais bébés aux Restos du coeur :

ils donnent aux mamans des couches, des petits pots, du lait, des conseils.

Action petit déjeuner

A Saint Brieuc les instituteurs de la Cité organisent avec le Centre social des "actions petits déjeuner": lorsque père et mère ne travaillent pas, personne n'est debout à l'heure d'aller à l'école ; les enfants déjeunent avec ce qu'il y a dans le frigo (par ex. un Coca) ; on explique aux parents ce qu'il faut manger le matin (fruits, laitages, céréales) et comment préparer ces aliments. Dans d'autres villes, le casse-croûte est obligatoire à la "récré" du matin.      
 
Réorientation de l'activité des centres d'examens de santé

Tournés vers la prise en charge des populations en situation précaire, ils doivent selon le Président de la Commission Santé et Prévention, avoir pour mission "le suivi et la réintégration des exclus en les orientant au mieux dans le système de soins" (Avril 97)

 
Source : 
BT2 N11 "Les exclus du Quart-Monde en France" (septembre 1997)