Revue CréAtions en ligne "Echanges" - février 2008 - SOMMAIRE

Février 2008

 

Revue en ligne CréAtions  "Echanges"

Annoncé dans le Nouvel Educateur N°186

Publication février 2008

 

 

Ont participé à l’élaboration de ce numéro : Jacqueline Benais, Simone Cixous, Katina Iérémiadis, Maud Léchopier, Agnès Joyeux, Laurence Maurand, Hervé Nunez, Eliane Trocolo.
Crédits photos : Bruno Andrieu, Michel Colas, Maryvonne Gloaguen, Laurence Maurand, Georges Bellot.

  titre de l'article niveau de classe thème techniques utilisées artiste
La forme, c'est l'échange   édito    

Les paroles des portes sans refuge

Centre de Développement du Patrimoine Culturel, Naplouse (Palestine)

Pour les enfants palestiniens: se cultiver, créer, c'est aussi résister.
 

peinture  sur support bois, écriture

 

“ ART NOMAD ”


  ou comment Clorinde Coranotto colporte l’art… Rencontre avec une artiste Clorinde Coranotto, artiste "entremétologue"

Point ART de Limoges, espace dédié aux arts-plastiques

maternelle et élémentaire : tout niveau La conception même d’un lieu aménagé dans une école peut témoigner d’une démarche. Quatre espaces pour différents moments d'une démarche
 
 

Le forum du vent

élémentaire
CM1/CM2
A partir d’un thème, des écoles voisines font des ateliers complémentaires et exposent ensemble vent
air
exposition
 
 

Vendangevines et Marines
Art et Ecritures

élémentaire : CM D’une rencontre à l’autre, les cheminements artistiques de deux classes en correspondance.
vigne- nature

correspondance,
peinture
graphisme collage
assemblage de matériaux

 

Les malles voyageuses

maternelle : GS
élémentaire : CM
collège : 6ème
Des écoles de pays voisins correspondent sur un thème commun et exposent ensemble (projet Comenius)     

 


 

Edito Nouvel Educateur n°186, février 2008

Revue en ligne CréAtions n°186 "Échanges"
annoncée dans le Nouvel Educateur n°186 - Publication : février 2008

Edito : La forme, c’est l’échange

Edito : La forme, c’est l’échange

 

