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"On ne doit jamais écrire que ce qu'on aime" Ernest Renan
(Souvenirs d'enfance)
Mon objectif a été celui de la motivation de l'écriture communication: on écrit pour être lu. Pour l'atteindre, ont été mis en place: un journal scolaire, une bibliothèque de prêt et des livres de lecture.
Mise en place du projet avec les enfants
Dans le cadre du "soutien" ou de décloisonnements inter-niveaux en lecture du CE1 au CM2, j'ai proposé ta réalisation de livrets, après avoir présenté des exemplaires aux enfants. De prime abord, c'est l'aspect de livre et de présentation qui les ont accrochés. Ce n'est que dans un deuxième temps qu'ils ont voulu que je leur en lise.
En tout cas, il y a eu unanimité quant au projet. Certains ont même réalisé plusieurs livrets. Dès le début de l'activité, chaque enfant savait que son livret serait distribué dans chaque classe des 2 écoles, et aurait sa place dans les bibliothèques des classes respectives. Au delà du plaisir de réaliser un projet, ce fut bien souvent le moteur de l'activité.
- Mon livret va être lu dans toutes les classes ? me demandait un jour Latifa, visiblement pétillante.
Je cherchais, en ce qui me concerne, à proposer un projet cohérent dans lequel l'enfant pouvait maîtriser l'ensemble des opérations aboutissant à un produit fini et diffusable en l'amenant à terminer un travail commencé en allant toujours plus loin dans l'amélioration de la réalisation.
Enfin, il me semblait important et nécessaire de prendre en compte leurs possibilités actuelles en orthographe, vocabulaire, syntaxe, pour les amener au cours de ce travail à mieux exprimer et ordonner leurs idées.
Comment les livrets ont-ils été élaborés ?
Chaque enfant, muni de son cahier de brouillon commençait à rédiger une histoire vécue ou inventée. Mon rôle a été assez important à ce stade pour lancer l'écriture car, même si certains avaient beaucoup d'entrain à l'idée de commencer la réalisation du livret, ils pensaient ne pas avoir d'idées. Angoisse de la page blanche ?
Parfois, c'était un camarade qui connaissait bien l'intéressé qui proposait un thème :
- Ben, tu pourrais parler de tes chiens !
En ce qui me concerne, j'essayais de proposer un éventail de thèmes assez larges de manière à ce que l'enfant puisse trouve une accroche:
- Un rêve, les grandes vacances, ce qu'on fait à la maison le soir, un animal familier, ce qu'on pense de.... la piscine, le travail scolaire, les jeux qu'on aime, le travail des parents, les sorties, une histoire drôle, la colonie de vacances, ce qu'on fait le mercredi, le premier avril, la fête des mères...
Après un entretien individuel avec l'enfant, nous arrivions à cerner un sujet qui avait quelque résonance pour lui et qui pouvait être traité dans le livret.
Une demande de ma part à ce stade : sauter une ligne pour faciliter les corrections et modifications ou écrire au crayon.
Lors de ces séances, et comme je ne pouvais pas être partout en même temps, les enfants avaient deux autres recours possibles pour l'orthographe.
Lors de cette phase, mon travail consista à passer d'un enfant à l'autre pour aider à mettre au point le texte :
- éviter les répétitions ET
- ne pas oublier majuscules et points
- remplacer le verbe FAIRE par un verbe plus précis
- corriger les erreurs orthographiques
- enrichir le vocabulaire en apportant à l'enfant un mot nouveau, un mot plus précis
- construire l'histoire avec un début et une fin
- manipuler la concordance des temps
- éviter les répétitions
- utiliser les guillemets
Mon objectif était toujours un enrichissement de l'expression initiale, surtout quant à la forme. Parfois lors de nos discussions individuelles, il m'arrivait d'amener l'enfant à une pensée plus critique : dire ce qu'il pensait de..., donner des impressions.
Du point de vue orthographique, les enfants se sont trouvés en situation de recherche car ils ne possédaient pas tous les mots qu'ils souhaitaient utiliser. Peu habitués à travailler de façon individuelle, ils avaient systématiquement recours à moi. Ce n'est que progressivement qu'ils ont pris conscience qu'un copain ou qu'un dictionnaire pouvait être aussi aidant que le maître.
Bien souvent, il m'a fallu renvoyer la demande au groupe : "Frédéric, cherche comment on écrit le mot CAMION, qui peut l'aider ?".
