Par Patrick Labarrière le 15/11/25 - 12:19
Faire vivre la poésie hors des murs de la classe.
J’en avais un peu assez d’entendre autour de moi parler de récitation, de travail de la mémoire, d’entrainement à l’expression orale, de mettre le ton, d’écrire « à la manière de », de textes anciens, de « grands » poètes… J’en avais assez de cette vision d’une poésie « morte » !
En classe, régulièrement, nous avons des poèmes ou des textes poétiques écrits par des enfants. Ces textes sont présentés, lus, appréciés, commentés, ils alimentent notre culture commune. Et même si nous avons un blog avec de nombreux lecteurs, il était temps que notre poésie sorte des murs de l’école…
Comment faire concrètement ?
Il y a, à mon avis, quelques préalables : installer un climat et des pratiques de classe qui permettent d’être en confiance, d’échanger, de présenter son travail… ; entendre régulièrement de la poésie d’enfants, d’adolescents, d’adultes, en français, en occitan… ; rencontrer éventuellement des poètes ; et surtout pouvoir écrire librement.
Quand nous avons un petit matelas de textes (voir page 35), nous allons au marché les lire aux commerçants, aux clients pendant une matinée et cela, plusieurs fois dans l’année.
Avant, nous préparons cette intervention : nous constituons des binômes qui vont choisir leurs poèmes, apprendre à aborder les gens dans la rue, lire les textes et répondre à d’éventuelles questions. Nous travaillons aussi sur les consignes de sécurité, les règles à respecter. Nous prévenons les parents et nous demandons la participation de plusieurs d’entre eux.
Le jour même, chaque binôme a entre trois et cinq poèmes photocopiés et les parents sont là. Nous partons au marché. À l’entrée du marché, sur un présentoir, nous installons une affiche expliquant qui nous sommes, ce que nous faisons. Nous faisons un dernier point sur les consignes de sécurité, les horaires. Les parents se répartissent dans le marché et les enfants partent lire leurs poèmes… Je circule dans le marché, j’encourage les timides, je fais un point avec certains binômes, je réponds aux questions des commerçants et clients, j’observe.
Au retour, à l’école, nous faisons le bilan de la matinée, tous ensemble, enfants et parents. Et souvent, nous dégustons ce que nous ont offert certains commerçants et certains clients. Et nous basculons vers notre prochaine intervention…
Qu’est-ce que ça a changé ?
La place de la poésie : elle est vivante, pas seulement dans des livres poussiéreux ou des pratiques de récitation. Bien au contraire, elle permet d’échanger, de ressentir, de communiquer. Très souvent, la lecture des poèmes se poursuit par des échanges : « C’est vous qui avez écrit ces textes ? Comment faites-vous pour écrire ? Vous faites ça souvent ? De mon temps à l’école, ce n’était pas comme ça… Je me souviens de poèmes… »
Certains enfants ont là leur porte d’entrée dans l’expression. D’autres s’y essaient. D’autres encore recherchent et présentent de nouveaux poèmes. Notre culture de classe s’agrandit.
La place de l’école dans le quartier : nous sommes maintenant attendus par certains commerçants, certains clients. Nous sommes reconnus : traverser le marché pour les enfants, avec la classe ou leurs parents, c’est saluer les commerçants, donner de nos nouvelles, s’arrêter chez les uns et les autres.
Et d’autres envies de faire apparaissent. Plusieurs fois dans l’année, un peu à la manière de la grande lessive, nous entourons l’école de nos textes : poèmes, nouvelles, points de vue, souvent avec des illustrations. Parfois, nous présentons des textes dans les vitrines de commerçants du village : une affiche avec un ou plusieurs textes, des illustrations, nos coordonnées. Et cette année, lors d’une intervention sur le marché, nous avons vendu des petits pots à poèmes sur un stand : un petit bocal transparent, avec à l’intérieur quelques poèmes sur des feuilles colorées, roulés et attachés avec un ruban. Tout s’est vendu, avec beaucoup d’échanges…
jc.huver
icem-freinet.org
Poésies et textes poétiques, marché de Mouans-Sartoux, École Aimé Legall, 2016
Un peu d’air frais,
venu de loin,
m’a demandé si je pouvais
l’emporter
sur la montagne la plus haute du monde,
là où sa famille a été transportée
par un peu de vent frais…
Noémie, troisième année du cycle 3.
venu de loin,
m’a demandé si je pouvais
l’emporter
sur la montagne la plus haute du monde,
là où sa famille a été transportée
par un peu de vent frais…
Noémie, troisième année du cycle 3.