L’échange est au cœur de la controverse sur la relation entre la fonction et la forme, entre l’essence et l’apparence. Certains se demandent si un objet peut exister sans forme, un concept sans énoncé, une expression sans relation. Dans la manière de s’habiller, de se comporter, la forme n’est-elle pas placée soit sous le signe de l’impureté (elle perturbe, fausse…), soit sur l’affirmation d’une identité (c’est un choix, un prolongement de soi) ?
La forme est échange et la pratique des arts plastiques (manière de bien faire des formes) est une incitation à la recherche de l’échange le mieux adapté à chaque objet.
Il y a l’échange tourné vers soi-même, comme lorsqu’on fait le singe devant son miroir, ou encore dans la pratique du journal intime, dans la prière aussi, échange narcissique caché derrière celui d’une relation supposée avec un être présent/absent. Il s’agit à chaque fois de tester sa forme, de partir à la recherche de son identité.
Il y a l’échange tourné vers les autres, qui part de celui tourné vers soi-même (expression) mais qui peut aussi aller jusqu’à une mise à l’extérieur de soi-même comme dans la communication dite objective ou dans la création scientifique et dans certaines tendances artistiques dites non subjectives.
Mais même ces formes-là disent quelque chose de leur émetteur. Andy Warhol en peignant sciemment avec de la peinture industrielle, en aplat (ne pas voir la trace du pinceau, ni des nuances de couleur qui pourraient créer de l’émotion), en donnant à des tierces personnes (des « ouvriers ») le soin de réaliser pour lui ses œuvres, en souhaitant n’être qu’une machine, un individu désincarné, ne disait-il pas quand même quelque chose de lui et du malaise de l’être des années 50 confronté au développement de la société de consommation et à la fin de l’ère humaniste ?
Les échanges sont la source vive des recherches, de l’expression - expression de soi et communication - de la créativité en pédagogie Freinet et animent, irriguent en permanence la pratique des enfants.
Comme « expériences tâtonnées », découverte du monde, le champ des arts plastiques s'ouvre et touche à tous les autres champs et interagit avec eux : passage obligé pour toute recherche ou création - qui peut commencer par ou aboutir à une œuvre plastique. Le langage des arts Plastiques, ouverture privilégiée à la connaissance, se conjugue avec les autres langages : « Les mille lieux du paysage », outil de recherche pour la classe, donne la mesure de la multiplicité des regards et des points de vue convoqués pour s’approprier son environnement.
Echanger dans la classe avec soi-même et avec ses parents (livres de vie), espace réservé de chaque enfant sur un des murs de la classe ou panneau d’exposition, mais échanger aussi en sortant de la classe, sortir de l’école, échanges avec les autres classes de l’école. A chaque objet une forme…
Ainsi ce sera une exposition commune dans l’école, un musée d’école (Aizenay), une exposition ouverte à d’autres écoles proches, à partir d’un projet commun (fête du livre à Aizenay – forum du vent), ou lointaines : « les malles voyageuses » colportent les créations en France, en Belgique et en Angleterre…
Echanger pour ouvrir la culture commune que se donne la classe, pour enrichir le musée personnel de chaque enfant :
- avec des artistes, dans ou hors de la classe : résidences d'artiste au collège ou visite d'ateliers,
- visites de Musées, musée dans le collège
- création de réseaux d'échanges : les artothèques, entre plusieurs classes,
- correspondance : réseau « on s'affiche »,
Il est question, en Pédagogie Freinet, de Classe « hors les murs », de Classe-promenade, de correspondance, de partenariat, de conférence d’enfant, d’exposition…
Et comment ne pas envisager une école, un collège, un lycée… à venir certes, qui ne seraient plus des conglomérats de classes, séparées les unes des autres, mais ordonnancées comme l’est le POINT ART à Limoges qui, par ses 4 espaces de documentation, de discussion, d’exposition et de pratique, ouvert aux enfants, aux enseignants et aux artistes, manifeste tous les possibles d’une pédagogie pour laquelle échanger, coopérer, communiquer, créer sont des activités non réductibles de l’apprentissage de la connaissance.
Alors, changeons la forme de nos écoles !


CréAtions

 

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Les paroles des portes sans refuge

Revue en ligne CréAtions n°186 "ÉCHANGES"
annoncée dans le Nouvel Éducateur n°186 - Publication : février 2008

Centre de Développement du Patrimoine Culturel, Naplouse (Palestine) - Intervenant : Nasser Arafat, architecte

 

 

Les paroles des portes sans refuge

         Pour les enfants palestiniens, se cultiver, créer, c'est aussi résister.

Le Centre de Développement du Patrimoine Culturel                                  

Sa création
"L’Association Caritative du Cheikh Amr Arafat” (S.A.A.F.) a pour objet la réalisation de projets dans les domaines culturel et social pour faire revivre la vieille ville de Naplouse, la Kasaba, qui a plus de deux mille ans d’histoire, reconnue par l’UNESCO comme site du patrimoine mondial.
C’est dans le cadre de cette association qui porte le nom de leur père, que Sabaa et Afaf Arafat (le patronyme Arafat est très courant en Palestine) ont fondé ce centre en 1997 pour agir notamment pour la sauvegarde de son patrimoine culturel.
Car Sabaa avait travaillé auprès de l’Unesco et de l’UNRWA (Nations Unies) comme directrice de l’éducation des réfugiés palestiniens en Cisjordanie et Afaf est une artiste qui a travaillé pour l’Unesco ainsi que pour le Ministère de l’Education Nationale jordanienne, dans le domaine de l’éducation aux beaux arts.