Mais, je me suis trouvé confronté à un problème qui m'a paru plus important : certains enfants orthographiaient les mots en utilisant les "sons" qu'ils connaissaient, mais apparemment, sans qu'aucune mémoire visuelle intervienne, et cela pour des mots simples, par exemple : CHOCOLAT (chaucaulat), NEIGE (nège), à la piscine (alapissine)... J'ai alors pensé qu'il était nécessaire de structurer tout ceci, en procédant par analogies visuelles lors des recherches. Si un enfant voulait écrire "à la piscine", je le renvoyais au "à la maison" que nous avions écrit au tableau. Pour le mot "piscine", il fallait chercher dans le dictionnaire, puis de procéder à un travail de visualisation/copie du mot.
Dans un deuxième temps, lorsque le texte définitif était achevé au brouillon, l'enfant pouvait passer à la réalisation de la maquette.
La maquette
II s'agit d'une feuille 21X29,7 pliée en quatre et sur laquelle l'auteur écrit le texte mis au point en le découpant en autant de parties que de faces sur la feuille.
Soit 8 faces, moins 1 réservée au collage sur la couverte
Sur chaque face se trouve une partie du texte et un dessin.
En premier lieu, la copie des morceaux de texte devait se faire à l'aide du crayon, de manière à éviter les erreurs de copie irréparables. Après un feu vert de ma part, on pouvait repasser au feutre noir.
Un travail de mise en page était nécessaire lors de la réalisation, pour équilibrer écrits et dessins.
La maquette prête, 25 photocopies recto-verso étaient tirées de manière à réaliser 25 livrets. Il n'y avait plus qu'à plier en 4 les exemplaires obtenus avant de s'occuper de la couverture.
La couverture
Pour une bonne présentation et protection des livrets, il était nécessaire d'y adjoindre une couverture. Je les ai obtenues en découpant au massicot des chemises cartonnées ordinaires selon les cotes ci-dessus. Chaque chemise me fournissait 2 couvertures.
Une fois les couvertures découpées, l'enfant choisissait dans sa classe deux camarades avec lesquels il aimait bien travailler pour constituer une équipe d'imprimerie chargée de s'occuper du titre du livret sur la couverture.
En dernier lieu, nous procédions au collage des exemplaires du livret sur les couvertures imprimées.
Le travail sur le livret était terminé.
Bien évidemment, l'auteur avait droit à un exemplaire et comme prévu, il y avait distribution dans chaque classe. Bien souvent, dans les CP et les CE, j'ai été accueilli par des "OUAIS !!!" enthousiastes à la vue d'un nouveau livret venant s'ajouter à ceux déjà distribués et installés dans la bibliothèque. Dans les classes de CM, l'enthousiasme était plus modéré. Quant aux livres restants, ils se sont accumulés, si bien qu'un jour, chaque enfant des trois classes de CP et des deux classes de CE1 a pu emmener chez lui un livret réalisé par un camarade de l'école.
Pour certains, c'était le premier écrit qui leur était offert. Moment assez émouvant d'ailleurs : "C'est vraiment pour moi ? C'est donné?"
À la demande des enfants, une classe de CP s'est même lancée dans la réalisation de livrets que je me suis chargé de gérer dans leur partie technique.
De mon côté, pour valoriser ce qui avait été accompli, j'ai affiché certains livrets dans la cour de récréation et, étrangement, ces placards n'ont pas été détériorés contrairement à d'habitude.
D'autre part, un exemplaire de chaque livret a été envoyé au chantier "J Magazine" (Patrick Barouillet, école maternelle Pugnac, 33170 Bourg), et quelques-uns vont passer en circuit de lecture.
Sans oublier ce qu'ils ont pu y apporter en ce qui concerne l'écriture/lecture et à la communication inter-enfants, les livrets auront contribué ainsi que le journal et la bibliothèque à modifier l'image de la classe d'adaptation telle qu'elle existait en début d'année : "la classe pour ceux qui sont nuls", comme m'avait dit une petite fille en CE1.
Par la suite, des enfants me demandaient de pouvoir faire partie d'une équipe d'imprimerie. d'écrire un texte pour le journal, de terminer un livret commencé, ou même parfois, de leur fournir une aide pédagogique ("Est-ce-que tu pourrais m'aider ? je confond le N et le M").
Si bien que finalement les enfants pris en charge en "soutien" se sont disséminés dans ces divers groupes, ce qui a peut-être permis de mieux vivre les difficultés qu'on leur imputait.
Bruno Schilliger
Auteur(s), autrice(s)