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Revue en ligne CréAtions n°271 "Interlignes" Classe de CE1-CE2 – École primaire Simone Veil, Druye (Indre-et-Loire) – Enseignante : Sandra Philip |
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| Portée par le groupe départemental, cette année je me lance, ou plutôt je lance mes élèves, dans l’art enfantin. Après la première réunion, je décide enfin, après presque 25 ans de carrière, de laisser du temps, beaucoup de temps, de création artistique libre dans ma classe. Dès le début de l’année, je donne aux élèves un carnet de créations, bloc-note avec papier blanc, sur lequel elles et ils peuvent dessiner ou écrire, mais seulement au stylo ou au feutre noir. Je propose également une caisse "Dessin", mise à disposition à l’accueil du matin, contenant feuilles diverses, feutres, marqueurs noirs, compas, règle, équerre. L’objectif est d’y ajouter régulièrement des outils ou incitateurs nouveaux. |
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| Novembre 2023 : C’est parti ! Dans mon emploi du temps, je laisse une plage d’atelier d’une heure quinze tous les après-midis, au cours de laquelle les élèves peuvent entre autres s’adonner à la création artistique : utiliser la caisse "Dessin", les autres outils mis peu à peu à disposition et investir l’espace peinture libre. Très vite, les enfants s'emparent avec joie, acharnement, patience, travail, beaucoup de calme... de cette proposition. En six semaines, des tas d’idées émergent déjà et je sens immédiatement un climat de sérénité qui s’installe dans la classe. |
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Janvier 2024 : Mince... Voilà qu’en troisième période, il faut nous attaquer à notre gros projet d’école : préparer une exposition sur le thème de l’égalité filles-garçons. Les élèves souhaitent, entre autres choses, utiliser l’art pour illustrer la parité hommes-femmes dans le sport. Leur projet : réaliser des sculptures d’hommes et de femmes pratiquant le même sport. Ça va demander du temps, beaucoup de temps... Pendant sept semaines, les élèves font des essais. Elles et ils peuvent s’emparer du matériel dès l’accueil du matin et nous dégageons de nombreuses plages d’atelier. Jour après jour, au fil des réussites, des obstacles, des remarques et des questionnements, les enfants avancent dans leurs compétences techniques et leur expression. Elles et ils préfèrent nettement le modelage au fil de fer. |
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| Nous observons régulièrement les créations, les prenons en photo avant de les défaire. Nous notons les bonnes idées, les réussites. Quand un·e élève rencontre une difficulté, nous cherchons des solutions. | |||||||
| Exemples de réussites : la posture de ton personnage est très réussie, la position des bras, la jambe pliée... Tu as eu une bonne idée pour faire le visage : des petites boules pour faire les yeux, le nez, la bouche ; tu as mis des cheveux, c’est une bonne idée... Exemples de difficultés : comment faire tenir le personnage en équilibre ? Comment différencier l’homme et la femme sans tomber dans les stéréotypes ? Comment faire pour que le visage ne ressemble pas à un crâne ? Pour que la pâte à modeler soit lisse ? Quelle position donner au personnage pour qu’il ait l’air de jouer au football ? |
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| Le dernier jour de la période, nous prévoyons une journée entière de production en vue de l’exposition qui aura lieu à la rentrée. La matinée est consacrée aux sculptures en argile. Nous avons la chance d’avoir une maman céramiste ; elle est un peu inquiète devant l’ambition d’un tel projet. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle voit les élèves au travail ! Dire qu’elle ne nous aide pas serait exagéré, mais son aide est très ponctuelle par rapport à ce qu’elle imaginait, aide matérielle et technique essentiellement. |
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| Mars 2024 : Passée l’exposition, les élèves demandent à pouvoir reprendre là où nous en étions : dessin libre, peinture libre... Certain·es ont des créations à terminer, d’autres des idées nouvelles ! Je laisse la boite "Sculpture", mais les élèves retournent vers le dessin et la peinture. L’engouement est tel que j’ai du mal à leur faire faire autre chose sur les temps d’ateliers de l’après-midi. J’ai de moins en moins à intervenir pour leur demander de poursuivre, de "finir" leur œuvre. Spontanément, elles et ils vont de plus en plus loin, s’inspirent les un·es les autres. | |||||||
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Je réussis moi-même à ajouter un apport : lors des temps de présentation le lendemain, je propose des œuvres d’artistes en "réponse" aux créations des élèves. À la peinture d’A., je réponds par des œuvres de Gauguin. Suite à la présentation du "Printemps arrive" d’I. et du "Coucher de soleil" de M., je leur montre que ces deux thèmes sont très présents en art et nous regardons des œuvres très variées. "La vie sous-marine" d’H. me rappelle "Les poissons rouges" de Matisse*...
Lire sur cette démarche les cahiers Créations 237 En écho et 234 En regard (note du groupe Arts et Créations). |
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Arrivée en avril, j’ai l’impression que des mots lus et entendus depuis des années à l’ICEM prennent un sens plus concret : création, chef d’œuvre, joie, jubilation, tâtonnement, réussite. Mon lâcher-prise en art me permet de toucher du doigt une dimension de la pédagogie Freinet que je n’avais jusqu’ici pas réussi à atteindre. J'avais l'impression que ma classe n’était pas une classe Freinet, malgré les outils et techniques utilisés depuis de nombreuses années. Ce que je vis aujourd’hui dans ma classe me comble, c’est du pur bonheur... alors... j’ai envie que ce soit ça toute la journée. Si je le fais en art, je pourrais bien le faire dans les autres disciplines ! C’est si joyeux, riche, épanouissant ! Chaque élève y trouve sa place avec une déconcertante simplicité. Je me dis que c’est le seul moyen pour accrocher celles et ceux qui n’accrochent pas ou si peu. En arts, il y avait finalement peu d’enjeu (si ce n’est celui de donner beaucoup de temps), mais la richesse, les progrès et les réussites que j’y vois sont tels que cela me donne confiance pour lâcher prise ailleurs.
Tiens, et si je me lançais enfin dans la pédagogie Freinet ? |
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Arrivée en avril, j’ai l’impression que des mots lus et entendus depuis des années à l’ICEM prennent un sens plus concret : création, chef d’œuvre, joie, jubilation, tâtonnement, réussite. Mon lâcher-prise en art me permet de toucher du doigt une dimension de la pédagogie Freinet que je n’avais jusqu’ici pas réussi à atteindre. J'avais l'impression que ma classe n’était pas une classe Freinet, malgré les outils et techniques utilisés depuis de nombreuses années. Ce que je vis aujourd’hui dans ma classe me comble, c’est du pur bonheur... alors... j’ai envie que ce soit ça toute la journée. Si je le fais en art, je pourrais bien le faire dans les autres disciplines ! C’est si joyeux, riche, épanouissant ! Chaque élève y trouve sa place avec une déconcertante simplicité. Je me dis que c’est le seul moyen pour accrocher celles et ceux qui n’accrochent pas ou si peu. En arts, il y avait finalement peu d’enjeu (si ce n’est celui de donner beaucoup de temps), mais la richesse, les progrès et les réussites que j’y vois sont tels que cela me donne confiance pour lâcher prise ailleurs.