Ses activités
Le Centre est situé dans un bâtiment vieux de quatre siècles, autrefois une savonnerie, qui vient d’être réaménagé.
Il fournit un espace adapté aux enfants et aux jeunes palestiniens de la ville de Naplouse, permet aux habitants de faire de la recherche, de participer au travail de sauvegarde du patrimoine, d’étudier l’histoire de Naplouse et il offre différentes activités culturelles et des ateliers.
Le centre comprend cinq départements gérés par les employés et des volontaires, avec le concours d’institutions locales :
- bureaux et comité administratifs
- exposition permanente sur la fabrication traditionnelle du savon de Naplouse.
- bibliothèque sous la responsabilité de Sabaa et salle de conférence
- galerie sous la responsabilité d’Alaf qui accueille les artistes locaux et étrangers
- ateliers d’enfants, encadrés quelque temps par Nasser Arafat, puis par une artiste américaine et un sociologue espagnol.

L’exposition des portes
Dans le hall du Centre, treize grandes portes sont exposées. Elles ont plus de deux cents ans d’âge. Elles proviennent de maisons, de mosquées, d’églises et ont été récupérées après la destruction de la vieille ville par les soldats israéliens. L’architecte Nasser Arafat, spécialiste en rénovation d’anciens bâtiments, leur a donné une nouvelle existence.

   

Sa démarche est également devenue le point de départ d’un projet artistique à destination des enfants de la vieille ville âgés de huit à quatorze ans. Les enfants ont fait des esquisses sur papier, pour ensuite transposer leurs dessins sur les portes. Ils ont su exprimer leurs sentiments sur leur situation actuelle en dessinant tout ce qu’ils voulaient et en écrivant des textes sur leurs réalisations.

Un institut belge de solidarité avec le peuple palestinien a financé ce projet mené en coopération avec le Centre communautaire de la vieille ville de Naplouse (M.C.R.C.) et des volontaires locaux et étrangers.

                 

Un calendrier pour s’adresser

                                 au monde entier


En raison de cette impossibilité à transporter l’exposition des enfants dans d’autres villes palestiniennes (fragilité des portes ; difficulté de passer les “ check points ” israéliens), Afaf a suggéré de la présenter au monde entier à travers un calendrier: Les Paroles des Portes Sans Refuge.

 

 Les dessins et les écrits présentés dans le calendrier retracent les désirs et les aspirations de ces enfants palestiniens qui vivent sous occupation étrangère. Les Paroles des Portes Sans Refuge résonnent de leur soif de liberté et d’indépendance de leur pays.

J’ai dessiné le mur qui délimite notre territoire et qui transforme notre pays en une grande prison, ce mur qui nous empêche d’aller prier dans nos mosquées et nos églises à Jérusalem.

Mohammed Abed Al-Haq

J’ai cherché une carte pour ma patrie, je ne l’ai pas trouvée, alors je l’ai dessinée sur la porte.

Nour Tbeela

J’ai dessiné quelques objets traditionnels et j’ai dessiné la vie, la terre verte de notre Palestine qui reste verte malgré la souffrance. Mon dessin symbolise notre victoire prochaine.

Nida’a Amer


J’ai aimé dessiner la belle nature, le soleil, le fleuve et les animaux domestiques. Cela me fait penser à la paix et à la sécurité.

Yasmin Darwazedh


J’ai dessiné des roses parce qu’elles expriment la joie et la paix. Ce dessin exprime les sentiments d’amour que j’ai en moi et mon souhait de voir ma patrie indépendante. Khitam Kadri

 

Témoignages

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dessin, 

 

 

"Art Nomad" - Clorinde Coranotto, artiste "entremétologue".

Revue en ligne CréAtions n°186 "ÉCHANGES"
annoncée dans le Nouvel Educateur n°186 - Publication : février 2008

Clorinde Coranotto, artiste

 "Art Nomad"

    ou comment Clorinde Coranotto colporte l'art...