Depuis qu’un avion est passé,
je suis percé !
Personne ne peut me raccommoder…
Depuis tout petit, par une goutte de pluie
je suis percé
par un avion qui est passé…
Les étoiles dans le ciel.
Les arbres sur la terre.
Les poissons dans la mer.
Et la vie, partout…
Dans le ciel, sur la terre, dans la mer…
Sarah, première année du cycle 3.
je suis percé !
Personne ne peut me raccommoder…
Depuis tout petit, par une goutte de pluie
je suis percé
par un avion qui est passé…
Les étoiles dans le ciel.
Les arbres sur la terre.
Les poissons dans la mer.
Et la vie, partout…
Dans le ciel, sur la terre, dans la mer…
Sarah, première année du cycle 3.
La mer est déchainée,
tout à côté…
Mais pourquoi en parler ?
Elle a tout ravagé…
Il ne reste plus rien,
même pas un grain à semer !
Pourtant c’est ici que je vis…
Ma foi, c’est « pourri » de vivre ici !
Quand le soleil est là-bas,
je suis ici.
Quand je suis ici,
le soleil est là-bas…
J’ai demandé à la lune
si elle l’avait déjà vu.
Elle m’a répondu : « Une fois…
enfin je ne sais pas ! »
Alors, j’ai entendu une voix…
qui m’a soufflé ce que je suis
en train d’écrire.
Aram, troisième année du cycle 3.
tout à côté…
Mais pourquoi en parler ?
Elle a tout ravagé…
Il ne reste plus rien,
même pas un grain à semer !
Pourtant c’est ici que je vis…
Ma foi, c’est « pourri » de vivre ici !
Quand le soleil est là-bas,
je suis ici.
Quand je suis ici,
le soleil est là-bas…
J’ai demandé à la lune
si elle l’avait déjà vu.
Elle m’a répondu : « Une fois…
enfin je ne sais pas ! »
Alors, j’ai entendu une voix…
qui m’a soufflé ce que je suis
en train d’écrire.
Aram, troisième année du cycle 3.
Des éclairs ont foudroyé
les vallées
les pensées
les géraniums
les lilliums…
Les edelweiss, le romarin,
le jasmin et un éclair de cumin
poussent sans cesse…
C’est ainsi que la vie
a des éclairs floraux.
Nans, première année du cycle 3.
les vallées
les pensées
les géraniums
les lilliums…
Les edelweiss, le romarin,
le jasmin et un éclair de cumin
poussent sans cesse…
C’est ainsi que la vie
a des éclairs floraux.
Nans, première année du cycle 3.
C’est l’histoire d’une graine
qui voulait découvrir le monde…
Un jour, la graine se promenait
et un oiseau arriva, il dit :
« Qui a envie de découvrir le monde ? »
La graine dit : « moi, moi je rêve
de découvrir le monde ! »
Alors la graine sauta sur le dos de l’oiseau
et ils s’envolèrent à la découverte du monde…
Martial, première année du cycle 3.
qui voulait découvrir le monde…
Un jour, la graine se promenait
et un oiseau arriva, il dit :
« Qui a envie de découvrir le monde ? »
La graine dit : « moi, moi je rêve
de découvrir le monde ! »
Alors la graine sauta sur le dos de l’oiseau
et ils s’envolèrent à la découverte du monde…
Martial, première année du cycle 3.
Les maths…
Les maths nous jouent des tours.
Elles sont sans cesse en train de
diviser
multiplier
additionner
soustraire…
C’est égal ou inégal
mais les maths s’en fichent.
Tant qu’elles ont un résultat,
ça va !
Mélanie, troisième année du cycle 3.
Les maths nous jouent des tours.
Elles sont sans cesse en train de
diviser
multiplier
additionner
soustraire…
C’est égal ou inégal
mais les maths s’en fichent.
Tant qu’elles ont un résultat,
ça va !
Mélanie, troisième année du cycle 3.

