Aller au contenu principal

Cyril, ou l'itinéraire d'une enfant d'aujourd'hui

Tout public
Revue, série, collection
Support
Date de publication

 

 

 CréAtions n° 84 - Objets transformés - publié en novembre 1998 -

Propos recueillis par Agnès Joyeux auprès de Cyril Fournier, 17 ans.

Cyril, ou l'itinéraire d'un enfant d'aujourd'hui

Cyril est arrivé dans ma classe à l’âge de trois ans, petit garçon vif et éveillé, un peu timide.

Il a suivi toute sa scolarité maternelle puis primaire dans l’école du village où une pédagogie traditionnelle mais attentive à chacun lui a permis d’atteindre un bon niveau scolaire. Pas ou peu d’activités artistiques. Cyril raconte :

Au CP, je n’ai pas eu de mal à apprendre à écrire et à lire. Ensuite, je suis tombé sur de bons professeurs, un peu sévères, proches de la retraite, donc avec déjà une bonne expérience de l’enseignement. J’avais un bon niveau grâce aussi au groupe de camarades que nous étions.

Arrivent les années collège ; l’unique professeur d’arts plastiques du collège leur apprend à dessiner : maîtrise du crayon à papier HB en séries de lignes horizontales, puis verticale set enfin obliques. Ceux qui n’obtiennent pas la moyenne sont consignés. Dans les matières dites fondamentales, rien ne va plus ; Cyril redouble sa sixième puis sa cinquième.


L'Ane

Au collège, ce qui m’a déçu le plus, c’était la mentalité des professeurs qui avaient pour seul but d’emmener le plus d’élèves possible en fin de troisième générale, sans se soucier des élèves moins bons que les autres qui devaient suivre quand même l’ensemble de la classe. Mes difficultés sont arrivées au début de ma première sixième. Les journées étaient plus longues, plus dures et nous avions peu de temps pour déjeuner, la mentalité des élèves du collège qui m’entouraient maintenant n’était plus la même. Je commençais à avoir du retard par rapport aux autres élèves de la classe mais je n’étais pas le seul donc je ne m’en suis pas préoccupé. J’ai donc redoublé ma sixième et la seconde sixième s’est mieux passée car j’ai rattrapé un peu de retard. Arrivé en cinquième, j’ai commencé à me lasser des cours et à baisser les bras. Je m’ennuyais. Je voulais faire quelque chose de mes mains et non écrire sur du papier. Ma matière préférée était la technologie mais il y en avait qu’une seule heure par semaine. A la fin de la cinquième, j’espérais aller en classe de technologie pour remonter ma moyenne e, obtenir mon brevet et faire quelque chose de manuel. Mais les professeurs s’obstinaient à vouloir me garder dans le cycle général. Ils m’ont donc refait faire une cinquième pour finalement à la fin de celle-ci me laisser passer en 4ème technologique.

L'Echassier

L'Oiseau

 

 

En établissement professionnel, confronté à des apprentissages techniques concrets, enfin considéré par ses professeurs, Cyril prend la tête de la classe.
Parallèlement, sur son temps de loisirs, Cyril "bricole", seul, avec son père ou avec des copains. Il travaille le bois, le métal. Il s’initie à l’électricité, etc.

En dehors de l’activité scolaire, je fais du football, du vélo, de la piscine, du tennis de table, j’entretiens la mécanique de la voiture de mes parents et de ma mobylette, je fais des maquettes d’avions, je fais des jeux de société en bois, et je fais beaucoup d’ordinateur.
Lors des IVe rencontres artistiques de Cormeilles-en-Vexin, Cyril découvre le travail d’un créateur, TANT, qui, au bronze de ses sculptures, juxtapose des objets usuels, le plus souvent des outils.

Ce qui m’a donné le plus envie de faire mes réalisations, c’est surtout l’expression que donne les personnages assemblés.

L'Homme du désert

 

L'Homme de Cro-Magnon

De retour chez lui, Cyril installe le poste de soudure et fouille l’atelier de son père à la recherche de vieux outils. Les brocantes deviennent aussi pour lui un lieu d’approvisionnement.

Des formes caractéristiques des outils et de son imagination naîtront ainsi ses créatures : l’Echassier, l’Homme de Cro-Magnon et d’autres encore. Quand l’idée est là, Cyril soude entre eux les vieux outils. Puis il les peint en noir pour les faire ressortir et éviter la rouille.

Un samedi matin, veille de kermesse, Cyril arrive à l’école du village avec ses créations. Emballée par leur expressivité, je lui propose immédiatement de les exposer.

 

 


Combien sont-ils ces adolescents auxquels on a refusé tout moyen d’expression ? tout droit çà une identité ? Face à Cyril qui a su se glisser dans la brèche qui s’ouvrait devant lui, combien restent en bas du mur ? Faisons-nous le nécessaire pour que ces jeunes se sentent reconnus, valorisés et s’insèrent dans notre monde du travail ? dans notre monde tout court ?

 

sommaire Créations "Objets transformés"   

           


 

Auteur(s), autrice(s)