 

 

Clorinde Coranotto, artiste, qui se définit comme “entremétologue”, vit et travaille en Limousin. Elle est à l’origine de l’association “Art Nomad” dont l’objectif essentiel est d’intervenir en milieu rural en “colportant” l’art dans différents lieux, auprès de toutes sortes de publics. Il s’agit de donner à des enfants, des adolescents ou des adultes quels que soient leur âge ou leur origine sociale une ouverture culturelle ainsi qu’un accès direct à des pratiques artistiques afin de leur permettre de ne plus se sentir exclus de ces modes d’expression.

Dès le début, Clorinde, lors de ses interventions, notamment en milieu scolaire, a cherché à créer des outils pédagogiques singuliers pour solliciter l’interactivité et enrichir la pratique artistique en atelier : boîtes-surprises, espaces interactifs à vivre, livres-objets, carnets de route etc.
Plus récemment, dans le même esprit, Art Nomad, prenant en compte la spécificité d’un territoire rural dispersé, s’est doté d’un outil pédagogique itinérant : “ le Véhicule d’Art Nomad ”.

 

“ Alors qu’est-ce qu’on pourrait bien
vendre avec ce véhicule ?

des saucisses sauvages, du fromage en nuage ou du poisson exotique ?
et bien nous, on ne vend rien de tout çà, on vous offre juste… un peu de rêve…
nous on jongle avec les couleurs,
on vous ouvre nos malises*,
on se nourrit d’images,
on se bat avec nos pinceaux…
S’il le faut, on remonte le temps,
on joue de la scie sauteuse,
on fabulose* des objets,
on se tisse de nouveaux territoires…
Nous les dresseurs de fil de fer
les zébreurs* de l’impossible
les maquilleurs des petits riens,
les colporteurs de vos propres rêves,
on a juste cet orgueil… d’y croire encore. ”

 
Petites mises à jour pour grands curieux :

* MALISE n.f. Fruit de la rencontre impromptue d’une valise et d’une malle.


*FABULOSER v. tenter l’invention avec détermination et légèreté, action de greffer différents objets abandonnés entre eux par différents procédés artistiques bien connus.


* ZEBREUR EUSE n.m. et f. Celui ou celle qui pratique la zébrure, sur toutes surfaces confondues.
(Extrait de la “ causerie ” de Clorinde Coranotto lors de la présentation officielle du véhicule sur le champ de foire d’Arnac-la-Poste en septembre 2005.)

Comme une scène qui s’ouvre …


Conçu comme une scène qui s’ouvre vers le public, ce drôle de camion zébré de rouge et de vert cristallise toutes les recherches artistiques menées par Clorinde sur le terrain, il sillonne la région Limousin, s’arrêtant sur des places de villages, se faufilant dans des cours d’écoles, de collèges ou de lycées, offrant des moments de rencontres et d’échanges privilégiés.

 

Ce projet, aboutissement de cinq années de recherches, témoigne d’une réelle aventure humaine : artistes, constructeurs, associations, carrossiers, élus, parents, enseignants, enfants ont participé à sa réalisation.
Le camion, de type Renault Master, a été spécifiquement aménagé, des professionnels, partie prenante du projet, ont été sollicités : la structure (ouvertures, cabines) a été conçue et réalisée avec Xavier Feniou de la société Caravi d’Angoulême, la peinture extérieure a été réalisée en collaboration avec les peintres carrossiers de Pingnelain aux Grands Chézeaux.

 

Un camion “ surprise ”
Couleurs, vitrines, ouvertures : la conception même du Véhicule rend compte d’une démarche pédagogique originale. Attrayant, ouvert, modulable, le camion, qui n’est pas sans évoquer le camion de l’épicier de notre enfance, offre comme des “ surprises ” des espaces d’exposition ainsi qu’une grande diversité de documents, de matériaux, d’objets et d’outils.
Organisés autour de cinq thématiques (idées, images, objets, volumes, environnement), ces éléments donnent à voir, à toucher… mais surtout donnent envie aux participants d’expérimenter des gestes, de se confronter à toutes sortes de matériaux tout en ayant à disposition une riche documentation.
  

