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logo ressource btn L'alchimie, une discipline pré-scientifique?

Niveau de lecture 4
Mai 2002

L'alchimiste observe, expérimente, compare, essaie de comprendre, trouve parfois… Pourtant, il se trompe souvent: question de méthode…

Alchimie, médecine et astronomie

La médecine :

L'alchimiste est aussi médecin et pharmacien. Sa mission est de donner au corps humain une très grande pureté. Il est donc amené à prescrire des soins.
Pour Paracelse* l'alchimie n'a qu'un but: "Extraire la quintessence des choses, préparer les teintures, les élixirs capables de rendre à l'homme la santé qu'il a perdue…"
Pour réaliser ses préparations, il fait appel à l'élixir de longue vie. Il prépare celui-ci à l'aide de la pierre philosophale. C'est un ferment mystérieux, grâce auquel la désagrégation des corps et donc la mort serait presque indéfiniment retardée :
"Cet élixir de longue vie conserve la santé, accroît le courage. D'un vieillard, il fait un jeune homme. Il chasse toute âcreté, écarte les poisons du cœur, humecte les artères, fortifie les poumons, purifie le sang et guérit les blessures. Si la maladie date d'un mois, elle guérit en un jour. Si c'est d'un an, elle guérit en douze jours. Si c'est de plusieurs années, en un mois, on est guéri", écrit Arnaud de Villeneuve. 

L'astronomie :

Comme tous les alchimistes, Nicolas Flamel estime qu'il existe un rapport étroit entre les mouvements des astres et les réactions chimiques. Aussi se montre-t-il très attentif à tous les phénomènes cosmiques. La Terre est supposée subir l'influence des astres, et il est bon de s'assurer que ceux-ci sont en position favorable dans le ciel.
L'alchimiste se fait donc astronome afin de connaître l'emplacement du soleil et de la lune, des planètes, voire de certaines constellations, afin de fixer le début et la fin d'une réaction chimique en fonction de la position de ceux-ci dans le ciel.

Alchimistes et astronomes se servent des mêmes signes pour désigner les métaux et les planètes. Les alchimistes pensent que les métaux se sont formés sur Terre sous l'action de ces sept planètes. Ils admettent aussi que la couleur des métaux est celle des astres qui leur sont associés.

Les astres matérialisent en outre des puissances suralchimie preScience Paracelse naturelles qui influent  sur le succès des opérations.    
Pourtant, aujourd'hui encore, le nom de Paracelse est associé à la santé.

 (ici, une pharmacie
en Roumanie:
"farmacia Paracelsus")

*    Paracelse : médecin suisse (1493 - 1541) continuateur des alchimistes.
Il rejeta violemment les acquis de la nouvelle médecine qui se développait alors en se basant sur l'observation scientifique, au nom d'une tradition ésotérique fondée sur l'analogie entre le macrocosme (monde extérieur) et le microcosme ( corps humain).

 

 

alchimie  astronome preScience


Tout ce système est encore mal dégagé du merveilleux, du religieux
.
Il ne fonctionne pas par hypothèse, analyse et conclusion, comme la science moderne. Il est conçu comme un tout, est défini une fois pour toutes et n'est pas remis en question.
Faute de moyens techniques permettant de dépasser les informations imparfaites, incomplètes et parfois trompeuses données par nos sens, les alchimistes se réfèrent à la tradition et s'appuient sur des analogies et non sur des faits scientifiquement démontrés.
Pour eux, le nombre sept joue un rôle très important : à cette époque, on ne connaît encore que sept planètes, les seules observables  à l'œil nu.
Comme ce nombre a aussi une grande importance dans les textes de la Bible, aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau Testament, on lui attribue une valeur sacrée et on n'imagine donc pas que d'autres métaux ou d'autres planètes puissent exister.
Toute observation qui tendrait à dépasser ce système trop rigide est donc pour les alchimistes a priori suspecte: ils sont aveuglés une fois pour toutes par leurs convictions.
 

Alchimie et chimie :

Une différence de conception :

L’alchimie se distingue nettement de la chimie telle que nous la connaissons actuellement. Elle n'a pas les mêmes méthodes. Elle part de principes tout établis, décidés a priori. Et les expériences entreprises sont conçues pour tenter de justifier ces principes. D'où les recours successifs à des expériences multiples, très souvent répétées.
C’est parce que les alchimistes rejetaient les résultats des expériences qui ne cadraient pas avec leurs principes qu’ils n’ont pu progresser. Dans leur conception de choses, si l’expérience ne donnait pas les «bons» résultats, c’est parce que l’expérimentateur s’était trompé (ou que les planètes n’étaient pas au bon endroit, etc.)
Des confusions :

Dans l’alchimie, les principes énoncés sont des qualités et non des propriétés. Ces principes sont distincts du corps étudié.  Pour distinguer l'un de l'autre, on ajoute le terme "philosophique" au nom. C'est ainsi que l'on a le mercure, métal, et le mercure philosophique, l'arsenic. Il arrive que deux corps voisins prennent le même nom. L'alcali, par exemple, désigne aussi bien la soude que la potasse : ce sont deux corps différents, mais leurs propriétés sont analogues.

Mais il arrive aussi que le même corps possède deux noms différents : le sulfate de potasse s'appelle tantôt tartre de vitriol, tantôt vitriol de potasse…Le vitriol de mars, quant à lui, est le sulfate de fer.
L’alchimiste ne retient que les caractères superficiels d'un corps,  des idées très générales : ainsi le plomb et l'or sont lourds, ils renferment de la lourdeur. S’il a besoin d'utiliser un corps lourd, il fera appel indifféremment à l'un ou l'autre de ces corps, qui ont pourtant des propriétés très différentes en dehors de ce caractère commun.

 

 


Dans la science moderne, la méthode expérimentale* consiste à :

1- poser une hypothèse, sur la base des lois connues et des expériences antérieures.
2- concevoir une expérience dont on prévoit les résultats.
3- réaliser cette expérience dans des conditions rigoureusement contrôlées.
4- Analyser les résultats de l’expérience. Si ceux-ci correspondent aux prévisions, l’hypothèse est validée. Si les résultats sont différents de ceux qui avaient été prévus, l’hypothèse est rejetée.

* Sur l'approche de la méthode expérimentale, voir aussi :
Galilée, une méthode expérimentale


Les alchimistes ne connaissaient pas cette procédure expérimentale.

Par ailleurs, ils  ne connaissaient pas la structure atomique de la matière.
Il a fallu attendre Lavoisier, à la fin du XVIII° siècle, pour établir la distinction entre corps simples et corps composés, qui est à la base de la chimie moderne.
Les différents éléments chimiques ont ensuite été identifiés et leurs propriétés décrites de manière systématique. Il a fallu comprendre la structure des atomes, constitués de protons, de neutrons et d’électrons, pour finalement expliquer ces propriétés. Les chimistes continuent, aujourd’hui encore, à étudier les propriétés des innombrables corps composés.

La science moderne a finalement pu résoudre la question de la transmutation des métaux. Pour changer un élément chimique en un autre élément chimique, il faut modifier la  structure de son noyau, en le brisant (fission nucléaire) ou en associant deux noyaux (fusion nucléaire).
De très grandes quantités d’énergie sont nécessaires pour cela. Ces réactions se produisent naturellement au cœur des étoiles, mais certaines transmutations ne pourront sans doute jamais être produites par l’homme.  

 
Source : 
BT 1138 "Nicolas Flamel, alchimiste" (mai 2002)
Crédit iconographique : 
photo Michel Mulat. Dessin Annie Dhénin d'après la BT