La présence du camion rouge et vert sur une place de village, dans une cour d’école ou même sur un terrain d’aviation, suscite d’emblée la curiosité et donne au public l’envie de découvrir ce qu’il contient.
Présentations recherchées dans les vitrines, objets insolites à découvrir… petits et grands s’attardent volontiers devant ce “ cabinet de curiosités ”, le dialogue avec la population s’instaure facilement.
Fruit d’une expérience de terrain, la conception astucieuse des différentes parties du véhicule offre de nombreuses possibilités d’utilisation .

Des ateliers nomades

Tréteaux, tables-tableaux et caisses de matériel directement accessibles permettent d’installer très rapidement des ateliers en plein air, tout un système de hayons et de bâches en toile plastifiée protégeant les participants des éventuelles intempéries…
En fonction des projets, Clorinde s’entoure de toute une équipe d’artistes, plasticiens, sculpteurs, musiciens pour animer ces ateliers nomades et inviter le public à découvrir des pratiques artistiques multiples toujours présentées de manière ludique et expérimentale.

Dynamisme, créativité, partage, humour et bonne humeur facilitent le travail : modeler, faire des empreintes, réaliser une performance, découper, inventer des motifs, peindre, s’essayer aux percussions, graver, tisser ou métamorphoser des objets… chacun peut trouver un support à son expression et échanger avec les autres.
Le Véhicule d’Art Nomad se déplace à la demande (établissements scolaires, structures culturelles, maisons de retraite, festivals, foires, marchés…) mobilité et facilité d’installation lui permettent de s’adapter à n’importe quel lieu. L’association participe à toutes sortes de manifestations, cette année, invité par la Région Limousin, le camion s’est même installé au Salon de l’Agriculture à Paris ! mais elle initie et organise également des événements comme la “ Journée du parfait petit nomad ” .
A cette occasion toute l’équipe d’Art Nomad grâce à l’énergie de Clorinde et de ses amis fait vivre avec passion son projet artistique.
Alors, si vous apercevez, au détour d’une route un drôle de camion rouge et vert, n’hésitez pas, approchez-vous !
 


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Point ART

 

Revue en ligne CréAtions n°186 "Échanges" 
annoncée dans le Nouvel Educateur n°186 -  Parution : février 2008

Article déjà publié dans la revue Créations n°118 "Espaces du Corps" - Parution : septembre-octobre 2005

École Jean le Bail, Limoges (Haute Vienne) - Espace dédié aux arts-plastiques, conçu par Laurence Maurand, Conseillère pédagogique

  

Point ART


La conception même d’un lieu aménagé dans une école peut témoigner d’une démarche.

Tout a commencé en 1991 par une idée un peu saugrenue : l’idée qu’un lieu ouvert au sein même d’une école pourrait permettre de faire vivre, au sens plein du terme, de réelles expériences sensibles. Offrir un lieu de pratique, d’invention, d’expression, d’échange où l’on pourrait sans recette ni modèle dessiner, peindre, modeler, inventer, fabriquer, construire. Tout est parti de là et puis il y a eu des rencontres avec des enfants sans a priori, prêts à découvrir, avec des enseignants et des artistes qui, en accordant leur confiance, ont accepté de partager cette aventure.

 

Depuis, le Point Art, installé dans les locaux de l’école Jean le Bail à Limoges, existe et offre ses espaces aux enseignants en formation et aux classes du département.

Il est composé de quatre salles : deux salles ateliers dont le mobilier a été conçu et réalisé spécialement par les enfants de trois classes de l’école avec l’aide d’un plasticien : Jean François Barrat, une galerie d’exposition où, chaque année, des artistes sont invités à présenter leur travail à hauteur d’enfant et une salle de documentation où l’on peut consulter et emprunter toutes sortes de documents concernant les arts plastiques.

 

Quatre espaces pour différents moments d'une démarche

Chaque salle constitue un espace spécifique correspondant à différents moments d’une démarche: un espace pour les rencontres, la prise de parole, les échanges, un espace pour l’expérimentation, la pratique, un espace où l’on peut découvrir des œuvres « en vrai », exprimer ses émotions, confronter son point de vue avec celui des autres, se construire un regard, un espace où l’on peut se documenter, alimenter ses connaissances.

 

 



La disposition des lieux permet à tout moment une libre circulation, le passage d’un espace à l’autre.

 

 

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Espaces du corps

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ECHANGES

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"Quelles relations favoriser avec les oeuvres originales?"

suite de l'article


rencontres, échanges, expérimentation, oeuvres d'artistes, documentation,  Erdal Celik, plasticien invité au Point Art 

 

 

Vendangevines et marines - Art et écritures

Revue en ligne CréAtions n°186 "ÉCHANGES"
annoncée dans le Nouvel Éducateur n°186 - Publication : février 2008

Classe de CM, École publique, Saint-Maudet, Clohars-Carnoët (Finistère) - Enseignante : Maryvonne Gloaguen Classe de CM, École Freinet, Saint Lambert du Lattay (Maine et Loire) - Enseignant : Michel Colas

 

Vendangevines et marines - Art et écritures

Coopération et enrichissement mutuel à la portée de tous

 

C’est notre deuxième correspondance et nous choisissons d’échanger sur l’art et les vendanges avec pour projet une exposition commune et un recueil de réalisations pour chaque enfant. La première rencontre, saison oblige ! est évidemment programmée pour octobre à Saint Lambert du Lattay.


Du côté de Saint-Maudet :
Je présente le projet aux enfants : « Découvrir le raisin, les vignes, puis les faire découvrir aux autres à l’aide d’un recueil que vous allez créer ; Avoir un autre regard… ». Ils proposent alors de découvrir avec les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, la peau et nous listons toutes les pistes :
pour la vue :
- des dessins de paysages et de détails, des photos,
- des peintures : travailler les couleurs pour différencier le raisin, le jus, les émotions,
 couleurs claires : vie, calme, brume, brouillard,
 couleurs vives : joie, sourire, soleil, lumière, chaleur,
 couleurs sombres : peur, tristesse, colère, tensions, pluie, orage, nuit.
pour l’ouïe : inventer des chansons, les enregistrer. Nous avons aussi enregistré sur place des bruits, des interviews, etc., mais les conditions n’étaient pas bonnes et nous n’avons pas exploité.
pour l’odorat et le goût : des mots, des phrases, des textes, des poèmes.
pour le toucher : des mots mais aussi des formes : dessin, les ombres chinoises, la pâte à modeler, la pâte à sel, la terre, le fil de fer, le tissu, le carton, le béton cellulaire, le bois. Il faudra ramasser, cueillir, prendre, récolter.

Pendant le séjour, les enfants se promènent dans les vignes, rencontrent des vignerons, visitent le musée de la vigne et du vin d’Anjou, découvrent l’exposition sur la vigne, les celliers, les vendanges de raisin blanc, le chenin (cépage), vendangent et dégustent le jus de leur récolte. Ils visitent aussi les musées Jean Lurçat, de la tapisserie contemporaine, David d’Angers et une exposition de François MORELLET au Musée des Beaux Arts. Ils dessinent, écrivent, expérimentent, collectent (ceps, sarments, feuilles, émotions, etc.).

Au retour, tous les mots du voyage sont écrits sur une feuille qui restera affichée toute l’année. Ils seront le fil conducteur de ce travail sur les couleurs, les lignes, les formes. L’investissement émotionnel a une grande part dans la richesse et la « joie » des réalisations : les mots raisin, cep,… côtoient les mots heureux, rencontre, sourires, etc. Avant l’exposition, ces 52 mots déclencheurs seront écrits sous forme de grappe.
Se mettent en place des ateliers de peinture, encres, papier déchiré et collé, association de techniques, utilisation de bandes de papier récupéré, et, en parallèle, des ateliers d’écriture de comptes-rendus du voyage mais aussi de poèmes, de haïkus, de chansons (que nous n’aurons pas le temps d’enregistrer comme prévu initialement).

Les productions foisonnent : mosaïques de papier déchiré, tissages de papier, de tissu, poèmes-couleurs, photos-émotions, mots transparents, contours de feuilles, calligraphies, etc.

Calligraphies

Au feutre noir (très fin, fin, moyen, gros) sur papier blanc, sur calque (mots transparents), sur les contours de feuilles mais aussi des graphes sur une très grande bande de kraft, avec des encres de couleurs et des pinceaux de différentes tailles.
Après la découverte du travail de Coco Texedre, certains enfants se réapproprient sa technique : superposer sur l’écriture en noir d’un mot les écritures en couleurs du même mot (support : carrés de kraft 45 x 45).

Photos-émotions
Ecrire un texte, un poème sur une photo du voyage (après essai sur calque à la fois par souci d’économie (photo imprimée au format A4) mais aussi pour le rapport texte/image.

Contours des feuilles

Après manipulation des feuilles de vigne collectées (superposition, alignements, etc.) et choix de leur disposition, le contour des feuilles est reporté au crayon sur des feuilles de format raisin; certains trouvent que ce travail manque de couleurs, ils décident alors d’ajouter des bandes colorées en faisant référence à la vigne.

Les réalisations en cours ou achevées sont toujours présentées à la classe qui valide avec arguments à l’appui... Elles ne sont pas envoyées aux correspondants mais un cédérom de photos leur est adressé 3 fois dans l’année.

Le thème du voyage des
correspondants sera
« mer, art, écriture ».
Pour ce faire,
les enfants ont prévu
des ateliers d’art plastique
à partir de
laisses de mer
et
divers matériaux
collectés et triés.

Le thème du voyage des correspondants sera « mer, art, écriture ». Pour ce faire, les enfants ont prévu des ateliers d’art plastique à partir de laisses de mer et divers matériaux collectés et triés.

Didier FROUIN, conseiller pédagogique départemental en arts plastiques a participé à la mise en valeur de ces productions en nous faisant partager ses conseils. Il est venu aider les enfants « non pas à présenter des travaux d’élèves mais à exposer des œuvres d’art d’enfants ». Il a également photographié tous les travaux pour réaliser sous forme de cédérom le recueil des réalisations.

Le montage a duré deux jours : tous les travaux au sol, les enfants ont appris à cacher ou tenir compte de tous les intrus de la salle : extincteurs et autres, à mesurer, utiliser l’équerre pour respecter les espaces, les hauteurs, à être attentifs à la préservation des œuvres (scotcher les angles avant de les fixer avec de la gomme) Ils se sont rendus compte que certaines œuvres pouvaient « se gêner ». Ils ont assuré les visites pour les correspondants - l’inauguration a eu lieu pendant leur séjour - les parents, les visiteurs extérieurs.

Tout au long de l’année, ce travail a permis aux enfants de tâtonner, d’échanger, de partager, de recommencer… avec toujours le même sérieux et le même enthousiasme, de découvrir par eux-mêmes les chemins de l’expression et s’épanouir vraiment.

Du côté de St Lambert :
Le vignoble est pour nous un milieu familier, et faire les vendanges est courant. Chaque année, dans l’école, les ateliers artistiques du jeudi après midi, ou les ateliers d’écriture du vendredi matin ont à l’automne les couleurs de la vigne. (la classe de cycle 3 a publié les années précédentes une BTj « De la vigne au vin » et un recueil de poésies «Mots en grappes »).
Aussi, cette fois, j’ai laissé à disposition des élèves tous les matériaux rapportés de la vigne (et nous y sommes retournés quelques fois pour réapprovisionner notre « garde-créer ») ainsi que de la laine, du tissu, … et suffisamment de mini métiers à tisser pour que chacun puisse s’il le désire, mener à terme sa propre œuvre.

Ainsi sont nés tous ces minis tissages, où nous avions avec les enfants convenu d’y retrouver obligatoirement un élément du vignoble : une couleur, un élément naturel, une ligne…..
Les tissages pouvaient se faire également à plat avec des bandes de papier, ou sur d’autres supports.


Notre travail s’est vite trouvé « parasité » (projet de classe à PAC) par la rencontre de Michel Jouët, artiste choletais connu pour ses créations en abstractions géométriques. (nous avions vu avec les correspondants l’exposition de François Morellet que nous avons rencontré plus tard chez lui) .


Ainsi, nous avons cherché en classe à « épurer » en quelque sorte nos créations ; ce sont nos productions de sarments et de lignes.
A partir de la rencontre avec les correspondants, nous avons cheminé, des rangs de vignes en automne aux lignes en noir et blanc du printemps…, autres horizons, autres plaisirs…

Dans les deux classes, les productions se sont nourries de toutes les émotions ressenties lors de cette première rencontre. Les échanges réguliers de courrier, les événements vécus de part et d’autre tout au long de l’année ont également été importants.
Autres temps forts : la réception des productions des correspondants et le montage de l’exposition pour les enfants de Saint-Maudet, la visite de l’exposition pour les enfants de Saint-Lambert, la découverte pour tous de l’originalité, la différence et la complémentarité des chemins suivis. Tout cela dans le plaisir !

Textes des enfants


- « J’ai beaucoup aimé travailler avec les tissus. Il y avait beaucoup de bazar parce qu’on n’avait pas beaucoup de place et on s’amusait bien. Marek, par exemple, se déguisait avec tous les tissus, il faisait des foulards, et certains faisaient semblant de nager dans une piscine.
J’ai aussi adoré quand on a placé toutes les œuvres pour faire l’expo. On a mis plus de deux jours à tout installer tellement il fallait calculer, mesurer, poser l’équerre, déplacer l’escabeau,… avant de tout installer, j’ai été presque émerveillée quand on a tout sorti des cartons. Il y avait beaucoup de choses. Et j’ai trouvé très beau tout ce qu’avaient fait les corres. » Clara P

- « Tout a commencé par la merveilleuse idée de Maryvonne et de son correspondant, Michel. Cette idée nous a demandé beaucoup de temps et un sérieux travail !
Pour les tissages de tissus, la quantité de tissus par terre était inimaginable. Avec, nous avions décidé de représenter les couleurs des vignes.
Quand nous sommes rentrés de chez nos corres, nous devions écrire un ou plusieurs mots qui nous touchaient le plus, sur le voyage. Par exemple « tristesse » pour dire qu’on était triste d’avoir quitté nos correspondants. Comme ça, nous avons eu beaucoup d’émotions. Quand tout le travail a été fini, nous avons décidé d’écrire tous ces mots en spirale, sans erreur de copie, dans un cercle de papier de coupeur. Chacun écrivait le mot qui le touchait le plus. Avec tous les cercles, on a construit une grappe de raisin. Il a fallu calculer pour savoir comment on allait les placer pour que ça fasse le triangle de la grappe.
J’ai aimé installer l’expo car tout le monde travaillait mais on s’amusait bien. »
Jérémy
- « J’ai adoré faire les tissages de tissus car il y avait plein de couleurs différentes et très belles et parce que ce n’était ni trop simple, ni trop compliqué.
J’ai aimé dessiner une intégration car il fallait être très attentif, soigné et prendre son temps parce que c’était assez compliqué. Au début, pour mon intégration, il me fallait une belle photo pour m’inspirer et ensuite un crayon très fin et noir pour la commencer. Après, j’ai réfléchi.
J’ai apprécié d’écrire des poèmes et d’écouter ceux des autres parce qu’ils me « parlaient ». Antoine C.
- « J’ai beaucoup aimé quand on devait décorer le fond de notre poème parce qu’on pouvait utiliser plein de techniques différentes : des pastels, des encres de chine, du papier déchiré, etc. Quand on mettait de l’encre sur les pastels et qu’on faisait couler, ça faisait très joli. Alexandre aimait bien ranger les pastels dans les boîtes car il les classait par couleurs: tous les verts côte à côte, etc.
Quand nous faisions le tissage, par terre, c’était le bazar parce que nous étions tous serrés entre le tableau et les premières tables. Certains se sont déguisés avec les tissus. » Richard

 

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